MAURICE, CATHERINE, LOUISE
MAURICE, à lui-même.
Allons !... quand je me casserais la tête contre les murs!... (Il aperçoit Louise.) Tiens... Louise était ici!...
LOriSE.
Nous vous attendions, monsieur Maurice; estce que cela vous contrarie?
MAURICE, affectant de la gaîlé.
Au contraire, je suis enchanté...
Nous v'ià tout portés pour nous réjouir ensemble. Eh bien ! voyons , ta fameuse conscription... t'en v'ià quille?... as-tu mis la main dans le chapeau du sous-préfet?... est-ce fini ?...
MAURICE, avec un petit soupir.
Oui!...
LOUISE
Et vous avez amené un bon numéro?
Mais... le meilleur !
LOUISE, avec joie.
Ah!
CATHERINE, de même, à Louise.
Qu'est-ce que je te disais !...
MAURICE
Le numéro un !
Comment!
LOUISE
O ciel!...
Le numéro un !... tu as été le prendre !...
MAURICE
Il fallait bien que quelqu'un le prît!... il ne pouvait pas rester pour le compte du sous-préfet!...
Oui, mais toi, mon frère!...
LOUISE , pleurant.
Vous allez partir!... nous abandonner!..,
CATHERINE, de même.
Te faire tuer!...
MAURICE
Ah! un moment!... je ne suis pas encore mort !...
CATHERINE, Sanglotant.
Tu n'en vaux guère mieux, vaU..
MAURICE
Que dinbie! il n'y a pas des boulets de car.on pour tout le monde!...
CATHERINE, de même.
Ce n'est pas ça qui manque 1... (S'essujant les yeux.) :ilais tu n'iras pas!...
LOUISE
Oh! non.
MAC aie E= Chut !... voici quelqu'un!.. . essuyez vos yeux.
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SCÈiNE IV.
MAURICE, AUSTERLITZ, CATflïRlKE, LOUISE.
AUSTERLITZ
Salut! mesdemoiselles ou mesdames, souffrez que je m'incline! Le soldat doit se courber devant le sexe, comme disait un ancien militaire.
MAURICE
C'est le sergent Austerliz !...
CATHERINE, brusquement.
Eli bien ! que voulez-vous?... que venez-vo:i3 faire ici?...
Complimenter monsieur votre frère.
LOUISE, tri^-tement.
Il y a bien de quoi!...
AUSTERLITZ
Certainement, la grâce avec laquelle il a amené le numéro un m'a gagné le cœurl... Savcz-vous qu'il a eu la main heureuse!... Le numéro un!... il n'y en a pas deux comme ri dans le sac!... Dans les temps, j'ai eu le niiméro cinq , et je me ci oyais favorisé de la nature!...
MAURICE
Je ne me plains pas!...
CATHERINE, l'interrompant virement.
Oh! sans doute, ça lui est bien égal... Il no partira pas !...
AUSTERLITZ, retroussant sa mousiaclie et regardant
Maurice.
Hein ?
MAURICE, le poussant et lui montrant les femmes.
Motus devant ces femmes!...
AUSTERLITZ, comprenant.
C'est juste 1... la beauté est naturellement sensible.
D'abord, il n'a pas l'âge.
Oli! le sénalu- consul a donné des dispenses...
II est trop petit.
ACSTERIITZ.
AIïl : A soi:;a;:!c^ ans.
Il graii.iira lejnur de la baicilie, Je TOUS en donn' ma parole d'honneur.
D'un grenadier s'il lui manque la taille, Nous en ferons un gonlil voltigeur , Nous en ferons un charmant voltigeur ; Et, comm' disait un ancien militaire.
Toujours à l'aune on mesure les draps... Mais le courage ainsi ne s' mesur' pas. Et notr' Enip'rcur est bien la preuv', j'espère, Qu' dans les p'tii's boîi's on trouv' les bons soldats.
LoriSE, timidement.
Oui, mais monsjeur Maurice n'esl pas fort.
CATHEni>E.
Et il n'aime pas l'ctal militaire.
ACSTERLITZ.
Ah! dame! desgonts cl des couleurs on ne peut pas en disputer. Après ra, je vous dirai que l'Empereur a une faiblesse, c'est que ça lui est complt;tcment indiCfcrcnt qu'on aime on qu'on n'aime pas l'étal militaire. Il a dit à ça : le soldat est parfaitement libre de ses actions , pourvu qu'il réponde aux appels et qui fasse son temps. Mais vous concevez que s'il lui fallait consulter le goût de chacun, ça serait peu en harmonie avec sa gloire et la loi sur la conscription!...
C'.THERINE.
Oh! pardi, l'Empereur, parce qu'il est toujours prêt à se battre, il croit que tout le monde est comme lui, qu'on n'a que cela à faire!... C'est commode.
MAURICE
Catherine I
Mon frère n'a pas le temps , il vient de louer une ferme... il se marie... vlà sa future !... Mais, avance donc, Louise ! parle donc...
LOUISE , près de lui.
Oui, monsieur le sergent, c'est moi !,.. AUSTEULITZ, souriant.
C'est «n motif!... Mais, voyez-vous, mes petites colombe?, je vous parle en ami... Vous auriez tort de détourner monsieur Maurice d'essayer de la chose!... C'est une superbe carrière!... Voilà vingt-deux ans que je la parcours en long et en large, et je pe:ix dire que j'y ai eu de l'agrément!... Quinze ans soldat, cinq ans caporal, et depuis deux .-'.ns, .sergent!... Honoré de mes chefs, chéri de mes iiiréricurs, je puis le dire!... Vous voyez qir.nc: du courage et delà patience, les grades arrivent iniperceptibleincnl !... Il y en a <|ui vont un peu plus vite, témoin le grand A'opoléon; mais, généralejncnt parlant, voilà l'ordre et la marche. ,
MAURICE
Eh ! mon Dieu , je ferai mon chemin tout comme un autre...
CATHERINE, hjs.
ïaîs-toi donc!...
ACSTERLITZ.
Pour du chemin, jeune homme,., vous en ferez indubitablement!... Tel que vous me voyez... c'està Asterlissequejeme suis fait remarquer!... aussi, caporal d'emblée... sur le champ de bataille !... Tous mes camarades voulaient m'embrasser... mais comme nous étions vingt-trois mille hommes de ce coté-là... ça aurait pris trop de temps!