‹ Catherine de Médicis expliquéeChapitre 7 sur 11 · CHAPITRE CINQUIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIEME

lies Alchimistes.

Jacob frappa doux coups, et sur Un mot, il fit entrer les deux florentins.

Marie Touchet fut soudain saisie delà grandeur qui recommandait Laurent , austère vieillard dont la barbe d'argent était rehaussée par une pelisse en velours noir. Le front de

cet italien ressemblait à un dôme de marbre. Sa figure sévère, où deux yeux noirs jetaient une flamme aiguë , communiquait le frémissement d'un génie sorti de sa profonde solitude, et d'autant plus agissant que sa puissance ne s'émoussait pas au contact des hommes. Vous eussiez dit du fer de la lame qui n'a pas encore servi.

Quant à Cosme Ruggieri , il portait le costume des courtisans de l'époque.

Marie fit un signe au roi pour lui dire qu'il n'avait rien exagéré dans son récit , et le remercier de lui avoir montré cet homme extraordinaire.

— J'aurais voulu voir aussi les sorcières , dit-elle à l'oreille du roi.

Redevenu pensif, Charles IX ne répondit pas, il chassait soucieusemcnt quelques miettes de pain qui se trouvaient sur son pourpoint et sur ses chausses.

— Vos sciences ne peuvent entreprendre sur le ciel, ni contraindre le soleil à paraître, messieurs de Florence, dit le roi en montrant les rideaux que la grise atmosphère de Paris avait fait baisser. Le jour manque.

— Elles peuvent, sire, nous faire un ciel à notre fantaisie, dit Laurent Ruggieri. Le temps est toujours beau pour qui travaille en un laboratoire, au feu des fourneaux.

— Cela est vrai , dit le roi. — Eh ! bien , mon père, dit-il en employant une expression qui lui était familière avec les vieillards, expliquez-nous bien clairement, l'objet de vosétudes?

— Qui nous garantira l'impunité?

— La parole du roi , répondit Charles IX dont la curiosité fut vivement excitée par celte demande.

Laurent Ruggieri parut hésiter, et Charles IX s'écria : — Qui vous arrête ? nous sommes seuls.

— Le roi de France y est-il? demanda le grand vieillard.

Charles IX réfléchit pendant un instant, et répondit: — Non.

— Mais ne viendra-l-il point? dit encore Laurent.

— Non, répondit Charles IX en réprimant un mouvement de colère.

L'imposant vieillard prit une chaise et s'assit. Cosme étonné de cette hardiesse n'osa l'imiter.

Charles IX dit avec une profonde ironie: — Le roi n'y est pas, monsieur; mais vous êtes chez une dame de qui vous deviez attendre le congé.

— - Celui que vous voyez devant vous, madame, dit alors le grand vieillard, est autant au-dessus des rois que les rois sont au-dessus de leurs sujets, et vous me trouverez courtois, alors que vous connaîtrez ma puissance.

En entendant ces audacieuses paroles dites avec l'emphase italienne, Charles et Marie se regardèrent, et regardèrent Cosme, qui, les yeux attachés sur son frère, semblait se dire: — Comment va-t-il se tirer du mauvais pas où nous sommes?

En effet , une seule personne pouvait comprendre la grandeur et la finesse du début de Laurent Ruggieri, ce n'était ni le roi ni sa jeune maîtresse sur qui le vieillard jetait le charme de son audace , mais bien le rusé Cosme Ruggieri. Quoique supérieur aux plus habiles de la cour , et peut-être à Catherine de Médicis, sa protectrice, l'astrologue reconnaissait son frère Laurent pour son maître.

Ce vieux savant , enseveli dans la solitude, avait jugé les souverains, presque tous blasés par le perpétuel mouvement de la politique dont les crises étaient à cette époque si soudaines, si vives, si ardentes , si imprévues; il

connaissait leur ennui, leur lassitude des choses; il savait avec quelle chaleur ils poursuivaient l'étrange, le nouveau, le bizarre, et surtout combien ils aimaient à se trouver dans la région intellectuelle, pour éviter d'être toujours aux prises avec les hommes et les événemens. A ceux qui ont épuisé la politique, il ne reste plus que la pensée pure : Charles- Quint l'avait prouvé par son abdication. Charles IX , qui forgeait des sonnets et des épées pour se soustraire aux dévorantes affaires d'un siècle où le trône n'était pas moins mis en question que le roi, et qui , de la royauté n'avait que les soucis sans en avoir les plaisirs , devait être fortement réveillé par l'audacieuse négation de son pouvoir que venait de se permettre Laurent.

