CHAPITRE VIII
bles, et me séparay de vous la plus contente du mondei croyant que j'étois à la fin de mes peines; mais l'arrivée de ce porteur m'a fait voir qu'il faut que je me résolve à une plus extrême misère que odle en laquelle j'ay vécu depuis un si long temps, que certes je ne la puis supporter sans m'en plaindre ; car je rec(^nois bien, Monsieur, que votre dessein est de ne me marier jamais, ne m'offrant que ce que vous avés sçu de certain que je ne pouvois aimer.
(( Eh bien ! s'il ne vous reste que cette dernière preuve à tirer de mon obéissance, je ne vous demande plus de mari, et ne vous nommerai plus ce nom de mariage qui vous est si désagréa^ ble ; mais je vous requiers, les mains jointes et de tout mon cœur, de me permettre et donner congé de me retirer en quelque lieu le plus éloigné de la cour, et choisir laquelle de vos maisons il vous plaira que ce soit, puisque je suis si désas-» trée qu'en l'âge où je suis je ne puis dire en avoir une seule à moy, et n'ayant que par provision et par emprunt ce que mes père et mère m'ont laissé, n'étant point bâtarde.
« Accordez-moy, Monsieur, cette demeure, qui me sera agréable en ce que je ne vous importuneray plus de ma vie, qui ne vous est, comme je reconnois par vos actions, qu'une charge, et n'aurai plus de déplaisir de voir avancer ceux qui bâtissent la ruine de votre maison et se plaisent à ma nécessité ; et ne souffrirez plus les indignités que M. le chancelier me fait souvent, refusant pour moi seule ce qu'il fait pour des personnes si inférieures à moi, que je crois qu'il n'auroit pas la hardiesse de me faire s'il ne savoit bien qu'il le vous plaît ainsi. Ne croyez pas. Monsieur, que le congé que je vous demande soit désiré de moy depuis peu ; car je vous jure qu'il y a déjà long^ temps que je vous l'eusse requis si je ne me fusse repue de vos belles paroles, et aussi que jecroyois que mes obéissances et soumissions vous pourroient rendre plus doux ; mais reconnoissant que l'absolu pouvoir que je vous ay donné sur mes volontés ne vous peut faire changer, et que n'ayant mis rien en réserve pour vous plaire, soit aux dépens de mon âme et de mon contentement, soit au péril de ma vie, vous suivant par toutes sortes de