‹ Catherine d'Overmeire;Chapitre 2 sur 8 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

L'artiste le plus désespéré des laideurs modernes peut parcourir la ville de Bruges en tous sens. Nul objet n’y choque son œil; nul bruit, de quelque part qu'il s'élève, n'agace son oreille d’une dissonance. Les souvenirs les plus intimes du passé, se dressant en foule sous ses pas, l’accompagnent partout comme autant d'hôtes hospitaliers, et, de quart d'heure en quart d'heure, le carillon qui chante au sommet de la Tour des Halles semble lui

hi À

souhaiter joyeusement la bienvenue dans la vieille capitale des Flandres.

Un air de bonhomie et de gravité est comme étendu sur chacune de ces maisons bourgeoises à pignons découpés en gradins, avec une large fenêtre carrée, luisant au soleil. L'amour du bien-être, et je ne sais quel sentiment de matérialité s’exhalent en même temps des murs de brique soigneusement lavés au lait de chaux, et tranchant sur les toits à pentes roides écaillés de tuile. Une sorte de monotonie douce, qui vous berce comme un chant d’aïeule, coule avec les eaux brunes des canaux bordés de jardins en fleurs. Pas une maison qui se distingue de sa voisine; pas une rue qui ne ressemble à celle qui la coupe ou la prolonge. La propreté extérieure, exquise et tenace, sourit dans tous les recoins, depuis le faîte des cheminées jusqu'aux dalles des perrons circulaires. L’herbe même, rase et menue, qui S'étend sur le pavé blanc, comme une barbe de huit jours au menton négligé d’un vieillard, prend de loin, glacée d’or par le soleil incliné, quelque chose de net qui fait plaisir à voir. On aime à senüur

craquer cette herbe fraiche sous ses pieds; elle amortit leur bruit, presque insolite dans une cité si tranquille et si belle.

Nul n’a jamais pu dire comment cet immense caravansérail de toutes les nations, rival de Venise, après avoir accaparé le commerce du monde, s’endormit un jour, tout à coup, dans son activité. Son peuple, si longtemps turbulent et travailleur, aujourd’hui paresseux et doux, ne semble plus souhaiter que ne rien faire. L'un après l'autre, il a fermé ses comptoirs, ennuyé de toujours vendre et de toujours fabriquer. Les bras croisés, l’œil demi-clos, l'air goguenard, dans la vase de ses bassins, il regarde sournoisement pourrir la coque de ses navires. La bière qui rend pesant et la pipe qui fait rêver suffisent à ses désirs, avec l’intelligente manie des tableaux et l'amour — un peu licencieux — des belles filles. De fourmi il s'est changé en lézard; de marchand il est devenu poëte. Admirable logique des choses d’ici-bas! Les petits-fils des âpres tisserands de Philippe le Bon vivent philosophiquement du travail de leurs femmes, et, tout le long du

jour, ils s'étirent les bras, fument, boivent et font des vers!

Bruges à la forme un peu allongée d’un cirque, à l'extrémité duquel, en se reployant sur lui-même, passe le canal d'Ostende. Juste au milieu de la ville, sur une large place, s'élève la Tour des Halles, quadrangulaire et haute de trois cent vingt-cinq pieds. Au sommet, une salle octogone, percée de huit fenêtres, renferme les quarante-sept cloches du carillon, et de là, en tournant sur le talon, on aperçoit partout au loin la plaine verte et toute plate, comme une mer où s'enlève, en façon de rocher, la cité gothique aux toits rouges.

Çà et là pointent tout droit dans les airs de vénérables édifices : l'Hôtel de Ville, avec ses six tourelles et ses deux cheminées coiffées de couronnes de cuivre; la cathédrale de Saint- Sauveur, écrasée par une tour romano-byzantine ; l’église de Notre-Dame, dont la flèche toute nue porte un coq d'or. D'autres églises enfin, des chapelles, des couvents, des cloîtres et des hospices, avec de beaux hôtels assis

commodément à l'angle des rues, se détachent sur le fond des toits escarpés, comme des pics sur la masse déchiquetée d’une montagne.

