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Je pense à ses Roman catholîc claiiiis, U» édit

CATHOLICISME BT PAPAUTÉ. 15

personne ne demande qu'à lui rester fidèle, même en discutant sa pensée, que l'on sait si élevée et si loyale.

Le mot catholicisme désigne la conception selou laquelle le christianisme n'est pas regardé simplement comme une doctrine de salut individuel, et assuré par l'œuvre intérieure de l'Esprit, mais comme une société visible et organisée.

Pour Bishop Gore, le peuple de Dieu est l'antécédent de l'Église : cette perspective est celle de la parabole des vignerons {Marc, xii, 1-12), où les « autres », à qui le propriétaire de la vigne donne sa vigne quand il la reprend aux mauvais vignerons, sont les apôtres, assure Bishop Gore K Plus sûrement, la grande déclaration faite par le Sauveur à Pierre [Mat. hyi^ 17-19), nous révèle que le Maître, « qui ailleurs témoigne du sens profond du besoin d'un solide fondement pour un édifice spirituel », est déterminé à « trouver ce fondement (pour son Église) dans des hommes, non dans des documents », et conduit à désigner Pierre comme « quelque chose sur quoi il peut bâtir ». Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, « c'est-à-dire mon

1. p. Lagrange, Évangile selon saint Marc (19H), p. 289 : « La vigne sera donnée à d'autres, dont on ne peut dire s'ils figurent les apôtres, comme nouveaux chefs d'Israël, destinés h juger les douze tribus, ou les Gentils ».

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Israël, l'Israël du Messie maintenant reconnu, et cet Israël sera, comme les prophètes l'ont toujours prédit, indestructible. Pierre sera un jour l'intendant de la divine demeure, le Sauveur le lui annonce dans les mêmes termes qu'Isaïe annonçant à Eliacim {Is. xxii, 22) qu'il mettra sur son épaule la clef de la maison de David *.

Je ne regrette qu'une chose dans cette genèse de l'Église visible, si bien décrite par Bishop Gore, c'est qu'il suppose les apôtres investis par le Sauveur des mêmes pouvoirs et de la même fonction que Pierre : or Eliacim est seul chef de la maison du roi Ezéchias, que je sache ^.

Ce trait mis à part, Bishop Gore a toute raison de dire que « quiconque étudie le Nouveau Testament avec des yeux frais ne pourra douter que, après la Pentecôte, il n'y a aucune distinction entre être membre du Christ et être membre de l'Eglise ». Ainsi, saint Paul ne donne nulle part à croire qu'il y a une foi qui justifie en dehors du baptême, et que le baptême n'est pas baptême dans le Christ en même temps que dans son corps,

1. II est très curieux de rapprocher cet exposé de G. Gore du mémoire de F. Kattenbuscli, Der Quellon der Kirchenidee publié dans le Festgabe {IQ21) que ses amis ont dédié à A. Harnackpour son 70° anniversaire. J'y reviendrai plus loin. Non seulement Kattenbusch défend l'authenticité de la déclaration, à rencontre de Harnack qui veut y voir Une interpolation romaine du début du n« siècle, mais encore Kattenbusch y découvre le dessein que le Christ manifeste d'assurer après sa mort qu'il sait prochaine la cohésion et la fidélité de ses apôtres sous le nom d'Église, d'Église bâtie sur Pierre (Op. cit. p. 166).

2. Sur la situation unique de Pierre entre les douze, voyez encore Kattenbusch, p. 167-168, note importante.

l'Église. Pas trace de discipleship sans me/wbership ; du momeat que l'on devient chrétien on est incorporé à une communauté, avec les obligations que pareille incorporation implique. Une nouvelle alliance s'inaugure, conclue, non point entre Dieu et des individus, mais entre Dieu et une Église visible i.

Voici un autre point de doctrine sur lequel nous sommes en plein accord avec Bishop Gore. Cette Église visible réalise son unité, primitivement, par sa foi, foi commune à tous ses membres, foi qui a pour source l'Ancien Testament expliqué par le Nouveau, et le Nouveau supposant une autorité préalable qui est « la tradition », c'est-à-dire l'enseignement des apôtres et le « dépôt » qu'ils transmettent. Cette Eglise réalise son unité, secondement, par des sacrements : le baptême (qui inclut la confirmation par l'imposition des mains), la communion au corps et au sang du Christ, la p^itence, c'est-à-dire une discipline d'autorité en vertu de laquelle les membres indignes sont rejetés de la communion et sont absous et récupérés quand ils ont satisfait. Les sacrements sont les symboles

1. Kattenbusch arrive à une conclusion analogue. L'Église, annoncée à Gésarée de Piiilippe, est inaugurée à la dernière cène : « La dernière cène, écrit-il, est l'acte dp fondation de l'Église » (p. 169). Et il dira en terminant : « L'Eglise réellement, dès le commencement, d'après le sens donné par Jésus à sa propre et plus profonde volonté, est à la îoîs \Si societas fidei et spirims sancti in. cordibus et aussi Une spécifique societas externarum reritm ac rituum . (p. 172). Que nous' voilà loin de l'Église sans corps!