Les impiétés religieuses n'avaient rien de surprenant dans un temps où le catholicisme était si violemment examiné j mais le renver-

sèment de toute religion donné pour base aux folles tentatives d'un art mystérieux devait frapper fortement le roi , et le tirer de ses sombres préoccupations. Puis une conquête où il s'agissait de tout l'homme était une entreprise qui devait rendre tout autre intérêt petit aux yeux des Ruggieri. De cette idée à donner au Roi, dépendait un important acquittement que les deux frères ne pouvaient demander et qu'il fallait obtenir! L'essentiel était de faire oublier à Charles IX ses soupçons en le faisant courir sus à quelque idée. Les deux Italiens n'ignoraient pas que l'enjeu de cette singulière partie était leur propre vie. Aussi les regards à la fois humbles et fiers qu'ils échangeaient avec les regards perspicaces et soupçonneux de Marie et du roi, étaient-ils déjà toute une scène.

— Sire , dit Laurent Ruggieri , vous m'avez demandé la vérité ; mais pour vous la montrer

toute nue, je dois vous faire sonder le préiii. 13

tendu puits, l'abîme d'où elle va sortir. Que le gentilhomme, que le poète nous pardonne les paroles que le lils aîné de l'Église pourrait prendre pour des blasphèmes! Je ne crois pas que Dieu s'occupe des choses humaines...

Quoique bien résolu à garder une immobilité royale, Charles IX ne put réprimer un mouvement de surprise.

— Sans cette conviction , je n'aurais aucune foi dans l'œuvre miraculeuse à laquelle je me suis voué; mais, pour la poursuivre, il faut y croire; et si le doigt de Dieu mène toute chose , je suis un fou. Que le roi le sache donc ! il s'agit d'une victoire à remporter sur la marche actuelle de la nature humaine. Je suis alchimiste , sire. Mais ne pensez pas comme le vulgaire , que je cherche à faire de l'or ! La composition de l'or n'est pas le but, mais un accident de nos recherches ; autrement , notre tentative ne s'appellerait pas le grand oeuvra !

Le grand œuvre est quelque chose de plus hardi. Si donc j'admettais aujourd'hui la présence de Dieu dans la matière; à ma voix, la flamme des fourneaux allumés depuis des siècles s'éteindrait demain. Mais nier l'action directe de Dieu, n'est pas nier Dieu, ne vous y trompez pas. Nous plaçons l'auteur de toute chose encore plus haut que ne le rabaissent les religions. N'accusez pas d'athéisme ceux qui veulent l'immortalité. A l'exemple de Lucifer, nous jalousons Dieu ; et la jalousie atteste un violent amour ! Quoique cette doctrine soit la base de nos travaux , tous les adeptes

n'en sont pas imbus. Cosme, dit le vieillard en montrant son frère, Cosme est dévot; il paie des messes pour le repos de l'ame de notre père, et il va les entendre. L'astrologue de votre mère croit à la divinité du Christ, à l'immaculée conception, à la transsubstantiation; il croit aux indulgences du pape, à l'enfer; il

croit à une infinité de choses... Son heure n'est pas encore venue! car j'ai tiré son horoscope, il mourra presque centenaire : il doit vivre encore deux règnes , et voir deux rois de France assassinés...

— Qui seront? dit le roi.

— Le dernier des Valois et le premier des Bourbons , répondit Laurent. Mais Cosme partagera mes opinions. En effet, il est impossi- Lie d'être alchimiste et catholique, d'avoir foi au despotisme de l'homme sur la matière et à la souveraineté de l'esprit.

— Cosme mourra centenaire ? dit le roi qui se laissa aller à son terrible froncement de sourcils.

— Oui , sire , répondit avec autorité Laurent , il mourra paisiblement et dans son lit.

— Si vous avez la puissance de prévoir l'instant de voire mort, comment ignorez-vous le résultat qu'auront vos recherches? dit le roi.

< 497 — Charles IX se prit a sourire d'un air de triomphe, en regardant Marie Touchet. Les deux frères échangèrent un rapide coup d'œil de joie.

— Il s'intéresse à l'alchimie , pensèrent les deuxsavans, nous sommes sauvés!

— Nos pronostics s'appuient sur l'état actuel des rapports qui existent entre l'homme et la nature; mais il s'agit précisément de changer entièrement ces rapports, répondit Laurent.

Le roi resta pensif.

— Mais si vous êtes certains de mourir, vous êtes certainsde votre défaite, reprit Charles IX.

— Comme l'étaient nos prédécesseurs! répondit Laurent en levant la main etla laissant retomber par un geste emphatique et solennel qui fût à la hauteur de sa pensée. Mais votre esprit a bondi jusqu'au bout de la carrière, il faut revenir sur nos pas , sire ! Si vous ne connaissiez pas le terrain sur lequel est bâti notre

édifice, vous pourriez nous dire qu'il va crouler, et juger la science cultivée de siècle en siècle par les plus grands d'entre les hommes comme la juge le vulgaire.

Le roi fit un signe d'assentiment.

