CHAPITRE III
part de la reine de Navarre. Elle retourna à Pau, où sa présence devenait nécessaire, car, à vingt ans, la petite sœur du roi, comme il l'appelait par allusion à sa délicate apparence, était gouvernante et lieutenante générale de Béarn ; elle publiait des ordres militaires, et devait maintenir les places de guerre en état de défense dans le pays confié à sa surveillance. Henri lui témoignait alors une grande confiance fondée sur l'estime' que lui inspirait la fermeté de ses principes et de son caractère. Sa destinée devenait en même temps un objet de puissant intérêt pour la diplomatie européenne. Le mariage de son frère restait stérile, et sa religion ne permettait pas d'espérer qu'il n'obtînt jamais de la cour de Rome le droit de contracter lin autre lien. Catherine était considérée comme l'unique héritière du roi de Navarre et plusieurs princes aspiraient à sa main.
Philippe II, roi d'Espagne, fut au nombre de ces prétendants. Il demanda (vers 1580) la main de Catherine avec une insistance qui témoigne de tout le prix qu'il attachait à cette alliance, et il
accompagna sa demande des offres les plus capables de séduire l'ambition de Henri et d'éblouir l'imagination de sa sœur. Nulle <»uronne alors n'était comparable h celle de cette Espagne, enrichie par ses conquêtes en Amérique, toute^puis^ santé en Italie et glorieuse héritière de la haute influence exercée par l'empereur Charles-Quint sur la politique européenne. Philippe promettait h Henri, en échange de la main d« Catherine, des secours suffisants pour fonder une monarchie indépendante dans le sud de la France. La Gascogne, augmentée du Languedoc, réunie aux deux Navarres, au comté de Foix, au Béarn et au Bîgorre, aurait composé ce royaume, auquel la protection de l'Espagne était à jamais assurée. Pour couronner ces propositions par une promesse plus solennelle encore, Philippe se chargeait d'obtenir du pape la rupture du mariage de Marguerite et d'Henri; il donnait l'infante Clara*Eugenia * pour épouse au jeune monarque et pour reine à la Navarre.