SÉDITION POPULAIRE
Que si maintenant nous passons des classes aristocratiques aux classes commerçantes ou classes moyennes, nous trouvons, il faut le reconnaître, que le terrain y était plus favorablement disposé pour les innovations religieuses.
Cette classe était déjà puissante et nombreuse, à cette époque, au moins à Londres : or, elle se trouvait imprégnée d'idées nouvelles importées de l'Allemagne et des Pays-Bas. Elle adopta donc assez volontiers la négation de la suprématie papale. Seulement la nouvelle constitution ecclésiastique de Henri VIII paraissait insuffisante à ces disciples de Luther ou de Zwingle, et, quand ils s'avisaient de professer hautement leurs doctrines, des bûchers s'élevaient encore pour eux. Ce procédé judiciaire avait été imaginé par le roi réformateur pour prouver sa stricte impartialité à l'égard de tous ceux qui niaient sa suprématie personnelle.
Quant au peuple anglais proprement dit, — et nous parlons surtout ici du peuple des campagnes, — il était profondément imbu des traditions catholiques. Aussi, quand on altéra les cérémonies de sa religion, qu'on voulut changer son culte, détruire ses autels, — enfin, après qu'on eut chassé des monastères les religieux qui distribuaient à tous le pain de la charité, un grand désespoir saisit ces âmes simples et fidèles à leur foi. Un soulèvement général se produisit dans le nord de l'Angleterre : trente ou quarante mille paysans prirent les armes au nom de la croix, et l'armée que Ton envoya à leur rencontre faillit être surprise et enveloppée. Si, à ce moment, Charles-Quint avait pu donner un bon général aux insurgés et débarquer quelques milliers d^Espagnols pour venir à leur secours, c'en était
LE PAUPERISME PAI\ LA SUPPRESSION DE LA CfLXRiTÉ. *».*) I
fait de la nouvelle église, de la suprématie spirituelle du roi et même de sa couronne ^
Mais Henri gagna ou désarma les principaux chefs de cette sédition populaire en leur faisant des promesses de liberté religieuse et d'amnistie qu'il ne tint pas. Le sang coula à grands flots : le culte catholique fut bientôt proscrit de nouveau, môme dans l'intérieur des demeures privées. Les têtes des religieux et des prêtres qui refusèrent le serment de suprématie furent mises à prix ou tombèrent sur l'échafaud.
Aux souffrances morales de la conscience opprimée se joignit chez le peuple anglais une misère matérielle dont on ne saurait se faire une idée.
Les monastères qui étaient alors si multipliés dans tout le pays avaient toujours du pain pour nourrir l'indigent, des vêtements pour couvrir sa nudité, un refuge temporaire pour quiconque se trouvait sans toit et sans abri. Des hôpitaux nombreux, desservis par des religieux, étaient affectés au secours de diverses maladies.
Lorsque Henri VIH eut confisqué les biens des hôpitaux et des monastères, il s'aperçut tout à coup du vide que laissait dans ses Etats la charité volontaire, dont la source intarissable ne se rencontrait plus en dehors du catholicisme et de ses fécondes institutions. Alors il fut amené à prendre des mesures excessivement rigoureuses contre la pauvreté qu'il considérait comme un crime. Quand un malheureux, même non valide, était trouvé mendiant hors des limites de sa paroisse, il était
1. On se rappelle que, dès lô28 et 1529, Mendoza écrivait ù Cliarle>- Quint que le mécontentement était porté au comble, et qu'il no manquait au peuple qu'un chef pour se soulever contre Henri VIII et le renverser.