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effieacea d'une gpâce iMéçieure et Individuelle, mais ils sont auasi des signes seciaux, et ils corroborent le caraetère de l'Église qui est d'être une. société visible. Troisièmement, l'Église est hiérarchique, hiérarchique dans la personne d^s apôtres, et da leurs aides, hiérarchique d&ïia la personne des successeurs qu© les apôtres S© dojsnent à différents degrés, avec rimpQsition des mains comme sacrement d'investiture. Être membre de l'Église,^ c*est partager s?i fQi, p.ejpséYérer dans sa soçieta» s<icramento;Fum> se soumettre à sa hiérarchie.

L'erreur du protestantisme d'autrefois est d'avoir voulu que rÉglise fût seulemeut une sQ/oieta sanctarum, société indépendante de tout établissement extérieur, saints dQut rien ne réyélerait ici baa la sainteté : cette conçeptiQft de rÉgUs.e n'est pas scripturaire, dit fortem.ent et justement Bishop Gore.

En étant d'accord avec Biahop Gope sur les considérations qui précèdent, signalons-Tlui nne lacune. L'Église qu'il décrit est l'Église locale : c'est l'Église d'Antioehe, c'est l'Église d'Épbèse, c'est l'Église de Gorinthe..., chacune d'elles réalisant pour ses membres l'unité de foi, la çommunio saci'ameiUorum, l'ordre hiérarchique. En fait, ces Églises locales ne laissaient pas d'être unies les unes aux autres : il y avait entre elles circulation de l'unité, unité qu'elles; étaient toutes eusemb.le, unité visible com,m.e

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elles, et qui canstitti«iit ce qu'elles nommeront précisément du nom de catholicisme. Le catholicisme des Églises de l'âge apostolique n'était pas dans leur charité réciproque seulemei^t, dans les devoirs qu'elles pratiquaient de l'hospitalité, de l'a^imône, ou même de la monition fraternelle ; il n'était pas seulement dans les nouvelles qu'elles se donnaient les unes aux autres et qui faisaient, par e3?emple» q^e la foi des chrétiens de Rome ét^it célèbre dans le monde entier {Rom. ï, 8) ; il y avait entre ces Églises du monde entier une communion, analogue à la communion qui unissait entre eux les membres de chacune d'elles, et le catholicisme, avant que le mot lui-même apparût (il est prononcé pour la première fois par saint Ignace d'Antioche), était la communion des Églises. Le symhole ne dit pas que nous croyons aux saintes Églises catholiques, mais à la. sainte Église catholique.

!^t de même que, en chaque ÉgUse, une autorité était eoRstit^aée, ainsi était-il logique et nécessaire qu'mie autorité se fit sentir qui veillât sur la çommuDiion des Églises, Là est, rintéret du « décret des apôtres » {Aet. xv, 22-29) adressé (< aux frères à Anti.Qche,. eii Syrie, en Giliçie »^ ou de «la solliciti^de de toutes les Églises » (H Cor, xi, 28) que porte Siâiut Paul au moiftSs dans les limites de son apostolat, premiers linéaments saisissables d'une organisation de l'unité catholique.

Fa.isQn^ ahstracti.on un. instant de ce que

Bishop Gore n'a pas considéré, ne retenons que ce qu'il considère, mais disons avec lui que, telle étant la perspective où se révèle à nous le christianisme de l'âge apostolique, la Réforme protestante, quand elle entreprit d'établir sur des bases nouvelles ce qu'elle imaginait être la pure Eglise, « fit violence aux principes fondamentaux du catholicisme tels qu'ils s'étaient affirmés depuis le commencement ». Que le protestantisme ait porté des fruits, que l'Esprit Saint ne lui ait pas refusé sa présence et son aide, Bishop Gore se sent pressé de le déclarer, et il nous demande au moins de ne pas méconnaître la validité du baptême des hérétiques, ce que nous serions mal venus à lui refuser. Dans sa générosité, Bishop Gore honore les fruits de l'Esprit même chez les Quakers [Society of Friends), qui ne connaissent pas le baptême. Mais il ne peut pas ne pas reprocher au protestantisme (continental) d'avoir déçu le monde : il a été, écrit-il, a profound disappointment, et, depuis qu'il a perdu la foi au Livre infaillible, il n'a plus été qu'instabilité, faiblesse, et continuelle désintégration. Bishop Gore n'oublie qu'une chose, qui est que le protestantisme évolué que nous avons sous nos yeux a parfaitement conscience de son évolutioù et n'a nulle envie de redevenir un catholicisme, pas même le catholicisme que lui proposerait Bishop Gore^.

