‹ Catherine de Bourbon: sœur de Henri IVChapitre 62 sur 186 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

en effet, partit aussitôt pour le Béarn, et eut une

entrevue secrète avec Henri. Il écrivit «nsuite

deux lettres au cardinal de Bourbon, son oncle,

pour lui annoncer sa défection sans en exjdiquer

la cause; puis, réunissant sa noblesse et ses

troupes, il rejoignît les huguenots aux Rosiers,

passa dans leurs rangs avec édat, et devint, h la

bataille de Contras, l'un de leurs [dus ar(tents /^^ ^^"^

auxiliaires.

Catlierine avait alors vingt-huit ans. Son âge /J'à ^ était encore celui de l'espoir et des illusions ; le royal exil que lui préparait Bfornay dans la triste ,-* ^ ^ patrie de Marie Stuart épouvantait son âme. Dans de telles dispositions, elle devait ressentir plus que de l'intérêt pour le jeune et brillant prinoe qui se montrait assez épris d'elle pour lui sacrifier sa cause ; plus que de l'affection même pour cet ami d'enfance dont la lointaine image était restée chère à son cœur, et qui venait l'attacher par un lien nouveau à son frère et à son pays. Telle fut l'origine de cet amour dont le souvenir répand encore un charme mélancolique sur la mémoire de la sœur de Henri IV, et qui l'entoure

du prestige que le roman donne à l'histoire, Tinfortune à la grandeur.

Selon tous les Mémoires contemporains, le comte de Soissons et la princesse, en présence de Henri, échangèrent alors des promesses de mariage, dont il remit l'accomplissement à une époque rapprochée. Pendant quelque temps, on le vit traiter le jeune prince avec une affectueuse confiance, et l'associer à ses travaux politiques et à ses expéditions militaires. Il supporta patiemment la violence, l'insubordination naturelle à son esprit. Il endura sa hauteur, le dédain qu'il témoignait pour la vie rude et frugale du pays, ne s'offensa point du luxe insolite qu'il déployait, des façons orgueilleuses et froides qu'il affectait envers la noblesse de sa petite cour et à l'égard de ses amis les plus dévoués. Le comte n'avait su dissimuler aucun des défauts de son caractère, et bientôt Henri se repentit d'avoir rapproché de lui cet indomptable jeune homme, agité des passions les plus contradictoires, les plus dangereuses, qui ne cachait pas son dessein de retourner en France après son mariage, et de jouir en maître

Page 1