SUBTERFUGE DE LÉGISTE
donc chercher le légiste Rich et lui demanda s'il ne pourrait pas saisir le mobilier et la garde-robe de Catherine, sans acquitter ses dettes et sans payer ses legs. Or, quand môme il serait arrivé que ce qu'elle laissait dans sa cassette aurait été insuffisant pour satisfaire à ses dernières volontés, il lui était dû sur son douaire cinq mille livres d'arrérages qui dépassaient de beaucoup ce dont elle avait jugé à propos de disposer. De plus, on ne tenait aucun compte des joyaux et autres valeurs qu'elle avait apportés d'Espagne, « ce qui était d'une déloyauté intolérable ^ •»
Sans daigner étudier en détail en quoi consistaient l'actif et le passif de la succession de la reine, Rich répondit à Henri VIII : « Vous ne pouvez légalement retenir les dépouilles de la princesse Catherine. Car en quelle qualité pourriez-vous réclamer les biens de la défunte? Ce serait comme son époux légitime, et vous répudiez cette qualité ! Mais il y a un moyen de mettre la main sur l'héritage de milady douairière ; c'est de nommer administrateur des biens qu^elle a pu laisser l'évêque de Lincoln, dans le diocèse duquel elle est morte. L'évoque commettra des administrateurs, qui auront à fournir sur le prix de cette garde-robe et de ce mobilier ce qui sera nécessaire pour payer les dettes et les funérailles de cette princesse. »
Henri VIII s'empressa d'adopter cet admirable expédient. Il trouva ainsi le moyen de n'acquitter aucun des legs de la reine Catherine ^. Il ne respecta pas da-
1. C'est ainsi quo s'exprime miss Agnès Strikland : « Lives of thé queens ofEagland, » polilc (Million; p. 197. !< Such oisiiONEâTY appears the most intolérable. »
'i. Excepte celui de mistresâ Elis. Durell. M'n° StricklanU, p. 197, ibùL
HENRI PREND LE DEUIL COMME d'unE BELLE-SOEUR. oKJ
vantage ses dernières volontés quant au lieu de sa sépulture : elle fut enterrée, non pas au couvent des Franciscains, mais dans l'abbaye de Péterboroug. On ne songea pas même aux prières qu'elle avait demandées à l'autel de Notre-Dame de Walsingham.
Cependant Henri VIII fit célébrer à Greenwich un service funèbre pour le repos de la princesse Catherine, sa belle-sœur. Il y assista en habit de deuil et commanda à toute la cour de suivre son exemple.
Il ne fut bientôt question partout que de la mort si chrétienne et si belle de Catherine : cette mort ne fut, au surplus, que le couronnement d'une admirable vie.
Que de traverses et d'épreuves dans cette existence royale î