SCÈNE II
STELLI , BLANCHE , ALFIÊRI , caché.
stelli. O ui, Blanche, oui, je dois bénir madame la reine... oh! merci, merci mille fois à elle qui me donne espoir en l'avenir, à elle qui veut bien m’appeler à servir dans ses pages... oh ! cet honneur a dépassé toutes mes espérances.
blanche. Très-bien , monsieur. . . continuez... et c’est pour me tenir ce langage, c'est pour me faire prendre part à la joie que vous éprouvez de quitter ceux qui vous aiment , que vous me faites descendre au jardin avant le lever du soleil?... En vérité, je vous admire
stelli. Blanche , me condamnerez-vous sans m'entendre ? au nom du ciel, ma bonne petite sœur. . .
blanche. Oui... c’est ainsi que vous m'appeliez jadis... mais il y a longtemps que vous ne me donnez plus ce nom. ( Lui tendant la main.) Allons... parlez!
alfiêri. Faut-il vous répéter que j’avais espéré vous voir approuver cette absence. . . de laquelle dépend tout mon bonheur !
blanche. Votre bonheur ! mais le mien à moi, monsieur... n’est-ii pas de vous voir 1 chaque jour partager avec moi les soins que réclame ma méreî... n’est-il pas dans nos
jeux , dans nos lectures , dans nos promenades... Que voulez-vous que je devienne...
seule ici , sans vous ?
stei.li. Oit ! combien vous Otes bonne , et que vous me faites heureux !
blanche. Eh bien , alors prouvez-tuoi que vous nt'aintez en n'allant pas à Paris... Vous hésitez... oh ! je le vois, vous ne m'aimez plus.
stelli. Ne plus vous aimer ! (A pari.) Mon Dieu! comment lui dire?... (Haut.) Eh bien, si dans ce voyage j'avais mis mes plus chères espérances , si j'aimais... oui , si j'aimais une jeune fille , belle comme vous l’ÿtes , bonne comme vous Otes bonne , si je l'aimais, non de celte *3011110 qui jusqu’alors a rempli nos deux coeurs , mais d’un amour aident , passionné , de cet amour qui fait le bonheur ou le malheur de la vie , et que je vinsse vous dire: Blanche, je n’ai pas même un nom à offrir à celle que j’idolâtre, car je ne suis qu'un pauvre orphelin qui doit tout à votre mère.
BLANCHE. Quedites-vous?
stelli. Si j'osais vous tenir ce langage, oh! ditcs-le-moi , ne me donneriez-vous pas le conseil d'aller le conquérir ce nom que j'ambitionne, füt-ce même au prix de tout mon sang... Vous vous taisez?
blanche, confuse. C'est qu'en vérité... je ne sais...
stelli. Celle que j'aime, celle à qui j'ai fait vœu de consacrer ma vie entière approuvera ce projet , car il est mon seul espoir... ne penserez-vous pas comme elle? Oh! parlez , je vous en conjure.
blanche. Stelli t
STELLI. Dites , Blanche , faut-il donc vous la nommer?
blanche, rivement. Oh! taisez-vous, mon ami, que ce nom ne sorte pas de votre bouche... Oui, j’approuve votre noble dessein... j'étais un enfant , pardonnez-moi... partez, mon ami , allez à la cour de Catherine... en pensant à votre retour , j’aurai du courage pour supporter cette séparation.
stelli. Oh ! merci, et maintenant vienne l'heure du départ, car si je vous quitte, c'est pour aller vous mériter.
blanche. Eb bien, oui... à toi pour toujours... et puisse Dieu nous venir en aide... puissent aussi les brillantes jniesdu Louvre ne lias vous faire oublier la pauvre délaissée du château de Mézières. *
stelli. Oh ! plutôt mille fois mourir.
blanche. Allons... je l'ai promis... j’aurai du courage... mais il faut nous séparer, Stelli.
stelli. De grâce , encore un moment , ma Blanche chérie.
DE MEDIOIS. 3
blanche. Veux-tu donc me faire oublier ma mère?
stelli. Oh! oui... mais ne puis-je vous accompagner jusque vers elle?
nLANCHE, lui tendant la main. Non, monsieur, vous êtes page de la reine, et je ne suis plus votre sœur.
stelli. Au moins, ine'permetlrez-vous de vous revoir avant mou départ?
BLANCHE, avec embarras. Oui... mais en présence de notre bonne mère !
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