‹ Catherine de Médicis expliquéeChapitre 11 sur 11 · HISTOIRE · texte numérisé non relu

HISTOIRE

due aux habitudes sédentaires du travailleur, et qui portait les traces du combat perpétuel de ce tempérament valétudinaire avec l'une des plus fortes volontés connues dans l'histoire de l'esprit humain.*

Calvin gros et gras ! la figure aussi large que longue ! ressemblant a Henri VIII ! le teint rouge et enflammé comme celui d'un buveur ! Calvin obèse .' ayant un nez carré, un gros col court, de larges épaules et une apparence fleurie ! En vérité, c'est prodigieux ! M. de Balzac n'a donc jamais vu le portrait du réformateur de Genève, dont le visage long, décharné, anguleux, pointu dans toutes ses parties saillantes, portant l'empreinte profonde de l'austérité de son caractère, est assez frappant pour qu'on ne l'oublie plus une fois qu'on l'a examiné avec quelque attention ?

Il n'était pourtant pas difficile de se le procurer. Le romancier a pu le voir à l'une des expositions de peinture de ces dernières années, soit dans un tableau d'Hornung, soit sur la médaille de Bovy ; bien mieux, il n'ignore sans doute pas qu'on en a fait tout récemment une statuette très-ressemblante.

Mais M. de Balzac n'a pas daigné se donner tant de peine pour un hérétique bon à brûler. Il s'est contenté des souvenirs confus de sa mémoire, et peu lui importe de mêler ensemble la figuçe de Luther avec celle de Calvin , pourvu qu'il invente un portrait original qui cadre avec son système, et peut-être aussi avec quelque théorie favorite sur l'alliance nécessaire, inévitable, du génie et de l'embonpoint. Puis, pour achever ce Calvin de fantaisie, il en fait le Robespierre de son époque, ne différant de ce'lui de la révolution que par une cruauté plus grande encore et plus raffinée.

Courage! M. de Balzac, ne vous arrêtez pas en si beau chemin. Quand on débute par de semblables découvertes, ce serait un véritable crime de ne pas faire l'histoire depuis la création du monde jusqu'à nos jours. A l'œuvre donc, ô vous le plus fécond de nos romanciers, qui serez bientôt le plus fertile de nos historiens.

Démolissez entièrement les siècles passés, ajoutez leurs débris à ceux que votre dissolvante aualyso a déjà faits de tout ce qui pouvait encore rester de bon, de beau, de vrai dans le nôtre. Ainsi vous grossirez sans cesse ce tas de fumier sur lequel s'épanouis-

sent avec tant de complaisance les fleurs de votre imagination. Ne vous lassez pas, ne vous rebutez point, afin que, selon l'heureuse expression de M. Sainte-Beuve, votre fumier monte, monte toujours !

LA FRANCE au temps des Croisades par M. le vicomte de Vaublanc; Paris, chezTechener, 1 2, place du Louvre, 2 vol. in-8°, fig., 1 6 fr.

Voici un ouvrage plein d'érudition, de recherches savantes, de détails archéologiques, et dans lequel cependant les lecteurs de tout genre trouveront du charme. C'est que l'époque à laquelle il se rattache offre par elle-même déjà l'intérêt le plus vif, et que l'auteur a su présenter les résultats de ses travaux sous une forme tout à fait attrayante. Il passe en revue les principales scènes de la vie du moyen âge, et n'omet aucun détail propre à faire bien connaître les mœurs du temps, les usages et les institutions. Dans ce but, son livre est divisé en quatre parties, dont il publie d'abord les deux premières, savoir: l'état politique et religieux, et l'état militaire et chevaleresque. La littérature et les arts, l'industrie et la vie privée termineront ce tableau de la France au temps des Croisades, c'est-à-dire depuis 1095, lorsque vers la fin du règne de Philippe Ier, la première croisade fut prêchée par Urbain 11, et commandée par Godefroy de Bouillon, jusqu'en, 1270, à la mort de saint Louis.

La royauté est le premier objet des recherches de M. de Vaublanc. Elle se présente d'abord à lui comme le pouvoir central et supérieur qui veillait a maintenir l'unité nationale et à réprimer les velléités anarchiques de la noblesse. Celte tâche, qu'elle remplit avec courage et persévérance, la relève bientôt de l'état d'abaissement, de nullité même dans lequel la féodalité l'avait jetée. Le roi tend à devenir le chef de l'état, de qui toute justice émane. La couronne n'avait guère été considérée jusque-là que comme un grand fief; mais le régime de l'hérédité dynastique s'y était établi, et, à partir de Louis VI, les royaux seigneurs de l'Ile de France commencèrent à jouer un rôle plus important, plus actif,

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