— Je pense donc que cette terre appartient à l'homme , qu'il en est le maître, et peuts'en approprier toutes les forces , toutes les substances. L'homme n'est pas une création immédiatement sortie des mains de Dieu , mais une conséquence du principe semé dans l'infini de l'éther où se produisent des milliers de créatures dont aucune ne se ressemble d'astre à astre, parce que les conditions de la vie y sont différentes. Oui, sire, le mouvement subtil que nous nommons la vie a sa source au-delà des mondes visibles ; les créations se le partagent au gré des milieux dans lesquels elles se trouvent, et les moindres êtres y participent en en prenant tant qu'ils en peuvent prendre,

à leurs risques et périls : à eux à se défendre contre la mort. L'alchimie est là tout entière. Si l'homme, l'animal le plus parfait de ce globe, portait en lui-môme une portion de Dieu , il ne périrait pas , et il périt. Pour sortir de cette difficulté, Socrate et son école ont inventé l'ame. Moi , le successeur de tant de grands rois inconnus qui ont gouverné cette science, je suis pour les anciennes théories contre les nouvelles; je suis pour les transformations de la matière que je vois, contre l'impossible éternité d'une amequeje ne vois pas. Je ne reconnais pas le monde de l'ame. Si ce monde existait, les substances dont la magnifique réunion produit votre corps et qui sont si éclatantes dans madame, ne se sublimiseraient pas après votre mort pour retourner separement chacune en sa case , l'eau à l'eau , le feu au feu, le métal au métal ; comme quand mon charbon est brûlé, ses élémens sont re-

venus à leurs primitives molécules. Si vous prétendez que quelque chose nous survit, ce n'est pas nous , car tout ce qui est le moi actuel périt ! Or, c'est le moi actuel que je veux continuer au-delà du terme assigné à sa vie ; c'est la transformation présente à laquelle je veux procurer une plus grande durée. Quoi ! les arbres vivent des siècles, et les hommes ne vivraient que des années , tandis que les uns sont passifs et que les autres sont actifs; quand les uns sont immobiles et sans paroles , et que les autres parlent et marchent! Nulle création ne doit être ici-bas supérieure à la nôtre ni en pouvoir ni en durée. Déjà nous avons étendu nos sens, nous voyons dans les astres! Nous devons pouvoir étendre notre vie ! Avant la puissance , je mets la vie. A quoi sert le pouvoir, si la vie nous échappe? Un homme raisonnable ne doit pas avoir d'autre occupation quecie chercher, non pas s'il est une autre vie,

mais le secret sur lequel repose sa forme actuelle pour la continuer à son gré ! Voilà le désir qui blanchit mes cheveux ; mais je marche intrépidement dans les ténèbres , en conduisant au combat les intelligences qui partagent ma foi. La vie sera quelque jour à nous!

— Mais comment ? s'écria le roi en se levant avec brusquerie.

— La première condition de notre foi étant de croire que le monde est à l'homme , il faut m'octroyerce point, dit Laurent.

— Hé bien soit! répondit l'impatient Charles de Valois déjà fasciné.

— Hé bien, sire, en ôtant Dieu de ce monde , que reste-t-il ? l'homme! Examinons alors notre domaine ? Le monde matériel est composé d'élémens, ces élémens ont eux-mêmes des principes. Ces principes se résolvent en un seul qui est doué de mouvement. Le nombre

trois est la formule de la création : la Matière, le Mouvement, le Produit!

— La preuve? Halte-là, s'écria le roi.

— N'en voyez-vous pas les effets? répondit Laurent. Nous avons soumis à nos creusets le gland d'où doit sortir un chêne , aussi bien que l'embryon d'où doit sortir un homme ; il est résulté de ce peu de substance un principe pur auquel devait se joindre une force, un mouvement quelconque. A défaut d'un créateur, ce principe ne doit-il pas s'imprimer à lui-même les formes superposées qui constituent noire monde , car partout ce phénomène est semblable à lui-même. Oui, pour les métaux comme pour les êtres , pour les plantes comme pour les hommes, la vie commence par un imperceptible embryon qui se développe lui-même. 11 existe un principe primitif ! Surprenons-le au point où il agit sur lui-même , où il est un , où il est principe avant d'être

créature, cause avant d'être effet, nous le verrons absolu, sans figure, susceptible de revêtir toutes les formes que nous lui voyons prendre. Quand nous serons face à face avec cette particule atomistique, et que nous en aurons saisi le mouvement à son point de départ, nous en connaîtrons la loi 5 dès lors, maîtres de lui imposer la forme qu'il nous plaira , parmi toutes celles que nous lui voyons , nous posséderons l'or pour avoir le monde, et nous nous ferons des siècles de vie pour en jouir. Voilà ce que mon peuple et moi nous cherchons. Toutes nos forces , toutes nos pensées sont employées à cette recherche, rien ne nous en distrait. Une heure dissipée à quelque autre passion serait un vol fait à notre grandeur! Si jamais vous n'avez surpris un de vos chiens oubliant la bête et la curée, je n'ai jamais trouvé l'un de mes patiens sujets diverti ni par une femme , ni par un intérêt cupide. Si l'adepte veut l'or