L'ensemble de ces toits aigus, descendant de chaque côté des pignons blancs à degrés, produit l'effet d'un tumulte. Entassés les uns sur les autres, et comme encastrés, ils se dégagent un peu de la pression commune en s’éloiguant du centre. On les voit alors tout à plein, avec leurs mansardes pointues posées de travers, et les auvents de leurs comptoirs qui surplombent le bord du pavé. Un canal circulaire où viennent rayonner des jardins-maraichers enferme cet ensemble bizarre. Au delà, il n’y a plus rien que les champs où flottent nonchalamment les brumes envolées de la mer.

Quand on est resté quelque temps accoudé au sommet de la Tour, une foule de jolis détails que, tout d'abord, on n'avait pas aperçus, vous sautent aux yeux et vous amusent. Ici, c’est une rue large et grise avec ses deux trottoirs

de pierrailles sur les côtés qui file en tournant vers la plaine. Là, ce sont des toufles d'arbres qui frôlent des cheminées sculptées d’où s’échappent lentement de claires fumées bleuätres. Plus loin, une rivière canalisée, peuplée de joncs ettachetée par des amas de nénuphars, reproduit exactement dans ses eaux, plaquées de lumières, les tourelles carrées à clochetons aigus plantées sur ses bords. Plus loin encore, c'est un pont de pierre, en dos d'âne, qui passe d'une rive à l’autre. Les rues et les canaux s'entre-croisent, plus ténus que les fils dans la rosace d'une toile d’araignée. Le soleil doux et jaune répand sur le tout des lueurs molles et changeantes.

Vue du haut de la Tour des Halles, la ville vous prend par les yeux et vous charme. D’en bas, elle vous prend par le cœur et vous com munique une sorte de tristesse douce. On voudrait vivre là, jusqu'à la mort, — à ne rien faire comme les autres, — avec quelqu’une de ces blondes filles du pays, aux chairs lumineuses, aux yeux bleus, aux dents blanches et carrées, créées pour contenter tous les ap-

pétits et capables de pleurer avec vous, sans aucun motif, par soumission pure. Chaque maison , avec son aspect gothique et sa tournure de bourgeoise, éveille en vous des idées d'ordre. On se sent devenir économe en la regardant. Des souhaits de ménage, mêlés à des désirs de devoir accompli, de constance et de résignation, vous montent à l’esprit et vous émeuvent. Si ce n'était par fausse honte, on s’en irait tout droit à confesse.

Sous le cintre surbaissé de chaque porte, s ouvre invariablement un palier profond , carrelé de tuiles. Là, par les jours tièdes et vaporeux de l'été, à l'abri du soleil, des groupes de femmes, assises sur des chaises basses, chantonnent entre leurs dents, en remuant vite des bobines longues entre leurs doigts agiles. Une planchette rembourrée, — qu'on appelle un carreau , — Criblée d’épingles, est posée sur leurs genoux. Les fleurs de la dentelle qu’elles ourdissent par longues bandes sont plus délicates et plus fines que celles du givre d'avril sur les vitres des croisées. Ainsi, diligentes, et presque toutes blondes et fraîches, elles tra-

vaillent en chantant, ne s’interrompant guère que pour bavarder et sourire.

De temps à autre, dans la rue déserte, silencieuse, et comme ourlée d’un mince ruban d'ombre fine, passe un jeune capucin, aux joues vermeilles, à l’air aimable et souriant, tête nue au vent, laissant pendre paresseusement sa ceinture de corde sur sa robe brune, et l’on entend claquer ses sandales de peau sur ses talons nus, légèrement estompés. Cent pas plus loin, des ménagères qui reviennent du marché, portant au bras leur panier d'où sortent des feuilles vertes, balancent en marchant lentement leur long manteau de drap noir, à cagoule. Un vieux prêtre parfois, le parapluie à la main, l'air bien portant, proprement vêtu, chemine tout doucement après elles, en lisant son bréviaire. Des paysannes passent enfin, tenant la rue de large en large sur une seule ligne, derrière de lourds chariots. Puis la rue redevient déserte, et l’on n’entend plus rien que les papotages infinis des dentellières, ou les cris graves des corbeaux s’envolant tous ensemble, comme une

bouffée, de la Tour des Halles, quand le carillon chante.

