DU BELLAY TRAVAILLE A ROME POUR HENRI
sorte de forteresse spirituelle et l'entourait de retranchements, sous prétexte de se mettre à l'abri des attaques du dehors. Mais, après avoir constitué sa petite église, il allait bientôt proscrire impitoyablement tous ceux qui voudraient encore communiquer avec la grande Eglise à laquelle il avait lui-même appartenu. A ses yeux, c'était une conséquence de son établissement séparé. L'anglicanisme était déjà créé. Il ne s'agissait plus que de l'affermir et de lui donner ses derniers développements.
On peut donc dire que Henri VIII avait déjà consommé d'une manière irrévocable sa rupture avec la papauté.
Le mariage contracté avec Anne de Boleyn semblait lui interdire d'ailleurs de faire aucun pas en arrière.
Cependant du Bellay, ne voulant pas croire cette révolution religieuse aussi avancée, continuait son œuvre d'impossible conciliation. Aussitôt après son arrivée à Rome, il obtenait une audience du consistoire ; là, il fit part aux cardinaux de ses démarches auprès du roi d'Angleterre, et demanda la permission d'envoyer à ce prince les dernières propositions du Saint-Père avant de prononcer défmitivement sur la question du divorce. Cette demande parut raisonnable et fut bien accueillie par l'auguste assemblée. En conséquence, du Bellay expédia sur-le-c"hamp, au roi Henri VIII lui-même, un courrier qui avait ordre de faire toute la diligence possible pour être revenu au jour fixé par le consistoire. Ce jour arriva sans que le courrier fût de retour. L'évêque de Paris demanda encore en grâce un sursis de six jours, en faisant observer que le courrier avait pu éprouver des accidents en route, que la mer avait été
SENTENCE DES CARDINAUX. iT I
orageuse et les vents contraires : enfin que si le roi d'Angleterre avait eu patience pendant six ans, les cardinaux pouvaient bien lui donner six jours de délai ^.
Ces derniers mots, où se laisse entrevoir un partisan passionné de Henri VIII, n'étaient ni convenables, ni justes, ni sérieux ; de ces six ans de la patience royale tant vantée, il aurait fallu retrancher trois ans de cohabitation avec Anne de Boleyn, ne pas tenir compte du mariage secret contracté avec elle, ni de la sentence de divorce prononcée par Cranmer.
Aussi les cardinaux trouvèrent qu'on leur demandait par trop de longanimité. Ils voulurent procéder à la sentence du divorce au jour convenu : c'était le 23 mars 1534. Vingt-deux cardinaux étaient présents. Excepté trois qui demandèrent un nouveau délai, et qui s'abstinrent n'ayant pu l'obtenir, tous rendirent la sentence par laquelle il était dit : « Le mariage du roi d'Anglea terre et de Madame Catherine a été et est bon et va- « lable et la lignée qui s'en est suivie, et qui, ci-après, « s'en pourra ensuivre, est et sera légitime^. »
Le pape confirma sur-le-champ l'avis des cardinaux par une bulle très ferme et très digne dont nous reproduisons en note le texte original ^.