— 20-4 — et la puissance , cette faim procède de nos besoins: il saisit une fortune, comme le chien altéré lappe en courant un peu d'eau ; parce que ses fourneaux veulent un diamant à fondre ou des lingots à mettre en poudre. A chacun son travail ! Celui-ci cherche le secret de la nature végétale, il épie la lente vie des plantes, il note la parité du mouvement dans toutes les espèces et la parité de la nutrition; il trouve que partout il faut le soleil, l'air et l'eau pour féconder et pour nourrir. Celui-là scrute le sang des animaux. Un autre étudie les lois du mouvement général et ses liaisons avec les révolutions célestes. Presque tous s'acharnent à combattre la nature intraitable du métal , car si nous trouvons plusieurs principes en toutes choses, nous trouvons tous les métaux semblables à eux-mêmes dans leurs moindres parties. De là l'erreur commune sur nos travaux. Voyezvous tous cespatiens, ces infatigables athlètes,

toujours vaincus , et revenant toujours au combat! L'Humanité, sire, est derrière nous, comme le piqueur est derrière votre meute. Elle nous crie: Hâtez-vous! Ne négligez rien! Sacrifiez tout, même un homme, vous, qui vous sacrifiez vous-mêmes! Hâtez-vous!

Abattez la tête et le bras à la Mort, mon ennemie! Oui, sire! nous sommes animés d'un sentiment qui embrasse le bonheur des générations à venir. Nous avons enseveli un grand , nombre d'hommes, et quels hommes! morts à cette poursuite. En mettant le pied dans cette carrière, nous pouvons ne pas travailler pour nous-mêmes; nous pouvons périr sans avoir trouvé le secret ! et quelle mort est celle de celui qui ne croit pas à une autre vie ! Nous sommes de glorieux martyrs, nous avons l'égoïsme de toute la race en nos cœurs, nous vivons dans nos successeurs. Chemin faisant, nous découvrons des secrets dont nous dotons les arts

mécaniques et libéraux. De nos fourneaux s'échappent des lueurs qui arment les sociétés d'industries plus parfaites. La poudre est issue de nos alambics, nous conquerrons la foudre. Il y a des renversemens de politique dans nos veilles assidues.

— Serait-ce donc possible ? s'écria le roi , qui se dressa de nouveau dans sa chaire.

— Pourquoi non! dit le grand-maître des nouveaux templiers. Tradidit mundum disputationibus ! Dieu nous a livré le monde. Encore une fois, entendez-le: l'homme est le maître ici-bas , et la matière est à lui. Toutes les forces, tous les moyens sont à sa disposition. Qui nous a créés? un mouvement. Quelle puissance entretient la vie en nous? un mouvement. Ce mouvement, pourquoi la science ne le saisirait-elle pas? Rien ici-bas ne se perd, rien ne s'échappe de notre planète pour aller ailleurs j autrement, les astres tomberaient les

uns sur les autres ; aussi les eaux du déluge s'y trouvent-elles, dans leurs principes, sans qu'il s'en soit égaré une seule goutte. Autour de nous, au-dessous, au-dessus, se trouvent donc les élémens d'où sont sortis les innombrables millions d'hommes qui ont foulé la terre avant et après le déluge. De quoi s'agit-il? de surprendre la force qui désunit; par contre, nous surprendrons celle qui rassemble. Nous sommes le produit d'une industrie visible. Quand les eaux ont couvert notre globe, il en est sorti des hommes qui ont trouvé les élémens de leur vie dans l'enveloppe de la terre, dans l'air et dans leur nourriture. La terre et l'air possèdent donc le principe des transformations humaines, elles se font sous nos yeux, avec ce qui est sous nos yeux; nous pouvons donc surprendre ce secret, en ne bornant pas les efforts de cette recherche a un homme, mais en lui donnant pour durée l'humanité même.

Nous nous sommes donc pris corps à corps avec la matière à laquelle je crois et que moi , le Grand-Maître de l'Ordre, je veux pénétrer. Christophe Colomb a donné un monde au roi d'Espagne; moi, je cherche un peuple éternel pour le roi de France ! Placé en avant de la frontière la plus reculée qui nous sépare de la connaissance des choses , en patient observateur des atomes, je détruis les formes, je désunis les liens de toute combinaison, j'imite la mort pour pouvoir imiter la vie! Enfin, je frappe incessamment à la porte de la création , et je frapperai jusqu'à mon dernier jour. Quand je serai mort , mon marteau passera en d'autres mains également infatigables, de même que desgéans inconnus me le transmirent. De fabuleuses images incomprises, semblables à celles de Prométhée, d'Ixion, d'Adonis, de Pan, etc. , qui font partie des croyances religieuses en tout pays, en tout temps , nous an-

