CHAPITRE VI. in
gue dont il voulait que l'on crût sa sœur victime et non pas complice.
Mais ce projet ne devait pas se réaliser; Mornay en prévit l'impossibilité dès sa rencontre avec la princesse, dans les plaines de Parthenay. Là, sans songer à se reposer des fatigues de son voyage, elle l'avait retenu plusieurs heures auprès çVelle, et lui avait raconté, avec une ardente indignation, les scènes de Pau et les rigueurs du Conseil souverain : « Jamais, s'était-elle écriée, elle n'oublierait un pareil outrage; jamais elle ne pardonnerait tant de scandale ! Si elle venait trouver Henri, c'était pour en demander réparation ; en cas de refus, elle en appellerait à tous les parlements de France; elle obtiendrait justice, et dans ce but elle sacrifierait, s'il le fallait, le repos de son existence et les honneurs qui lui étaient dus. » Puis, au nom du comte de Soissons, sa colère s'éteignait soudain; elle avait pleuré devant Mornay,et ses larmes avaient été si touchantes, que l'austère conseiller avait oublié son rôle politique pour lui prodiguer des consolations avec une sollicitude presque paternelle. Il avait
iU CATHERINE DE BOURBON.
obtenu qu'elle ne fit aucun éclat avant d'avoir revu le roi ; et, le prévenant en même temps,* il Tavelit engagé à rompre une négociation dont le succès^ lui p'&raissait plus que douteux.
Cette communication, loinde^décourager Henri,' parut au Contraire fortifier son intention. II obligea le duc de Môntpensier à le suivre à Sadfnur, et la cour, devinant son dessein sans en comprendre les motifs, proclama là nouvelle du prochain inariage de Maddme. Le duc de Mofltpetisier parut de bonne foi très-épris dé la priîicessCj et ne lui épargna ni les déclarations ni les présents. C'était alors que Malherbe lui adressait les stances où, célébrant l'attachement du prince pour la scèur du roi, il Ijui fait tenir le langage suivant :
« Beauté par qui les dieux, las de notre dommage, Ont voulu réparer les détaiis de cet âge, Je mourrai dans vos feux ; élejgnez-les ou non : Comme le fils d'Alcmène, en me brûlant moi-même, 11 suffît qu'en mourant dans cette flamme extrême Une gloire éternelle accompagne monnoni *. n
4. Poésies de Malherbe, édit. de Lefebvre de Saint-Marc, Paris, Barbou, 1757, p. 7, 26 et 27.
CHAPITUE VI. iTù
En même temps, Henri combla Catherine des marques de l'affection la plus vive, de lat cdrifiance la plus entière, et lui parla saris détcfuts du |)rojet qu'il avait formé pour elle. Son langage frit paternel et amical. S'il Irii proposait le duc de Montpensier pour époux , ô'était dans l'intérêt de son bonheur, de Sa gloire et de sa tranquillité. Il voulait élever ce prince aux plus hautes dignités, augmeiltei* sa fortune et assurer à ses enfants un btillënt héritage. Il vanta son caractère, rappela les niarques de dévouemerit qu'il ëii avait reçues, et se repi'ésëntà uni à Irii par le doublé lien de l'afteëtion et de la reconnaissance. Il né supposait pas enfltl qrië Catherine eût d'autre aiîibitiori que celle de contribuer à la pacification et à U grandeur de la France. L'associant ainsi à ses harites pensées, il se flattait de l^arracher à d'autres sentiments, et Cherchait ainsi à raviver le sang de Jeanriè d'Albret dans le ôœur ti*6p proforidémetit épris de la fllle d'Antoine de Bouf*bori.
La ptiiicessè recevait ces propDsitidtis avec riti trouble croissaîltj sa téprignance paraissait étbtinér et affliger flënri* Il en résulta des scènes pê-
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nibles, violentes même, dont on trouve quelques traces dans la correspondance de Mornay, et qui révélèrent au roi l'existence des promesses de mariage renouvelées à Pau entre Catherine et le comte de Soissons. La dernière et la plus vive de ces scènes eut lieu à Tours, où la cour de Henri s'était transportée après le séjour de Saumur. Mornay fut mandé dans le cabinet du roi : Catherine y était seule avec son frère. Celui-ci avait employé successivement la douceur et la menace pour l'obliger à agréer l'alliance du duc de Montpensier. Incertaine et timide devant la tendresse de Henri, elle s'était redressée, fière et emportée, devant sa colère; elle avait déclaré qu'elle ne s'appartenait plus, qu'elle avait promis sa foi au comte de Soissons, que l'engagement existait légalement, et qu'elle n'avait plus le droit de se rétracter. Puis, désespérée elle-même d'avoir laissé échapper cet aveu, effrayée de la muette pâleur de Henri IV, qui contenait avec effort Tune des plus violentes colères de sa vie, elle s'était jetée à ses pieds, et l'avait imploré en faveur du comte de Soissons, avec une émotion qui n'indiquait que