SCÈNE X
ALF'IÉIU , puis STELLI.
ai.fiL.ri. Enfin ma vengeance va s’accomplir... Je pourrai donc faire connaître ce que j'ai fait pour vous, monsieur le comte. ( l’en dant ce monologue , Slelli , pille et défait, t’est avancé près d' Alfieri guise retourne.) Stelli ! il était temps...
STELLI. Au château de Ab'zières , vous me dites un jour : Mous nous retrouverons au Louvre; là, en récompense du sertice que vous m'avez rendu , je vous ferai connaître le nom que vqus devez porter; j'ai fait ce que vous exigiez de moi , et me voici... car nous sommes au Louvre , messire.
ALFlÊRt. El vous venez réclamer l'exécution de cette promesse... Mais qu'avezvous?...
stelli. Réclamer cette promesse... non... je viens vous dire que vous m’avez trompé , je viens vous dire que vous avez encouragé un amour que vous saviez être un crime, je viens vous dire que votre conduite a été déloyale et fourbe.
ALElÊRl. Que dites-vous? (d part.) Il sait tout.
stelli. Ce secret dont vous me promettiez la révélation n'en est plus un pour moi. Oh ! que n’est-il en votre pouvoir de les révoquer ces terribles paroles qui viennent de frapper mon oreille... Oh! dites-moi que je suis un fou... un insensé... Mais dites-uioi aussi que je n'ai pas 4 rougir de celle que je dois nommer ma mère.
ALFIÊRI, à part. Que dit-il?
stelli. Mais vous ne pouvez me dire cela, car j'étais là, voyez-vous... oui, j’entrais dans ce salon précisément au moment où vous disiez à la reine : » Tout ne prouve-t-il pas que Stelli est le fils de la comtesse Hélène? » Ces paroles m’allèrent au cirur, froides comme la lame d’une épée, puis nies yeux s'obscurcirent, je ne vis, je n'entendis plus rien, je rnis que j'allais mourir...
ALEiËRl, à part. Je respire!
STELLI, arer ironie. Voilà donc ce que vous me promettiez. (.4 rec mépris.) Infamie!...
Mais écoutez-moi : si le sentiment de mon malheur, si le coup qui est venu me frapper m’a ôté, eu me privant en quelque sorte de mes sens, la faculté de bien comprendre ce
qui s'est dit ici, j’en sais assez pour être certain que vous tramez une horrible machination... que je saurai déjouer.
ALFIERI. Qu’osez-vous dire?
stelli. Oh! je me souviens de votre visite à Mézières, de la trahison qui la suivit; je me souviens aussi des paroles confuses qui frappèrent, il n’y a qu'un moment, mes oreilles. Sachez donc, messire, que partout où vous serez pour ralimmier et flétrir, je serai là, moi, pour veiller et punir.
ALFlfRt. Ah! ah! ah! des menaces... Allons, vous êtes fou, et si la reine...
STELI.l. La reine!... oh! oui, elle aussi était là... Eh! que m'importe la reine? je suis fils de huguenot; vous l'avez dit, servir Catherine plus longtemps serait une honte; arrière donc ces insignes qui me brûlent la poitrine. (Il arrache les armoiries brodées sur son pourpoint.) Arrière la livrée de l’esclave, et maintenant prenez garde à ce que vous ferez, messire, car, vous le voyez, je suis libre.
ALFIÊRI. Mais c'est de la folie.
STELU. Encore une fois, éloignez-vous; ne tentez pas Dieu, monseigneur, car si vous avez dit en France : Le ridicule tue, sachez qu’on tue plus promptement encore avec un poignard.
ALFlfcRl, en sortant. Enfin, le voilà tel que je le voulais.