Ce carillon est, à lui seul, la gloire de la ville de Bruges et son unique amusement. Il se compose de quatre octaves, depuis la grande cloche /a qui pèse 11,539 livres, jusqu’à la plus petite cloche /4 qui pèse 12 livres. Foudroyé plusieurs fois, les Brugeois l’ont toujours obstinément rétabli. Un énorme tambour de cuivre le fait mouvoir tous les quarts d'heure, en poussant, avec chacune de ses pointes, des pédales reliées aux cloches par des fils de fer et de laiton.

C'est plaisir, je l'avoue, que de l'entendre chanter — d'un peu loin. — D'abord une sonnerie tremble dans l'air avec un aigre bruit de grelots, puis des grappes de notes s’envolent, comme effarouchées, des bouches de cuivre, tremblotant en mesure, avec des vibrations infinies et des brimbalements argentins. Une phrase lente se débrouille alors, un peu péniblement, de la masse diffuse : grave, sonore, elle s'élève, comme une gamme chromatique et

, Le

passe, d’octave en octave, à l’extrème ton aigu. Puis la sonnerie recommence, avec ses tintements d'airain interminables. Chaque cloche, petite ou grosse, suspendue sur ses oreillettes à charnières et frappée par le marteau, s’ébranle et détone à son tour. Les unes palpitent et bruissent doucement, comme si elles se dandinaient toutes seules sur leur bascule; les autres grondent, bourdonnent et mugissent, sonnant à toute volée avec des airs de tocsin. La vieille Tour résonne alors elle-même comme une immense trompe de pierre; on dirait qu'elle est sur le point d’'éclater, lançant au loin sur les toits de la ville toutes ses cloches haletantes et furieuses. Mais le tambour ralentit aussitôt son mouvement. L'une après l’autre, les phrases se détachent plus nettement et s'évaporent. Et, de toute cette musique étrange et confuse, il ne reste plus rien dans l'air qu'une sourde wvi-

bration. ;

Ce qu'il y à de plus amusant à observer à Bruges pendant la sonnerie, c’est la satisfaction des habitants. Ghaque passant, si loin qu'il se trouve de la Tour des Halles, s'arrête dans sa

marche et lève le nez en l'air. Les femmes qui bavardent sous les portes se taisent et tendent l'oreille. On dirait qu’elles espèrent surprendre une variation dans la chanson éternelle que leur chante la musique municipale. Quand la dernière note s’est amortie, les femmes reprennent en soupirant leur travailet leurs causettes, les passants continuent leur chemin, et pendant un quart d'heure la cité, redevenue subitement silencieuse, ressemble à s'y méprendre à cette ville des contes arabes, où tout est frappé de sommeil. ;

C'est le dimanche surtout que l'illusion est complète. Alors, chacune de ces bonnes familles flamandes, où tout est si bien prévu et si bien réglé, se dirige du même pas désœuvré, grave et lent, vers l’église la plus voisine, pour assister à la messe. Toutes les boutiques sont fermées, comme les portes et les fenêtres. A l'air d’aisance et de sensualité qu'on respirait partout succède une vague somnolence. L’ennui profond, l'ennui palpable et visible vous tombe sur les épaules comme un nuage de poussière et vous étouffe. Tout vous devient indifiérent,

tout vous fatigue. Vous vous traînez le long des murs comme un fiévreux en quête d’un peu d’ombre. À peine apercevez-vous les gens qui vous croisent, rentrant chez eux, sans se presser et sans parler, contents de se trouver en paix avec le bon Dieu au moment de se mettre à table.

