CHAPITRE m
Telles étaient les conditions présentées par les envoyfe espagnols à Mornay, et transmises par lui à Henri et à Catherine* L'indépendance du sud de la France, sa destinée même, furent donc un instant livrées à la décision d'une jeune fille qui pouvait, en acceptant la plus haute situation de l'Europe, amener l'Espagnol au delà des Pyrénées^ rallumer une guerre sanglante entre Henri IH et le roi de Navarre, et arrêter les progrès de l'expédition commencée par le duc d'Anjou dans les Pays-Bas.
Cependant la réponse de Catherine ne se fit pas attendre* EUe-méme, dans un entretien particulier tenu plusieurs années après çivec Sully, donne avec une admirable simplicité les motifs de son refus : « Il fut question, dit-elle, de me faire épouser le roi Philippe d'Espagne ; mais la différence de religion, et qu'il voulait que le roi mon frère se joignit à lui pour faire la guerre à la France, en empêchèrent l'effet. »
Lorsque Mornay transmit aux envoyés espagnols la réponse de Catherine et d'Henri, ils s'écrièrent avec étonnement « que le roi et la prin-
cesse ne savaient ce qu'ils faisaient de repousser leurs offres ; que, du reste, les marchands étaient prêts. » Ce mot décèle, ajoute VEsprit de la Ligue^ les ressorts cachés qui soutinrent si longtemps la Ligue.
Cependant Philippe ne renonça pas entièrement à son projet. Il comptait sur les embarras dans lesquels la Ligue allait plonger le roi de Navarre et connaissait son manque de ressources pécuniaires *. Une somme de huit cent mille ducats, qui devait lui être livrée s'il revenait sur sa décision, fut déposée au village d'Ochagany, dans la haute Navarre, au-dessus de Roncevaux. De plus, en 4S83, Philippe profita des relations d'un certain vicomte d'Echaus avec un Espagnol nommé Un-
4. « Le roy Philippe d'Espagne aussi, en l'année 1580, l'envoya voir, promettoit au roi de Navarre de grands advance^ ments de sa part, jusque-là qu'il luy conseilloit de se faire roy de Gascogne, que pour cest effect il luy ayderoit d'hommes et d'argent, mesme il tint par longue espace de temps huict cents mil ducats dans Ochagany, village de la Haute-Navarre, audessus de Roncevaux, si ledict seigneur roy de Navarre les eust voulu accepter pour faire la guerre à la France. » Chronologie septennaire. Voyez T. Cayet [1598]. Voyez aussi les Lettres missives de Henri IV, par M. Berger de Xivrey, notes.