CATHERINE PEU FAVORABLE A CE PROJET
à négocier cette union au nom des rois catholiques^
Ferdinand avait autorisé le duc d'Estrada à employer tous les moyens pour arriver à savoir si le premier mariage de Catherine avait été réellement consommé. Dona Elvira, la première des dames d'honneur de cette princesse avait écrit à Isabelle que les deux jeunes époux n'avaient jamais vécu ensemble. Cette lettre de D. Elvira n'a pas été conservée. Mais la reine fait une allusion très claire à ce qu'elle contenait dans une dépêche au duc d'Estrada : « Notre fille, dit-elle, est restée comme elle était ici, car D. Elvira me l'a écrit ^ »
Isabelle dit, dans cette même dépêche, que, d'après des avis secrets qui lui ont été transmis, elle a lieu de croire que Henri VII désire que la jeune veuve se remarie avec le prince de Galles ; mais elle ajoute qu'il faut toujours voir venir , et ne pas laisser croire que les rois d'Espagne aient les mêmes visées, car, s'il le soupçonnait, Henri VII serait plus dur dans les conditions du contrat.
Et cependant Henri VII ne se pressait pas de déclarer ses intentions : il ne disait et ne faisait rien qui pût l'engager pour l'avenir.
D'un autre côté, on semblait ne pas tenir compte, dans toutes ces négociations, des sentiments personnels de Catherine; or elle témoignait beaucoup d'éloignement pour cette union qu'on voulait lui imposer. Elle écrivait à sa mère qu'il lui répugnait infiniment de promettre l'obéissance à un jeune prince bien moins
1. « Our daughter remains as she was hero, for so Dona Elvira « lias wriUen to us. » Dépêche du 12 juillet 1502, n* 3-27, p. 272, t. pr, du Galendar, etc., édité par Borgonrolli. Cela esl précis et no laisse aucun doute.
28 LETTRE d'iSABELLE SUR CE MARIAGE.
âgé qu'elle, et à peine adolescent ^ Afin de mieux prouver son aversion pour tout projet de mariage en Angleterre et son esprit de retour en Espagne, elle se refusait obstinément à apprendre l'anglais ^.
Aussi, en lisant la correspondance de la reine Isabelle, à cette époque, on dirait presque qu'elle n'espère ni ne désire réussir dans ses négociations matrimoniales. Elle y déploie de fort beaux sentiments, dignes d'une tendre mère et d'une bonne chrétienne, et cependant la femme politique se réveille, pour ainsi dire, d'une manière inattendue. Le premier mouvement semble être celui d'une mère; le second est dû aux suggestions de la raison d'Etat.
a Je vous ordonne, dit-elle au duc d'Estrada, de presser le départ de la princesse de Galles, ma fille, afin qu'elle puisse venir ici immédiatement. Plus grande est l'affection et plus douloureuse la perte, plus il y a de raisons pour qu'elle revienne auprès de ses parents. De plus, faites observer qu'en Espagne, grâce aux mœurs et aux habitudes du pays, la princesse aura moins à retenir l'expression de sa peine, et pourra s'abandonner à son chagrin plus librement qu'elle ne le ferait en Angleterre. Vous direz aussi que nous ne pouvons pas supporter l'idée qu'une fille que nous chérissons soit loin de nous quand elle est dans faffliction, et ne nous ait pas sous la main pour la consoler. Certainement il est bien plus convenable qu'elle soit avec nous en ce moment que partout ailleurs ^. »