SON CŒUR NE CHANGE PAS
de nos jours, Miss Strickland ^, ces œuvres extérieures par lesquelles elle cherchait à détourner de dessus sa destinée future le courroux céleste, n'avaient pas changé le fond de son âme. Elle savait quelle était la popularité de Catherine, et cette malheureuse princesse du fond de sa captivité excitait dans le cœur de la reine Anne, je ne sais quelles craintes vagues qui se mêlaient à ses remords. Quand on lui annonça que la prisonnière de Kimbolton venait de mourir, elle s'écria, dans un mouvement de satisfaction aveugle et triomphante : « Enfin je suis reine ! » Elle était occupée à se laver les mains dans une riche aiguière quand sir Richard Southwel vint lui apporter cette nouvelle, elle lui donna pour le récompenser cette aiguière avec son couvercle qui était d'un grand prix. Puis elle alla trouver ses parents le niême soir, et, les abordant avec une joie dont elle ne pouvait contenir les transports : « Maintenant, ditelle, voici la couronne à jamais affermie sur ma tête -. » Le jour où le roi prit le deuil de Catherine en avertissant la reine Anne qu'elle devait en faire autant, non-seulement elle ne craignit pas de désobéir à cet ordre formel, mais elle revêtit une robe de soie jaune, et engagea les femmes de sa cour à imiter son exemple ^. N'y avait-il
1. Voir, tome II des Vies des reines d'Anglolerre. p. G60, 661 et suivantes, le récit détaillé de ces faits, dans cet auteur intéressant et impartial, édition anglaise de 1860.
2. Elle aurait même dit de Catherine, suivant le cardinal Polus : « Doleo non quidem quod sit mortua, sed quod t<un honeslo generis « morte obierit : Je suis fâchée, non pas de ce qu'elle est morte, mais de ce qu'elle est morte si honorablement. »
3. On a cherché à pallier cette faute d'Anne de Boleyn en prétendant : 1° que Henri avait fait distribuer lui-même des k^bes de soie jaune aux femmes de la suite do la reine Anne ; 2° que celle couleur