‹ Catherine de Bourbon: sœur de Henri IVChapitre 61 sur 186 · CHAPITRE V. H · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. H

sœur, comme d'un précieux appât, et il est regrettable de dire que, jusqu'au moment où il la donna presque mourante à la Lorraine, il l'avait promise successivement aux princes et même aux simples gentilshommes qu'il voulait attacher à son parti. Un passage des Mémoires de d'Aubigné, ce Philippe de Commines du règne de Henri IV, et un sévère écrit de la duchesse de Rohan, attestent ce fait avec une amertume trop cruelle sans doute, mais malheureusement trop justifiable.

Un personnage de moralité fort équivoque, dont le nom se trouve mêlé à beaucoup d'intrigues de cette époque, l'abbé 'Elbène ou de Bellozanne*, se chargea de détacher le comte de Soissons du parti de la cour et de l'attirer dans celui du roi de Navarre. Il profita d'un moment où Soissons, indigné de la faiblesse de Henri HI, se plaignait de voir le nom des princes du sang devenir un vain titre dans l'État, tandis que le pouvoir des

1. Il y avait alors plusieurs personnages du même nom : celui-ci mourut en 1597, « bon serviteur du roi et des dames, » disent les Mémoires du temps.

Guises augmentait de jour en jour ; d'Elbène lui représenta que, dans la guerre qui venait d'éclater après la conférence de Saint>^ris, il s'agissait moins des intérêts de la religion que de ceux de rÉtat; que Tindépendance du royaume et Thonneur de sa famille reposaient sur le roi de Navarre; qu'enfin, s'il s'unissait à lui, il pouvait aspirer à la main de Catherine et obtenir peut* être cette princesse désirée par . tant de souverains.

Non content de ces belles propositions, l'abbé d'Elbène s'efforce de les rendre flm brillantes encore : il s'adresse à l'ambition du prince, il lui représente que, si Catherine devient comtesse de Soissons, die lui apporte en dot des biens considérables ; que si le roi de Navarre meurt sans postérité, elle hérite de ses États, et que les droits légitimes de la maison de Bourbon au trône de France passeront à son époux et à ses enfants. Il lui promet enfin d'obtenir du comte de Stafford, ambassadeur d'Angleterre en France, des sommes considérables pour lever des troupes. Le prince devait céder à de si puissants arguments; il céda

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