Et si, à l'angle de quelque rue déserte, vous vous asseyez sur le banc de pierre hospitalier, vaincu par l’atmosphère écrasante qui vous enveloppe, les bras ballants, les jambes inertes, Ja tête au mur, les regards accablés: vous savourez longuement, malgré vous, cette tristesse qui vient d'en haut, d'en bas, de partout et qui, en vous engourdissant l'esprit, vous obsède. Alors, en percevant à demi, d’une oreille inattentive, le murmure des ailes et les cris des corbeaux, les soupirs du vent de mer alourdi par la brume sur les toits et dans les feuillages, les phrases musicales errant dans l'air, au hasard, paresseuses elles- mêmes et comme assouples, vous vous laissez enfin gagner par le sommeil, dodelinant de la tête comme un aveugle et bercé, — avec la vieille ville marchande, — par les chants énervants de son carillon.

Au commencement de l’année 1840 , une maison élevait encore à Bruges son pignon découpé sur une rue large et plus solitaire que toutes les autres. Derrière elle, un jardin un peu allongé, planté de légumes et d'arbres à fruits, s’en allait, entre deux haies d’épines, aboutir au canal d'enceinte, et tout au fond, de l’autre côté de l’eau, bornait l'horizon, dans la prairie humide, un gros moulin à longues ailes, dont le tic-tac régulier, s’éveillant chaque matin avec le chant des coqs, se taisait invariablement chaque soir, à la même heure.

Quoique vieille et penchée un peu en avant,

à cause du tassement des briques, cette maison avait un tel air de propreté qu’elle attirait l'œil entre ses voisines comme si elle eût fait saillie sur la rue. Ni toiles d’araignée, n1 mouchetures de boue n’altéraient la blancheur de sa façade. Les cadres verts de ses larges croisées enfermaient des vitres minces et bien nettes, et sa porte de chêne blond à lourd marteau brillait comme une plaque de métal.

Quand on avait traversé le pont de pierre sans parapet qui coupait un fossé d’eau vive sur le seuil, on rencontrait d’abord devant soi, au bout du palier, une cuisine vaste et claire où reluisaient les casseroles et les pots contre les murs; et là, presque toujours, sous le manteau noirci de la haute cheminée, bouillonnaïit dans les cendres quelque marmite fumeuse, d’où s’échappait, en faisant danser le couvercle, une grasse vapeur de lard et de légumes, agréable à respirer quañd on est à jeun.

Un gros chat blanc ronronnait là, tout le long du jour, couché en boule sur une chaise de paille, à trois pieds au-dessous d’une cage

pleine de serins, les griffes rentrées et plissant ses paupières sur ses yeux d'or. Sa queue touffue, qui passait sous son ventre, venait caresser son museau rose à moustaches , et, de temps à autre, 1l poussait de grands soupirs, comme une personne mal à l'aise pour avoir un peu trop dîné.

Auprès de la cuisine, une salle à manger boisée de planches de frêne, avec un paillasson blanc éraillé posé sur des carreaux rouges, recevait tout à plein la lumière de la cour. Un énorme poêle en fer, qu'on nomme #énagère dans les Flandres, trônait d’un côté avec ses deux fours à tiroirs et ses pommes de cuivre. De l’autre côté, s'élevait un buffet chargé de faïences communes. Au milieu, y avait une table ronde, et, tout contre la boiserie, huit chaises de jonc tressé. J’oubliais une grande horloge à gaine, un peu détraquée, jouant des airs mélancoliques toutes les heures, ainsi que des gravures piquetées de trois tableaux de Rubens, encadrées de baguettes brunes et plaquées sur les panneaux.

L'éternel habitant de cette pièce était un perroquet miteux et centenaire, à plumes blanches flétries, à capuce jaune, à queue rongée jusqu'au croupion. Enchaîné par une patte sur la traverse de son bâton, tantôt il restait immobile, avec ses yeux ronds tout grands ouverts, comme un oiseau empaillé; tantôt, portant sa patte libre à son gros bec, il coupait gravement un morceau de sucre ou quelque fragment de noix sèche. Souvent il se balançaït très-vite sur ses deux pieds pour se dégourdir un peu les membres. Mais dès qu’on ouvrait la porte, il se mettait soudain à parler flamand, afin de rappeler aux gens qu’il vivait encore.