noncent que cet espoir naquit avec les races humaines. La Chaldée, l'Inde, la Perse, l'Egypte , la Grèce , les Maures se sont transmis le Magisme , la science la plus haute parmi les Sciences Occultes , et qui tient en dépôt le fruit des veilles de chaque génération. Là était le lien de la grande et majestueuse institution de l'ordre du Temple. En brûlant les Templiers, sire , un de vos prédécesseurs n'a brûlé que des hommes, les secrets nous sont restés. La reconstruction du Temple est le mot d'ordre d'une nation ignorée, races d'intrépides chercheurs, tous tournés vers l'Orient de la vie, tous frères , tous inséparables , unis par une idée, marqués au sceau du travail. Je suis souverain de ce peuple, le premier par élection et non par naissance. Je les dirige tous vers l'essence de la vie ! Grand-Maître , Rose- Croix, Compagnons, Adeptes, nous suivons

tous la molécule imperceptible qui fuit nos m. i4

fourneaux, qui échappe encore à nos yeux; mais nous nous ferons des yeux encore plus puissansque ceuxquenous a donnés la nature, nous atteindrons l'atome primitif, l'élément corpusculaire intrépidement cherché par tous les sages qui nous ont précédés dans cette chasse sublime. Sire , quand un homme est à cheval sur cet abîme , et qu'il commande à des plongeurs aussi hardis que le sont mes frères , les autres intérêts humainssont bien petitsjaussi ne sommes-nous pas dangereux. Les disputes religieuses et les débats politiques sont loin de nous, nous sommes bien au-delà. Quand on lutte avec la nature , on ne descend pas à colleter quelques hommes. D'ailleurs, tout résultat est appréciable dans notre science, nous pouvons mesurer tous ies effets , les prédire; tandis que tout est oscillatoire dans les combinaisons où entrent les hommes et leurs intérêts. Nous soumettrons le diamant à notre

creuset, nous ferons le diamant, nous ferons l'or! Nous ferons marcher , comme l'a fait l'un des nôtres à Barcelone, des vaisseaux avec un peu d'eau et de feu ÎNous nous passerons du vent, nous ferons le vent , nous ferons la lumière, nous renouvellerons la face des empires par de nouvelles industries! Mais nous ne nous abaisserons pas à monter sur un trône pour y être géhennes par des peuples!

Malgré son désir de ne pas se laisser surprendre parles ruses florentines, le roi, de même que sa naïve maîtresse, étaient déjà saisis , enveloppés dans les ambages et les replis de cette pompeuse loquacité de charlatan: leurs yeux attestaient l'éblouissement que leur causait la vue de ces richesses mystérieuses étalées ; ils apercevaient comme une enfilade de souterrains pleins de gnomes en travail. Les impatiences de la curiosité dissipaient les défiances du soupçon.

— Mais alors , s'écria le roi , vous êtes de grands politiques qui pouvez nous éclairer.

— Non , sire, dit naïvement Laurent.

— Pourquoi ? demanda le roi.

— Sire, il n'est donné à personne de prévoir ce qui arrivera d'un rassemblement de quelques milliers d'hommes : nous pouvons dire ce qu'un homme fera , combien de temps il vivra, s'il sera heureux ou malheureux; mais nous ne pouvons pas dire ce que plusieurs volontés réunies opéreront. Le calcul des mouvemens oscillatoires de leurs intérêts est plus difficile encore , car les intérêts sont les hommes plus les choses; seulement nous pouvons, dans la solitude , apercevoir le gros de l'avenir. Le protestantisme qui vous dévore sera dévoré à son tour par ses conséquences matérielles , qui deviendront théories à leur jour. L'Europe en est aujourd'hui à la Religion , demain elle attaquera la Royauté.

— Ainsi, la Sainl- Barthélemi était une grande conception ! . . .

— Oui, sire, car si le peuple triomphe, il fera sa Saint- Barthélemi! Quand la religion et la royauté seront abattues , le peuple en viendra aux grands, après les grands il s'en prendra aux riches. Enfin, quand l'Europe ne sera plus qu'un troupeau d'hommes sans consistance , parce qu'elle sera sans chefs, elle sera dévorée par de grossiers conquérans. Vingt fois déjà le monde a présenté ce spectacle, et l'Europe le recommence. Les idées dévorent les siècles comme les hommes sont dévorés par leurs passions. Quand l'homme sera guéri, l'humanité se guérira peut-être. La science est l'ame de l'humanité , nous en sommes les pontifes; et qui s'occupe de l'ame , s'inquiète peu du corps.

— Où en êtes-vous? demanda le roi.

— Nous marchons lentement, mais nous ne perdons aucune de nos conquêtes.

— Ainsi , vous êtes le roi des sorciers , dit le roi piqué d'être si peu de chose en présence de cet homme.

L'imposantgrand-raaître jeta sur Charles IX un regard qui le foudroya.

— Vous êtes le roi des hommes, et je suis le roi des idées , répondit le grand-maître. D'ailleurs, s'il y avait de véritables sorciers , vous ne les auriez pas bridés, répondit-il avec une teinte d'ironie. Nous avons nos martyrs aussi.

