CHAPITRE VIII
son père, qui n'étoit pas bon mari, et mille autres choses en riant, qui ne pouvoient que me le faire dédaigner, même n'étant nullement disposée à avoir (te l'amour pour lui. Vous savez aussi ce qu'en ce temps-là vous lui disiez pour l'en dégoûter ; je m'en suis séparée, l'aimant comme un de mes meilleurs parents, et l'estimant comme un brave et galant prince, tel qu'il est.
« Je sais. Monsieur, que vous avez la mémoire si bonne que, vous ressouvenant de la suite de plusieurs années, vous n'aurez pas oublié ce qui s'est passé cette dernière passée en ce lieu de Saint-Germain : un soir que vous me fîtes l'honneur de me venir voir, ne menant avec vous que M. de la Force, vous me tîntes ces propos, que je me plaignois que vous ne me vouliez pas marier, et que c'étoit la chose du monde que vous désiriez le plus.
« Ce que pour me témoigner, vous me juriez devant Dieu 4e me donner celui que je choisirois, fût dehors ou dedans votre royaume, pourvu qu'il fût prince et point eiaiôfti, ne réservant que M. le comte de Soîssons qoi ji&us ne vouliés et M. de
Montpensier, roconnoissant bienquejen'avois pu Taimer; vous me promîtes avec serment de ne m'en parler jamais, me disant aussi que vous avie^ répondu aux siens, qui vous en pressoieni^ encore qu'ils n'y espérassent plus, et que vous ne le vouliés pas, ne m'étant pas agréable ; si bien, Mon* sieur, que le croyois maintenant marié en Lor-*. raine \ )>
. . , Après avoir rappelé au roi ce qu'il lui avait dit du mauvais état de la santé du prince de Lorraine, la princesse reprend encore à son sujet :
« Je vous représentai les malheurs qui me pouvoient arriver, tombant entre les mains d'un prince souverain qui me pourroit contraindre en ma conscience ; le peu de support que je pourrois espérer de vous, qui pour n'être accusé du pape d'être encore huguenot, n'oseriez m'aideren cette peine, étant bien souvent empêché pour ce sujet de le faire pour ceux qui vous ont bien et fidèlement servi.
« Vous me montrâtes d'avoir mes raîfons agréa-
1. n épousa, en effet, peua^<te, Qathcrine de Joyeuse, dont il eut Marie de Bourbon Montpensier fui, mariée à Gaston â'Oréans, fut la mère de la gran(le Mademoiselle.