CHAPITRE X
(( Mon cher rov,
«de porteur vous dira comme sîest passée ici la réception de Tinfante ; elle m'a été plus courtoise que le pays ne me le faisoit espérer, c'est une humeur qui, à mon avis, vous seroit agréable. Klle aime fort la chasse ; Tarchiduc est aussi fort courtois : je remets tout à La Yarenne à vou^ conter ; je l'ay retenu pour voir la compagnie ; je vous y ai souhaité. Quand auray-je cet honneur, mon cher roy, devons voir? envoye«*moi quérir, ou me venez voir. PardonneiMnoy si je vous parle si librement ; aimezHmoy, mon brave roy, car je vous aime plus que moy-même.
<( La Varenne vous dira comme tnon mary et moy vivons. Il n'y a point d'altesse entre nous deux ; mais pourcda je crois qu'il n'y a pas moins d'amitié. J'ay prié La Varenne de vous parler pour Houdoyer. La cour de Parlement l'a condaiiinéj ce qu'ils n'ont pas fait pour Gabelin ; faites-mby l'honneur qu'il sente l'effet de la proillesse que vous m'avez faite le jour de mes nopces. Je vous supplie-très humblement d'avouer ce porteur de
ce qu'il a dit de votre part à Monsieur mon beaupère et à Monsieur mon mary, car je reconnais que cela me sert du tout à me rendre à mon aise et à me faire bien traiter.
« Faites-moi l'honneur de continuer à leur montrer que vous m'aimez, et leur sentez bon gré du traitement qu'ils me font; venez me commander, mon roy, de vous donner un petit page ; car je crois que, si vous-même ne me le dites, je n'y arriverai point. La vérité est que je me suis blessée... On ne l'a osé dire à Monsieur mon mary: j'en ay bien pleuré. C'est trop vous importuner; adieu, mon brave roy. »
(( Mon cheu roy,
(( Ce porteur vous contera tout ce qu'il a veu à l'arrivée de cette infante, que vous pouvez avoir déjà sçu par La Varennc. Ce mot sera pour vous supplier très-humblement de m'aimer toujours, et de croire que rien n'est plus à vous que petite sœur qui est demi-morte de la fièvre qui m'a toujours ternie (Jurant que l'infante étoit icy, et m'a fallu contraindre, de sorte que j'en suis maintenant fort
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mal. Bonjour, mon cher et brave roy, que j'aime ])lus que ma vie. »
Pendant que Catherine entretenait ainsi avec son frère cette correspondance que nous allons bientôt reprendre, les malheurs qui devaient attrister ses dernières années se préparaient à fondre sur elle. En arrivant à Nancy, le duc de Bar avait reçu, par Tentremise de Tévêque de Toul, un bref pontifical * qui annulait son mariage et le frappait d'excommunication. Le duc de Lorraine avait appris en même temps que Clément VIII, dans son mécontentement, défendait toute relation politique et religieuse entre le saint-siége et le duché, tant que durerait le scandale causé par l'hérésie de la princesse. Elle-même apprenait de son côté que le synode calviniste de Montpellier avait condamné son mariage.
Charles III ne se dissimula pas la gravité de ces redoutables arrêts. Il avait augmenté le pouvoir de Rome dans ses États en multipliant les établissements religieux, en favorisant les Jésuites, et en
l. Lettre CCXXX^ îich-essée au i*oi, Cor^resp, du caPilinnî fCO.'isat, t. IV, i>. Hi, noie.
2»0 CATHKIUNE DE BOURBON.
so inontiMiit le plus dévoué des princes cathxjliquos. C'était donc se démentir en face de son peuple que de braver, comme il l'avait fait, les volontés du saint-père ; c'était commettre aussi une faute capitale dans le sens politique (te ses mtérôts nationaux, car il s'aliénait le plus puissant s^ui de sa maison, l^risait le lien qui unissait d^uis tant d'années les princes lorrains h, l'Église, et augmentait l'influence de Henri lY sur les aflfaires de l'Europe.
Cç désappointement devait s'accroître enco^.
On voit, par les lettres de la duchesse, qu'cile n'avait pu supporter les fatigues d'uu commencetnçnt de grossesse ; une grave indisposition , qu'elle essaya de cacher, en était résultée. Cet événement fut bientôt connu dç la cour de Lorfaine et du peuple, qui le considéra coxmne uti premier effet de lavengeaAce du ciel, et l'accueillit par des murmures peu contenus. Enfin, la nouvelle de la mort subite de GabrieUe d'Estrées, suivie du consentement au divorce de Marguerite de Valois, vînt détruire le chimérique espoir que Charles III avait conçu, celui de voir ses enfants