‹ Catherine de Bourbon: sœur de Henri IVChapitre 14 sur 186 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

la reine Elisabeth et à le placer ainsi à la tète de la politique anti-espagnole. Si ce vœu s'était réalisé, un même sceptre aurait gouverné plus tard r Angleterre, la France et la Navarre. Mais le conseil de Jeanne pensa différemment et Tobligea d'accepter l'offre de Charles IX.

Avant de se rendre à Blois pour régler les conditions du mariage de son fils, la reine publia en Béarn le Code national , connu sous le nom de Stile de la Reine Jehanne^ qu'elle avait rédigé quelques années auparavant, lorsque, réfugiée à Navarreins pendant Ja conspiration espagnole, elle rêvait aux moyens d'élever entre son peuple et l'Espagne des barrières qu'elle croyait plus infranchissables que les Pyrénées. Ces ordonnances étaient trop austères pour être accueillies avec satisfaction par les Béarnais, et plusieurs articles excitèrent de violents murmures. Habituée aux révoltes, la reine contint cette opposition avec son énergie ordinaire, quoique la constance de la lutte commençât évidemment à épuiser sinon son courage moral, du moins ses forces physiques. L'amour maternel était alors son refuge et sa conso-

lation* Catherine, malgré son extrême jeunesse, tenait une grande place dans l'existence de sa mère. On la voyait auprès d'elle aux assemblées et aux réunions du conseil, où sa figure enfantine formait un singulier contraste avec le sérieux de son attitude et la dignité de son maintien. Vive, très- passionnée pour les idées religieuses de Jeanne, déjà grande admiratrice de son frère, dont les récents exploits avaient enorgueilli son cœur, elle avait, comme on disait alors, un gentil esprit^ c'est*à-dire de Tinstruction, de l'enjouement et du naturel. Jeanne d'Albret avait pour elle une in-* dulgence voisine de la faiblesse, et sa dernière occupation avant son départ du Béam est une révélation touchante de ce doux sentiment* Elle tràçaf le plan et fit élever les murs d'un pavillon destiné à servir de résidence à sa fille. L'architecture, selon la mode du temps, devait être tout orientale, les salles spacieuses et richement décorées, et le nom du château était emprunté au patois béar* nais : Gastel-Beziat^ ou Château-Chéri , d'enfant gâté. Longtemps les ruines en ont Subsisté dans le parc des Hormelettes à Pau, luttant de du-

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rée avec les vieux arbres qui les protégeaient de leur antique ombrage.

Il fallut s'arracher à cette douce et austère existence. La petite cour béarnaise quitta le château de Pau au commencement de Tannée 1872. Jeanne et Catherine, accompagnées du comte* de Nassau^ de Téligny, de Biron, de Rosny et de la Rodieifoucauld, furent reçues à Tours par la reine mère, qui venait au-devant de ses nouvelles alliées avec réhte des dames de la cour. Catherine connut alors

« Geste brillante âeur de l'arbre des Valoys, En qui mounat le nom de tant de puissants roys, Marguerite^ pour qui tant de lauriers fleurirent, Pour qui tant de bouquets chez les muses se firent; »

et la première impression de Tenfant semble avoir été tout à l'avantage de la future reine de Navarre, car le soir même de l'entrevue elle écrivait à son fifère le billet suivant, où elle exprimait, avec la naïveté de son âge, son admiration et sa joie :

a Monsieur, j'ay veu Madame, que j'ay troué fort belle et eusse bien désiré que vous Teusié veue ; ie luy ay bien parlé pour vous qu'elle vous

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tinst en sa bonne grâce, ce qu'elle m'a promis, et en bonne chère, et m'a donné un bau i que jeme bien *. »

côté Catherine obtint des succès à la cour . « Vous ne sauriez croire comme ma jolie, » écrivait Jeanne d'Albret à M. de gouverneur du prince de Navarre ; elle îtivement charmante à cette époque, n regard limpide, à sa physionomie anitaille mignonne que dessinait à ravir la tère de sa robe coupée à la mode hu- Uec ce costume rigide, elle eût ressemigures mélancoliques retracées alors par d'Holbein, si une expression souriante sût révélé dans la petite puritaine la eux Antoine et l'aimable sœur du vail-

1 de Charles IX à la reine de Navarre moins empressé que n'avait été celui

est à la suite de la lettre de la reine de Navarre Navarre, mss. Bibliothèque nationale. Dupuy, fol. 39. Miss Freer Ta donné dans le deuxième

on remarquable ouvrage ; The life of Jeatinç

m of Navarre, London, 1855.

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