‹ Catherine d'Aragon et les origines du schisme anglicanChapitre 385 sur 400 · CHAPITRE XXYI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXYI

Effroi salutaire et sage réflexion d'Anne de Boleyn. — Un commencement de conversion. — Cette conversion n'est que superficielle.— Elle devient jalouse de Jane Seyraour. — Scène violente qu'elle a avec le roi et son accouchement prématuré. — Refroidissement et jalousie de Henri VJII. — Il nomme une commission d'enquête. — Le tournoi de Greenwich, grave imprudence d'Anne do Boleyn. — Son arrestation. — Son père et son oncle figurent parmi les commissaires, mais son père ne juge que quatre des complices présumés. — On le dispense de siéger le jour où Anne comparaît à la barre. — L'oncle d'Anne, le duc de Norfolk^ préside la grande cour qui la condamne : c'est lui qui prononce la sentence. — Anne de Boleyn donne des marques de sa piété et de son repentir. — Son âme se relève aux approches et au moment de la mort. — Joie indécente de Henri YIII.

Il nous semble que l'histoire de Catherine d'Aragon ne serait pas bien achevée si nous ne recherchions pas les causes de la chute de sa rivale, et si nous omettions de montrer la justice de la Providence s'exerçant sur Anne de Boleyn.

Dans l'automne de l'année 153o, quand sa fille Elisabeth commençait à grandir avec tous les signes d'une forte santé , quand elle-même portait dans son sein l'espérance de donner à Henri VIII un héritier maie, la reine Anne, parvenue au sommet des prospérités terrestres, commença à s'eHrayer de sa haute tbrtune. Elle comprit que, pour s'en rendre digne, il fallait qu'elle mît du sérieux dans son existence, et qu'elle levât enfin

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les yeux vers le ciel. Jusque-là elle n'avait vécu que pour l'orgueil, la vanité et la vengeance. Ces tristes passions, elle avait pu les assouvir et en savourer les douceurs. Elle parut reconnaître enfin que le temps était venu de donner à son âme de plus nobles satisfactions et un but plus élevé. On la vit se sevrer des plaisirs bruyants, renoncer aux danses et à la chasse , s'entourer de ses femmes , et s'adonner avec elles, à l'exemple de Catherine, à des ouvrages manuels.

Elle avait obtenu du roi la mise en liberté du théologien Latimer, soupçonné de luthérianisme ; le fait est que cet ecclésiastique était imbu des idées nouvelles de la réforme. Appelé à prêcher à la cour, loin de payer par des adulations serviles le prix des bienfaits qu'il avait reçus de la reine, il lui rappela dans ses discours la vanité des grandeurs et l'illusion des espérances humaines. Anne l'écouta avec l'apparence d'une humilité profonde. Latimer, profitant de ses avantages, l'avertit, avec une liberté apostolique, qu'il ne suffisait pas d'inculquer de bonnes doctrines aux personnes qui l'entouraient, mais qu'elle devait joindre l'exemple au précepte en réformant sa vie. Loin de savoir mauvais gré à Latimer des sévérités de sa morale, elle le nomma son chapelain, et obtint un peu plus tard qu'il fut promu au siège épiscopal de Worcester. Elle s'entendait avec lui pour donner des secours aux pauvres et distribuer de larges aumônes ^

Mais, comme le fait remarquer un auteur protestant

1. Dans les neuf derniers mois de sa vie, elle dépensa en aumônes 14,000 livres sterlings.

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