ACTE I, SCENE X
» ai vue pleurer!... Si vou§ avez pitié de moi, » donnez au sergent, qui me la remettra', voire B croix d'or qui contient, dites-vous, des cheveux de » votre père... et sur laquelle vous avez juré... et » puis vous m'attendrez deux ans. .. et si je ne suis » pas tué, je vous la rapporterai moi-même !... »
ADSTERLITZ.
Au fait... s'il était tué... on ne pourrait exiger de lui...
MAURICE, continuant.
«Adieu, mamsellel... vous souviendrez- vous 9 que vous avez fait un serment sur cette croix?.. .» (A lui-même.) Et pas de nom!... pas de signature!...
LOUISE
Oh I c'est égal... quel brave homme 1
MACUiCE, au sergent.
Et VOUS ne çavez pas qui c'est?
AUSTEULITZ.
Du tout !...
MAURICE, à Catherine.
Et tu ne l'as pas entrevu I...
Pas le moins du monde.
MAURICE
C'est inconcevable !... uu inconnu qui abuse d'un mot jeté au hasard... et qui ose réclamer...
Eh bien ! je ne m'en dédis pas !... les honnêtes gens n'ont qu'une parole... n'est-ce pas, sergent î
AIR du vaudeville du Premier Prix.
J'n'ai pour tout bien dans ma personne. Qu'un bon cœur et quelques attraits; Pour te sauver, moi, je les donne!
Si j'avais plus... je l'offrirais !
AUSTERLITZ
Que voulez-vous que l'on réponde A ce que votre sœur dit là ?
La plus belle fille du monde, Ne peut donner que ce qu'elle al
C'est pas d" moi non plus c't' idée-là... c'est d'un ancien militaire.
MAURICE, avec fermeté.
Oui... mais moi... je ne dois pas accepter un pareil dévoiîment!... Au diable ce congé!. ..je pars avec vous, sergent.
Comment?...
LOUISE, effrayée.
Qu'est-ce qui lui prend à présent!...
MAURICE
J'y vois clair... et son trouble!. ..Pauvre sœur!... t'obliger à un pareil sacrifice... ne devoir ma liberté , mon bonheur, qu'à un marché qui ferait ma honte et ton désespoir!... Non... je pars... je ne veux plus d'un semblable remplaçant... CATHERINE, l'arrêtant et vivement»
Et si j'en veux, moi! s'il me plaît 1...
MAURICE
Sans le connaître !
C'est peut-être pour cela!... c'est si bizarre... si singulier!... mon Dieu... les femmes... il n'en faut pas davantage!... Kl puis, ce qu'il fait là .. c est bien... c'est d'un honnête homme... LOUISE, appuyant.
D'un très honnête honmiel
Et puis... il est seul au monde... il est malheureux... qui sait? j'ai peut-être envie de l'ainier.., je l'aime peut-être déjà...
MAUEICE.
Toi!...
Si tu dis un mot, je vais en être folle!... (Apiùs un silence et regardant le sergent de côté.) Seulement... je voudrais savoir... ce n'est pns que j'y tienne au moins ! ah! mon Dieu, c'est des bélijcs... il serait... laid, très !aid... pourvu que les qualités du cœur s'y trouvent! (\ part.) Quoique ça... ça serait désagréable!... ( S'approctiant du sergent et patelinait.) Dites donc, sergent. *
AUSTERLITZ
Hem!...
Vous l'avez vu?...
AUSTERLITZ
Hum!... c'est-à-dire...
CATHEIUNE.
Il est jeune?...
AUSTEItLîTZ.
Dame !... puisque c'est un conscrit...
CATHEUirVE.
C'est clair ! et les jeunes gens sont (oi.'joars... U est bien, n'est-ce pas?
'AUSTERLITZ
Pouth!...
Blond ou brun?...
AUSTERLITZ
Mais...
Ça m'est égal... Je n'ai pns de prcrôronee...
AusTEut.rrz.
La vérité est qu'il faisait nuit... et la ntiit tous les chats...
CATHERINE, vivement.
Enfin... il n'est ni bossu ni i;oilcux?
AUSTERLITZ
Boiteux!... c'Ie fatce!... est-re que l'nrmée française se recrute sur ce pieJ-Ià !... CATHEiilNE, déiacliant sa cro'x rt d'une vois très émue.
Eh bien!... porlez-lui ma croix avec ma promesse!... dites-lui que dès ce moment., .je lui nppartiens.... je suis sa femme... je ne f:er;ii jamais à un autre!... que je ne pa.^serai pas un jour sans prier Dieu de me le conserver!.,, et puis, ne le
* AusteriiU, Cutlierine, Maurice, Louiee.
quittez plus, sergent... tûhez de revenir avec lui! pour me dire : le voilà, c'est bien lui... il est digne de vous... 11 avait commencé en brave homme... il a continué en brave soldat !...
AUSTERLIXZ, émU.
Saperlotte!...
MAURICE
Je ne souffrirai pas...
CATUEKINE, avec flerlé.
Je suis fiancée aussi, moi !... et mon gage est tntre les mains d'un soldat de la garde!...
LOUISE et MAURICE.
CATHERINE, fondant en larmes et se jetant dans leurs bras.
Hîon bon frère!...
AUSTERLIXZ, s'cssuyant les yeux.
Mille tonnerres!... ça ne m'était pas arrivé... depuis les Pyramides , quand j'ai eu mon sabre d'honneur... Diable de petite femme!... on se ferait tuer pour elle... rien que pour l'épouser après !...
(On entend un roulement de tambour dans l'éloignement.) TOUS.
Qu'en tends-je!
AUSTERLITZ
Le signal du départ... Nous allons nous mettre en route...
0 ciel!... il va partir...
MAURICE, faisant un pas.
Lui!...
LOUISE, le retenant,
Maurice, restez là.
Et je ne l'aurai pas vu, je ne le connaîtrai pas... (Au sergent, à mi-voix et en souriant.) Je voudrais bien savoir, pourtant...
S'il est joli garçon?...
Non... mais cnHu... le v'Ià presque mon mari.
AUSTERLITZ
Au fait, il serait temps de vous ménager une entrevue, pour que, si vous vous rencontrez un jour par hasard, vous puissiez dire : « Tiens, c'est mon époux !...» (Baissant la voix.) Écoulez... on ne peut pas quitter les rangs... mais ils vont passer là-haut... (Il montre la montagne du fond.) Restezlà... ne bougez pas... et regardez bien; je vais m'arranger pour qu'il soit le quatrième.
Gomment!...
AUSTERLITZ
Chutt...
Ah!... je le verrai...
(Le tambour reprend cl accompagne !c finale suivant.)