SCÈNE PREMIÈRE
CATHERINE seule; elle est assise devant une table et examine des papiers.
Vous l'avez voulu, messcigneurs; eh bien, qu’il en soit ainsi, ce sera le combat de la ruse ronlre la force; nous verrons quelle sera celle de ces deux puissances qui remportera... Ah! M. de Guise, et vous, M. de Montmorency, vous complotez contre moi...
Je le comprends... vous êtes hommes de cœur et d'exécution... mais qu'un Saint-André , girouette de cour, dangereux, je l’avoue, et dont je croyais si bien avoir endormi l'esprit brouillon , se mêle d'une coalition coutre notre royale personne, voilà ce que je ue puis comprendre; tout cela sous le beau prétua te de servir le roi... chacun le sert à sa manière et suivant ses intérêts. Croizdieu! M. le ma-
réchal, vous êtes criblé de dettes, et quelques mois dans vos terres vous feraient faire des économies. Oui, je dois chercher les moyens de vous créer tant et de si belle besogne qu’il vous faille oublier les affaires de l'état pour vous orcu(>cr des vôtres. Quant à vous, mon beau cousin de Guise, si je vous laissais faire, bientôt la reine n’aurait plus qu'un vaiu titre, et tonte son autorité passerait en vos mains ; il est donc grand temps que je pense également à vous ; aussi ma détermination est-elle prise : le parti de Condé et celui de M. de Guise, en se détruisant l'un par l'autre, assurent mon autorité. J'arriverai à temps pour tout pacifier, et si, après la lutte, l'un des partis reste assez fort... eli bien, nous verrons si nous devons nous faire huguenot ou catholique... A vous la honte, messcigneurs, car de la bonne et douce Ca-
thcrine d’autrefois, vous avez fait Catherine de Médicis, la Catherine d'aujourd'hui enfin! Oh! l’épopée sera sanglante... vos fils la raconteront avec eiïroi à leurs fils, et l’histoire dira h tous qu’il se sera trouvé en France une femme assez forte pour porter un sceptre de fer... Mais le docteur tarde bien aujourd'hui... Dieu soit loué 1 je l’entends... Enfin, c’est vous, notre docte ami; je désespérais de vous voir ce soir.