‹ Catherine d'Aragon et les origines du schisme anglicanChapitre 77 sur 400 · CATHERINE ÉCRIT A SON PÈRE DE LA SECOURIR · texte numérisé non relu

CATHERINE ÉCRIT A SON PÈRE DE LA SECOURIR

Dès le 12 février, D. Juana se mettait en route pour Plymouth dans une riche litière qui avait appartenu à la reine Elisabeth. Elle fut retenue jusqu'au milieu d'avril, ainsi que son mari, sur les côtes de l'Angleterre, soit par les vents contraires, soit par la politique de Henri VIL Catherine n'avait pu avoir avec sa sœur qu'un court entretien dans lequel elle lui avait dépeint sa triste situation; sans doute ce qui l'encouragea à se plaindre, c'est le spectacle même de la misère où l'avait réduite son beau-père, et ce spectacle avait frappé les regards et l'attention de sa sœur Juana.

Elle écrivait à son père Ferdinand, vers la même époque, c'est-à-dire dans le courant du mois d'avril, la lettre suivante :

« Je ne puis pas vous parler d'une manière plus particulière, parce que je ne sais pas ce qu'il adviendra de cette lettre et si elle arrivera entre les mains de Votre Altesse ^ ; mais, quand vous verrez D. Petro d' Avala qui était et qui est encore auprès du roi Philippe et de la reine Juana, Votre Altesse connaîtra tout par une lettre chiffrée que je lui ai remise. J'ai écrit plusieurs fois à Votre Altesse pour la prier de remédier aux nécessités extrêmes où j'étais réduite, mais ces lettres sont restées sans réponse. Je vous supplie encore, pour l'amour de Notre-Seigneur, de vouloir bien considérer que je suis votre lille, et qu'après Dieu, je ne puis avoir de recours qu'en vous. J'ai des dettes considérables à Londres, sans m'étre jamais passé de coûteuses fantaisies ; je ne puis pas soulager mes gens, qui, rien que pour leur entretien, auraient besoin de mes secours, le roi Henri se refuse toujours à payer ces dettes, et, cependant, j'en ai parlé à

1. Elle avait eu souvent des Icllres interceptées par la police secrèlo de Henri Vil.

nS SOUFFRANCES DE CATHERINE.

plusieurs membres du Conseil, en répandant des larmes amères. Ce prince dit toujours qu'il est délié de tout engagement envers moi, parce que vous n'avez pas tenu la promesse que vous aviez faite de payer en argent le reste de ma dot. Je l'ai assuré que votre intention était d'acquitter cette promesse. Alors il m'a dit qu'on pourrait voir et qu'il ne savait rien de précis à cet égard. De sorte, Monseigneur, que je suis dans les plus vives inquiétudes et les plus cruelles angoisses, en voyant mes meilleurs serviteurs tout près de demander l'aumône. Quant à moi, personnellement, je n'ai plus de chemises; c'est pourquoi j'ai vendu quelques bracelets pour subvenir à mes besoins et acheté des vêtements noirs pour le deuil de ma mère. Car il ne m'est arrivé d'Espagne, depuis mon veuvage, que deux vêtements complets, et il ne m'en reste qu'un de brocard qui ne soit pas entièrement usé i. »

Puis, Catherine supplie son père de lui envoyer pour confesseur un franciscain de la stricte observance ; elle demande que ce soit un homme lettré et instruit :

« J'avais déjà écrit à Votre Altesse, dit-elle, que, ne sachant pas l'anglais et ne pouvant pas le parler, je n'avais pas réellement de confesseur. Si Votre Altesse veut bien m'envoyer ce confesseur le plus tôt possible, elle me rendra un grand service, vous devez savoir quel inconvénient il y a à rester sans confesseur, j'en sens d'autant plus cruellement la privation que je suis malade depuis plus de six mois et que je me crois toujours à la porte du tombeau! »

Elle finit sa lettre en disant qu'elle l'a confiée à l'un de ses bons serviteurs, Galderon, qui va en Espagne afin de se marier, et qu'elle n'a rien pu lui donner comme récompense de ses peines et de sa fidélité : elle

1. Wood's Letters, etc., et Miss Strickland, lococltato, p. 483.

ELLE TOMBE GRAVEMENT MALADE. o9

charge son père de vouloir bien faire quelque chose pour luii.

Ainsi, à toutes les persécutions, à toutes les tortures morales que Catherine avait à subir, venaient encore s'ajouter les souffrances de la maladie ! Il paraît que la fièvre d'accès dont elle se plaignait au mois d'avril était tenace et durable, car, dans une lettre du 17 octobre suivant 2, elle se plaignait encore d'en ressentir les atteintes.

A cette époque, elle se sentait découragée, triste et sans espoir. Gomme elle n'avait pas encore pris d'inclination pour Henri VIII, elle ne voyait devant ses yeux aucun avenir qui pût avoir pour elle de la consolation et du charme. Son père semblait désirer qu'elle restât en Angleterre tant qu'elle aurait quelque chance de devenir la femme du nouveau prince de Galles. Mais elle ne se prêtait à cette combinaison que parce que son père le voulait ; si elle en désirait le succès, c'était afin de sortir de la situation précaire et misérable où Henri VII semblait vouloir la retenir indéfiniment. Son cœur, récemment brisé par la mort de sa mère, semblait être tombé dans l'indifférence et la langueur.

Au reste, plus on pénètre, à l'aide de certaines révélations historiques, dans l'intimité des familles princières, plus on trouve que les épreuves de la vie augmentent pour les filles des rois en proportion même de leur élévation. Pour les alliances matrimoniales en particulier, des difficultés de tout genre surgissent et se

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