Le salon faisait suite à la salle à manger, et là brillait un certain luxe antique. De vieilles tapisseries de Bruges, à personnages, d’un ton gris rebaussé de traits lie de vin, mal tendues, tremblaient du haut en bas devant les murs.

Des rideaux d'étoile pareille gonflaient leurs larges plis aux deux côtés de la fenêtre, et, sur la cheminée, entre de lourds flambeaux d’argent à écussons, une pendule en marbre blanc un peu sali projetait circulairement les rayons

de son soleil d’or. Les siéges de chène avaient des dossiers droits et très-élevés. L’un deux, garni d'oreillettes et d’un coussin, était placé au bord du foyer, tout près d’un guéridon couvert d'un tapis rouge à palmettes, où de gros écheveaux de laine, un tricot commencé, une paire de bésicles en écaille et une tabatière d’émail gisaient pêle-mêle, dévalant d'une nrignonne corbeille d’osier blanc, avec de longues bobines. En face de la fenêtre, un beau portrait d'homme, en uniforme de colonel de l’armée des Pays- Bas, se carrait vaillamment dans une large bordure,

Quelque chose de paisible et d’étoulfé se dégageait de cette chambre toujours close, où des cactus plantés dans des pots vernissés, sous les rideaux de tulle roussis, collaient leurs larges fleurs sur les petites vitres d'un vert de bouteille. Les meubles lustrés par le frottement des chiffons de laine; les tentures élimées par la brosse jusqu’à la trame et décolorées par le mordant des rayons du soleil; les étoffes des siéges, fanées et par-ci par-là reprisées ingénieusement, annonçaient une inquiète écono-

mie toute proche de la gène, en même temps que l’amour de l’ordre et des habitudes. Le jour jaune passant à travers le vitrail s’étalait doucement comme un glacis sur le parquet brun et reposait l'œil. Des parfums de linge blanc, de paille de jonc, de vieux bois, de tabac à priser, se mêlaient vaguement aux tièdes émanations du café au lait qui s’évaporaient chaque matin de la cuisine. Il n’y avait pas un recoin dans ce salon tranquille, comme dans la salle à manger, et dans les deux chambres à coucher du premier étage, qui n'exhalât ces odeurs douces, et peut-être ingénieusement combinées, qu'on rencontre souvent dans les appartements des vieilles femmes.

Cependant de menus objets traînant çà et là, et parfois un certain désordre accidentel qui dérangeait un peu l'harmonie de l’ameublement, annonçaient, dans cette maison proprette et si bien tenue, la présence d’un être jeune et peu paisible. Des poupées de carton au nez et aux joues meurtris gisaient sous les meubles, jambes et bras ballants, les jupes relevées par-dessus la tête. De petits imstruments

de jardinage, pelle, râteau, arrosoir et brouette de bois blanc, s’entassaient dans un angle de la cour, à côté des outils plus longs et plus lourds faits pour la main des jardiniers. Une longue barcelonnette en osier, à demi recouverte d'une capote comme un cabriolet, se balançait, dans un coin de la chambre à coucher, sur ses planchettes à bascule. Enfin un tabouret très-bas et très-mignon ne quittait guère, dans le salon, le pied du grand fauteuil garni d'oreillettes. Si le sexe et l’âge de cet être très-remuant n'étaient pas indiqués suffisamment par ces objets, comme par la haute chaise de paille à marchepied qui lui servait à se hisser à table, ils le seraient sans doute par le petit bas de tricot — son ouvrage toujours en train et bien mal en train!-— qu'on rencontrait un peu partout, avec ses pelotons lardés d’aiguilles, grâce aux malices du chat qui, dans ses moments de gaieté, le poussait avec sa patte pour s'en faire une amusette.

Page 1