— Mais par quels moyens pouvez-vous, reprit le roi , dresser des thèmes de nativité? comment avez-vous su que l'homme venu près de votre croisée hier , était le roi de France ? Quel pouvoir a permis à l'un des vôtres de dire à ma mère le destin de ses trois fils? pouvez-vous, grand-maître de cet ordre qui

veut pétrir le monde, pouvez-vous me dire ce que pense en ce moment la reine ma mère?

— Oui, sire.

Cette réponse partit avant que Cosme n'eût tiré la pelisse de son frère pour lui imposer silence.

— Vous savez pourquoi revient mon frère le roi de Pologne?

— Oui , sire.

— Pourquoi? -

— Pour prendre votre place.

— Nos plus cruels ennemis sont nos proches , s'écria le roi qui se leva furieux et parcourut la salle à grands pas. Les rois n'ont ni frères , ni fils, ni mère. Coligny avait raison : mes bourreaux ne sont pas dans les prêches, ils sont au Louvre. Vous êtes des imposteurs ou des régicides ! Jacob, appelez Soîern.

— Sire, dit Marie Touchet , les Ruggieri ont votre parole de gentilhomme. Vous avez

voulu goûter à l'arbre de la science, ne vous plaignez pas de son amertume?

Le roi sourit en exprimant un amer dédain ; il trouvait sa royauté matérielle petite devant l'immense royauté intellectuelle du vieux Laurent Ruggieri. Charles IX pouvait à peine gouverner la France; le grand-maître des francs-maçons commandait à un monde intelligent et soumis.

— Soyez franc , je vous engage ma parole de gentilhomme que votre réponse, dans le cas où elle serait l'aveu d'effroyables crimes , sera comme si elle n'eût jamais été dite, reprit le roi. Vous occupez-vous des poisons?

— Pour connaître ce qui fait vivre , il faut bien savoir ce qui fait mourir.

— Vous possédez le secret de plusieurs poisons.

— Oui, sire: mais par la théorie et non par

Ja pratique, nous les connaissons sans en user.

— Ma mère en a-t-elle demandé ? dit le roi qui haletait.

— Sire, répondit Laurent, la reine Catherine est trop habile pour employer de semblables moyens. Elle sait que le souverain qui se sert de poison périt par Je poison, les Borgia, de même que Bianca , la grande -duchesse de Toscane, offrent un célèbre exemple des dangers que présentent ces misérables ressources. Tout se sait à la cour. Vous pouvez tuer un pauvre diable, et alors à quoi bon l'empoisonner? Mais s'attaquer aux gens en vue, y a-t-ii une seule chance de secret ? Qui tira sur Coligny , ce ne pouvait être que vous , ou la reine , ou les Guise. Personne ne s'y est trompé. Croyez-moi , l'on ne se sert pas deux fois impunément du poison en politique. Les princes ont toujours des successeurs. Quant aux petits , si, comme Luther , ils deviennent

des souverains par la puissance des idées , on ne tue pas leurs doctrines en se débarrassant d'eux. La reine est de Florence , elle sait que le poison ne peut être que l'arme des vengeances personnelles. Mon frère qui ne l'a pas quittée depuis sa venue en France , sait combien madame Diane lui a donné de chagrin; elle n'a jamais pensé à la faire empoisonner , elle le pouvait; qu'eût dit le roi votre père? Jamais femme n'a été plus dans son droit , ni plus sûre de l'impunité. Or, madame de Valentinois vit encore.

— Et les envoûtemens? reprit le roi.

— Sire , dit Cosme, ces choses sont si véritablement innocentes , que , pour satisfaire d'aveugles passions, nous nous y prêtons,

comme les médecins qui donnent des pilules de

mie de pain aux malades imaginaires. Une

femme au désespoir croit qu'en perçant le cœur

d'un portrait , elle amène le malheur sur la

tête de l'infidèle qu'il représente. C'est nos impôts !

— Le pape vend des indulgences , dit Laurent Ruggieri en souriant.

— Ma mère a-t-elle pratiqué des envoûtemens ?

— A quoi bon des moyens sans vertu à qui peut tout ?

— La reine Catherine pourrait-elle vous sauver en ce moment? dit le roi d'un air sombre.

— Mais nous ne sommes pas en danger, sire, répondit tranquillement Laurent Ruggieri. Je savais, avant d'entrer dans cette maison, que j'en sortirais sain et sauf, aussi bien que je sais les mauvaises dispositions dans lesquelles sera le roi envers mon frère, d'ici à peu de jours ; mais s'il court quelque péril, il en triomphera. Si le roi règne par l'Épée , il règne aussi par la Justice ! ajouta-t-il en

faisant allusion à la célèbre devise d'une médaille frappée pour Charles IX.

— Vous savez tout : je mourrai bientôt , voilà qui est bien , reprit le roi qui cachait sa colère sous une impatience fébrile; mais comment mourra mon frère qui , selon vous , doit être le roi Henri III ?

