‹ Catholicisme et papauté [microform]Chapitre 29 sur 31 · Ibid. (p · texte numérisé non relu

Ibid. (p

l'empereur Justin qu'il entre dans ses vues et qu'il s'en remettra au jugement du nouvel évêque de Gonstantinople Épiphane : les évêques donc qu'Epiphane aura admis à sa communion, le pape les tiendra pour sortis du schisme, étant bien entendu qu'ils auront signé le formulaire, « libelli tamen qui a nobis interpositus est ténor e servato^ ».

On pourra conclure de là que Bishop Gore n'est pas autorisé à dire que nombre d'évêques orientaux furent admis à la communion de Rome sans signer rien d'autre qu'une confession de foi orthodoxe.

Le dernier argument de Bishop Gore est une vieille connaissance scolaire. Si, dit- il, l'infaillibilité de l'évêque de Rome en matière de foi avait été elle-même un article de foi en Orient, le pape Honorius n'aurait pas été condamné comme monothélite par le sixième et le septième concile œcuménique. On me permettra de m'en tenir au verdict de Dom Ghapman : « Aucun concile n'a par ses actes et ses paroles plus pleinement reconnu l'autorité et l'infaillibilité de Rome que le sixième concilequi a condamné — et condamné à bon droit — le pape Honorius ^ ».

1. ibid. 238 (p. 738). Lettre du 26 mars 521. L'Egypte seule se déroba à l'union. Quant à l'Illyricum oriental, il était plus romain que jamais : voyez ibid. 213-215 (p. 671-674).

2. Dom Ghapman, The first eight gênerai councils and papal infaU libility (1906), p. 67.

Serait-il possible de dégager de cet échange de vues quelques possibles points d'entente ?

1° Il ne peut être contesté que saint Pierre était le chef ou leader accepté des apôtres, et qu'il était accepté comme tel parce qu'il avait été traité comme tel par le Sauveur.

2" La papauté a pour anticipation ce leadership dé saint Pierre. La papauté historique est prophétisée par le Christ dans le Tu es Petrus, étant bien évident que les événements de l'histoire ont projeté sur ce texte des clartés qui en rendent plus manifeste la signification réelle. La papauté est un fait providentiel jusque là qu'elle a été, non pas permise, mais voulue de Dieu.

3" La papauté des premiers âges s'avère dans la sollicitude que l'Eglise de Rome a de toutes les Églises, dans l'autorité que lui donne le dépôt de la foi qu'elle conserve plus sûrement qu'aucune autre Église, dans le pouvoir jqu'ôn lui reconnaît de corriger à l'occasion les autres Églises : cette papauté-là est déjà en acte au temps de saint Irénée.

4° Cette papauté des premiers âges était bien plus grecque que latine, car Rome était alors bien plus grecque que latine.

5° A partir de Dioclétien, l'Orient s'établit à part de l'Occident, et le catholicisme occidental

126 ÇATHOWCISME ET PAPAIÎTÉ»

a tendance à se serrer plus étroitement autour de Rome, tandis que le catholicisme oriental s'assujettit plutôt à la cour impériale comme à son centre d'attraction, La papauté n'est pas pour autant abolie en Orient, alors même que l'Orient s'organise en patriarcats et entend être sut iuris : la papauté a son rôle à Éphèse, à Ghalcédoine, et il n'est pas de communion catholique sans elle. Gela l'Orient ne le conteste pas, à moins de se séparer de l'unité, comme a fait l'Egypte monophysite au scandale de tout l'Orient.

Voilà ce qu'un historien pourrait représenter à Bishop Gore, c'est à savoir ce que la papauté est dans l'histoire des cinq premiers siècles de l'Église. C'est une papauté qui ne se définit qu'avec le temps, comme aussi bien c'est avec le temps qu'elle s'organise juridiquement. Et assurément Ghalcédoine n'est pas plus le terme du développement du dogme de la papauté que le terme de l'évolution du Kirchenrecht^ mais à Ghalcédoine la papauté appartient ensemble à l'Orient et à l'Occident, et c'est la grande leçon de l'histoire de ces premiers siècles.

Page 1