LITTÉRATURE, HISTOIRE
CATHERINE DE MÉDICIS expliquée : LE MARTYR CALVINISTE ?
par M. de Balzac; Paris, 3 vol. in-8% 22 fr. 50 c.
M. de Balzac a quelque rapport avec le serpent. Comme lui, de temps en temps, il change de peau. Après avoir été d'abord écrivain très-obscur, courant après la renommée sous maints pseudo nymes divers, il est tout à coup devenu l'un des romanciers à la mode; puis, un beau matin, il s'est réveillé dramaturge, et maintenant le voici qui se fait historien. Des scènes de la vie parisienne, et de la vie de province , il passe aux scènes historiques , et de même qu'il prétendait naguère nous dévoiler les mystères les plus cachés du cœur, il veut expliquer aujourd'hui ceux de l'histoire. Et c'est par l'époque de la réforme qu'il débute , c'est Catherine de Médicis qu'il entreprend de nous faire connaître. Il paraît que jusqu'ici la mère de Charles LX avait été une femme tout à fait incomprise, et comme telle on doit avouer qu'elle appartenait de droit h M. de Balzac. Aussi s'en est-il emparé ainsi que d'une terre nouvelle qu'il aurait découverte, et sur laquelle il plante hardiment son drapeau de romancier. Bien d'autres, sans doute, l'avaient abordée avant lui, mais ils n'y avaient rien compris du tout, et il fallait le génie de M. de Balzac pour expliquer Catherine de Médicis. On lui objectera peut-être que quelques-uns,
M. CapeCgue entre autres , avaient entrepris déjà l'apologie de la politique impitoyable de cette femme; mais alors il pourra se consoler en disant comme les Anglais qu'il l'a rediscovered. D'ailleurs M. Capefigue ne va pas si franchement en besogne; il ne voit dans la Saint-Barthélémy qu'une réaction populaire et semble vouloir excuser Charles IX et sa mère, en les montrant obligés, en quelque sorte, de céder a l'entraînement général. M. de Balzac repousse de tels subterfuges ; il n'excuse pas, il approuve, il loue, il exalte ; la Saint-Barthélémy est à ses yeux une mesure trèshabile, très-efficace , très-salutaire , aussi bien que la révocation de l'édit de Nantes, inspirée a Louis XIY par la même politique pleine de sagesse qui voulait à tout prix étouffer cette abominable hérésie protestante de laquelle sont sorties les idées libérales, les institutions constitutionnelles, et toutes les révolutions passées ou présentes, sans compter celles que l'avenir nous réserve. La persécution a dévoré de nombreuses victimes, la potence et le bûcher ont été longtemps en permanence, les massacres ont fait couler des flots de sang. Mais M. de Balzac est au-dessus de la pitié. Du haut de sa grandeur philosophique, il laisse seulement tomber cette petite réflexion : e II y a malheureusement a toutes les époques des écrivains hypocrites prêts à pleurer deux cents coquins tués à propos.»
Et après cela, ne vous avisez plus de vous apitoyer sur le sort des malheureuses victimes, de maudire leurs bourreaux. M. de Balzac, qui n'est pas un de ces écrivains hypocrites, vous déclare que le gouvernement doit aussi se mettre au-dessus des notions de la morale privée. Pour lui, la probité serait une duperie, la justice une stupidité; sa morale c'est la force, son but c'est le succès, et tous les moyens sont bons, pourvu qu'ils réussissent. Si Louis XIV avait été secondé par les autres Etats de l'Europe, la révocation de l'Edit de Nantes aurait eu le meilleur résultat, car les réfugiés n'eussent trouvé d'asile nulle part: si plus tard la persécution ne s'était 'pas ralentie, la France ne serait pas aujourd'hui dévorée par le protestantisme. C'est incontestable, si tous les protestants avaient été brûlés ou pendus, il n'y en aurait plus un seul en Erance. M. de Balzac a des raisonnements qu'on peut bien trouver plus ou moins atroces, mais auxquels on ne saurait certes