— De mort violente.

— Et monsieur d'Alençon !

— Il ne régnera pas.

— Henri de Bourbon régnera donc ?

— Oui , sire.

— Et comment mourra-t-il ?

— De mort violente.

— Et moi mort, que deviendra madame ?

demanda le roi en montrant Marie Touchet.

— Madame de Beîleville se mariera, sire.

— Vous êtes des imposteurs, renvoyez-les, sire! dit Marie Touchet.

' — Ma raie, les Ruggieri ont ma parole de

gentilhomme, reprit le roi en souriant. Aurat-elle des enfans ?

— Oui, sire , Madame vivra plus de quatrevingts ans.

— Faut-il les faire pendre ? dit le roi à sa maîtresse. Et mon fils le comte d'Auvergne? dit Charles IX en allant le chercher.

— Pourquoi lui avez-vousdit que je me marierais? dit Marie Touchet aux deux frères pendant le moment où ils furent seuls.

— Madame, répondit Laurent avec dignité, le roi nous a sommés de dire la vérité, nous la disons.

— Est-ce donc vrai? (it-elle.

— Aussi vrai qu'il est vrai que le gouverneur d'Orléans vous aime à en perdre la tête.

— Mais je ne l'aime point , s'écria-t-elle.

— Cela est vrai, Madame, dit Laurent; mais votre thème affirme que vous épouserez l'homme qui vous aime en ce moment.

—Ne pouviez-vous mentir un peu pour moi, dit-elle en souriant , car si le roi croyait à vos prédictions !

— N'est-il pas nécessaire aussi qu'il croie à notre innocence? dit Cosme en jetant à la favorite un regard plein de finesse. Les précautions prises envers nous par le roi nous ont donné lieu de penser, pendant le temps que nous avons passé dans votre jolie geôle, que les Sciences Occultes ont été calomniées auprès de lui.

— Soyez tranquilles , répondit Marie , je le connais , et ses défiances sont dissipées.

— Nous sommes innocens, reprit fièrement le grand vieillard.

— Tant mieux , dit Marie , car le roi fait visiter en ce moment votre laboratoire, vos fourneaux et vos fioles par des gens experts.

Les deux frères se regardèrent en souriant. Marie Touchet prit pour une raillerie de l'in-

nocence ce sourire qui signifiait : — Pauvres sots , croyez-vous que si nous savons fabriquer des poisons, nous ne savons pas où les cacher !

— Où sont les gens du roi? demanda Cosme.

— Chez René, répondit Marie.

Cosme et Laurent jetèrent un regard par lequel ils échangèrent une même pensée : — L'hôtel de Soissons est inviolable!

Le roi avait si bien oublié ses soupçons, que quand il alla prendre son fils , et que Jacob l'arrêta pour lui remettre un billet envoyé par Chapelain, il l'ouvrit avec la certitude d'y trouver ce que lui mandait son médecin touchant la visite de l'officine, où tout ce qu'on avait trouvé concernait uniquement l'alchimie.

— Vivra-t-il heureux , demanda le roi en présentant son fils aux deux alchimistes.

— Ceci regarde Cosme, fit Laurent en désignant son frère.

Cosme prit la petite main de l'enfant , et la regarda très-attentivement.

— Monsieur , dit Charles IX au vieillard , si vous avez besoin de nier l'esprit pour croire à la possibilité de votre entreprise, expliquezmoi comment vous pouvez douter de ce qui fait votre puissance. La pensée que vous voulez annuler est le flambeau qui éclaire vos recherches. Ah! ah ! n'est-ce pas se mouvoir et nier le mouvement? s'écria le roi qui, satisfait d'avoir trouvé cet argument, regarda triomphalement sa maîtresse.

— La pensée, répondit Laurent Ruggieri , est l'exercice d'un sens intérieur, comme la faculté de voir plusieurs objets et de percevoir leursdimensions et leur couleur est un effet de notre vue? ceci n'a rien à faire avec ce qu'on prétend d'une autre vie. La pensée est une faculté qui cesse même de notre vivant avec les forces qui la produisent.

— Vous êtes conséquents, dit le roi surpris. Mais l'alchimie est une science athée.

— Matérialiste, sire , ce qui est bien différent. Le matérialisme est la conséquence des doctrines indiennes, transmises parles mystères d'Isisà la Chaldée et à l'Egypte, et reportées en Grèce par Pythagore, l'un des demidieux de l'humanité : sa doctrine des transformations est la mathématique du matérialisme, la loi vivante de ses phases. A chacune de ses natures appartient le pouvoir de retarder ie mouvement qui l'entraîne dans une autre.

— L'alchimie est donc la science des sciences ! s'écria Charles IX enthousiasmé. Je veux vous voir à l'œuvre...

— Toutes les fois que vous le voudrez, sire; vous ne serez pas plus impatient que la reine votre mère...

