ENTRE CATHERINE ET D. JUANA
parées depuis plusieurs années. Mais Henri VII exigea que l'étiquette vînt s'interposer entre leur tendresse mutuelle. Catherine resta même assez longtemps sans pouvoir s'entretenir en particulier avec D. Juana, grâce aux ombrages du roi d'Angleterre. Ces ombrages étaient de deux sortes. Ce prince craignait d'abord les plaintes que Catherine pourrait faire sur les mauvais traitements dont elle était l'objet. Il redoutait ensuite qu'elle ne s'opposât au traité secret qu'il venait d'arracher à Philippe et qui était défavorable aux intérêts de la Castille. De plus, par ce traité, Philippe s'était engagé, quoique avec une répugnance extrême, à livrer à Henri un grand seigneur anglais, SufTolk, qui avait cherché un asile dans les Pays-Bas, et qui avait reçu de l'archiduc les assurances les plus formelles de protection ^ A la fin, Henri VII, rebuté par les refus de la reine douairière de Naples, avait demandé à Philippe la main de sa sœur, l'archiduchesse Marguerite, qui était doublement veuve, d'abord de l'Infant d'Espagne, puis du duc de Savoie. Par conséquent, elle avait deux douaires. Quelle amorce puissante pour un calculateur intéressé, tel que le roi d'Angleterre ^ !
Philippe fit probablement tous ses efforts pour réussir. Mais la princesse Marguerite déclara qu'elle ne voulait pas se remarier.
1 . Henri VII avait promis de respecter la vie de ce seigneur. Il se contenta donc de l'enfermer à la Tour. Mais il chargea son fils, Henri, quand il mourut, de faire exécuter sa victime. Henri VIII acquitta ce legs avec une exactitude exemplaire.
2. Il fut aussi question, à cette époque, du mariage de la princesse Marie, fille de Henri VII, avec le prince Charles, qui fut depuis Charles-Quint; Philippe avait consenti avec peine à ce projet d'union, toujours sous le poids d'une pression morale.