— Ah! voilà donc pourquoi elle vous aime

tant, s'écria le roi.

— La maison de Médicis protège secrètement nos recherches depuis près d'un siècle.

—Sire, dit Cosme , cet enfant vivra près de cent ans; il aura des traverses, mais il sera heureux et honoré , comme ayant dans ses veines le sang des Valois...

— - J'irai vous voir, messieurs , dit le roi redevenu de bonne humeur. Vous pouvez sortir.

Les deux frères saluèrent Marie et Charles IX, et se retirèrent. Ils descendirent gravement les degrés , sans se regarder ni se parler , ils ne se retournèrent même pas vers les croisées quand ils furent dans la cour, certains que l'œil du roi les épiait : ils l'aperçurent en effet à la fenêtre quand ils se mirent de côté pour passer la porte de la rue. Lorsque l'alchimiste el l'astrologue furent dans la rue de l'Au- Iruche, ils jetèrent les yeux en avant et en ai-

rière d'eux, pour voir s'ils n'étaient pas suivis ou attendus; ils allèrent jusqu'aux fossés du Louvre sans se dire une parole ; mais là, se trouvant seuls , Laurent dit à Cosme , dans le florentin de ce temps : — Affè d'iddio! como le abbiamo infinocchiato ! ( Pardieu ! que nous l'avons joliment entortillé.)

— Gran mercè ! a lui sta dl spastojarsi ! (Grand bien lui fasse! c'est à lui de s'en dépecer) dit Cosme. Que la reine me rende la pâlie, nous venons de lui donner un bon coup

nain.

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..les aent

Quelques jours après cette scène, qui frappa Marie Touchet autant que le roi, pendant un de ces momens où l'esprit est en quelque sorte dégagé du corps par la plénitude du plaisir , Marie s'écria : — Charles , je m'explique bien Laurent Ruggieri ; mais Cosme n'a rien dit!

— C'est vrai , dit le roi surpris de cette lueur subite , il y avait autant de vrai que de

faux dans leurs discours. Ces Italiens sont déliés comme la soie qu'ils font.

Ce soupçon explique la haine que manifesta le roi contre Cosme, lors de la découverte de la conspiration de La Mole et Coconnas : en le trouvant un des artisans de cette entreprise, il crut avoir été joué par les deux italiens , car il lui fut prouvé que l'astrologue de sa mère ne s'occupait pas exclusivement des astres, de la poudre de projection et de l'atome pur. Laurent avait quitté le royaume.

Malgré l'incrédulité que beaucoup de gens ont en ces matières , les événemens qui suivirent cette scène confirmèrent les oracles portés à l'hôtel de Soissons. Le roi mourut trois mois après. Le comte de Gondi suivit Charles IX au tombeau , comme le lui avait dit son frère le maréchal de Retz, l'ami des Ruggieri, et qui croyait à leurs pronostics. Marie Touchet épousa Charles de Balzac, marquis d'En-

tragues, gouverneur d'Orléans, de qui elle eut deux filles. La plus célèbre de ces filles, sœur utérine du comte d'Auvergne , fut maîtresse d'Henri IV , et voulut, lors de la conspiration de Biron, mettre son frère sur le trône de France, en enchâssant la maison de Bourbon.

Le comte d'Auvergne , devenu duc d'Angoulême, vit le règne de Louis XIV : il battait monnaie dans ses terres, en altérant les titres ; mais Louis XIV le laissait faire , tant il avait de respect pour le sang des Valois. Cosme Ruggieri vécut jusque sous Louis XIII , il vit la chute de la maison de Médicis en France, et la chute desConcini. L'histoire a pris soin de constater qu'il mourut athée, c'est-à-dire matérialiste. La marquise d'Entragues dépassa l'âge de quatre-vingts ans.

Laurent et Cosme ont eu pour élève le fameux comte de Saint- Germain, qui fit tant de

bruit sous Louis XV. Ce célèbre alchimiste n'avait pas moins de cent trente ans, l'âge que certains biographes donnent à MarionDelorme. Le comte pouvait savoir par les Ruggieri les anecdotes sur la Saint-Barthélemi et sur le règne des Valois, dans lesquelles il se plaisait à jouer un rôle en les racontant à la première personne du verbe. Le comte de Saint-Germain est le dernier des alchimistes qui ont le mieux expliqué cette science ; mais il n'a rien écrit. La doctrine cabalistique exposée dans cette Étude procède de ce mystérieux personnage. N'est-il pas singulier que trois existences d'hommes , celle du vieillard de qui viennent ces renseignemens , celle du comte de Saint-Germain et celle de Cosme Ruggieri suffisent pour embrasser l'histoire européenne depuis François Ier jusqu'à Napoléon ? Il n'en faut que cinquante semblables pour remonter à la première période connue du monde.

— Que sont cinquante générations, pour étudier les mystères de la vie ? disait le comte de Saint-Germain.

Paris, novembre-décembre 1836.

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