1. Voyez cependant P. Charles, La robe sans couture, Un essai

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Car Bishop Gore propose aux protestants, comme le seul moyen valable de réintégrer l'unité primitive, de se rallier au scriptural catholicism de l'Eglise d'Angleterre, comine au seul qui « a maintenu les éléments essentiels du catholicisme, symbole, sacrements, succession apostolique ». Tel est le plaidoyer Bishop Gore pro domo'^.

Nous aurions mauvaise grâce à prendre acte des critiques que lui inspire sa propre Église, et nous n'avons pas envie de controverser avec lui sur les mérites qu'il relève en elle; nous constatons seulement que, de son propre aveu, il est autour de lui « des personnes sur qui l'ordre majestueux et l'unité de pratiques de l'Eglise romaine exercent une fascination presque irrésistible,, par contraste avec les désordres » de l'Église d'Angleterre. Et sans doute pour combattre cette fascination, Bishop Gore a consacré tout son second discours à dire ce qu'il reproche à l'Église romaine. C'est pour nous la partie capitale de son exposé.

de Luthéranisme catholique (1923), et l'étUde que j'en ai faite SOUS le titre de « La Haute Église allemande » dans la Revue des jeunes de septembre 1924.

1. Il l'a repris quelques mois plus tard dans son livre The Holy Spirit and the Church (1924). On pourra rapprocher la doctrine de Gore de celle de Bisliop A. Headlam, The Church ofEngland (1924), p. 154-190.

J'examinerai d'abord quelques considérations de Bishop Gore qui servent d'introduction à son second entretien. Écoutons^le.

Dans l'iiistoire de ce qu'est devenu le catho-» licisme primitif à travers les âges, le développement de l'Église romaine tient la plus large place, et la caractéristique de ce développement est l'impérialisme, que l'Église romaine doit à l'empire romain dont elle a pris la place.

Ce disant, Bishop Gore n'est pas le premier à vouloir faire du catholicisme romain la suite de l'Empire romain*, et assurément nous ne nierons pas que dans l'action séculaire de l'Église romaine il n'y ait eu, à l'état latent, quelque chose du génie de continuité et d'ordre de la vieille Rome, et dans la dévotion témoignée à l'Église romaine par les Églises du monde ancien ou barbare un sentiment qui s'adressait pour une part à la « Ville Éternelle », plus tard à la « Romanité ». Ce sont là des impondérables dont il faut tenir compte sans croire qu'ils suffisent à tout expliquer. Le catholicisme est devenu à la fin du IV" siècle la religion de l'Empire romain : il réalisait une unité qui était adéquate, si l'on veut, à l'Empire romain, mais dans un autre plan, et

1. Thème cher à A^ Harnack, par exemple, Essence du christianisme (1902), p. 265.

Bishôp Gore iiè voudrait pais dire que Vi^ée d'utiité dans l'Église est une idée énlpruntée au système politique de Rùme.

Géttè idée, lïiyslique et soôiale, est paî'tôut opérante dàiiB lès Églises, à Carthagê, à Alexandrie, à Aûtioche, jusqu'en Petue autour de l'éVêqué ou cittholicos de Gtésiphon.

Ge que vôtiis prenez pôuî* de rimpérialisme chez les papes, c'est lé sens, qti'ils ont de là cbmniunauté universelle qu'est la Gïiiholicd, là sollicitude de toutes les Églises, l^Lpot^istùsàbiil \\é se sentent ifevètus à leur égard. Ils croient âVôil" mission pour Cela, et c'est unique, mais ce n'feàt pas de l'impérialisme, e'eisl de l'&pdstôlât.

Je nie que les indices relevés par Bishop Gorè soient davantage dès indicés d'impérialisme ^

Ainsi, pour Bishop Gore, l'impérialisnie dé l'Église romaine est pour Une part révélé pài" Bonifâce VllI dans la bulle Unàrfi sânùtam, en 1302, où on lit (je me tienë à là traduction de Bishop Gore) : « Nous déclarons, àffirîiioiis, défi* nissôns et prononçons qu'il est absoltiineiit dé nécessité dé saltit pour toute créature humaine d'être soumise au pontife romain ». Acceptons Cette traduction.

Nous aurions souhaité voir Bishop Gof e rappeler queia soumission réclamée par Bonifaee Vlïî est ici en fonction de rindépendàncè et dé la suprématie de là puissance spifituéïlé sur là puissance temporelle, du saeerdoHum sur îè

regnum^ la. puissance spirituelle étant exercée parle pontife romain. Le principe de la suprématie du sacerdoce, abstraction faite des applications politiques que les papes et leurs canonistes du XI^ au xiv^ siècles voulaient en tirer, est un principe que le catholicisme romain a toujours défendu et défend encore : plût à Dieu qiie toutes les Églises l'eussent défendu aussi fermement et aussi persévéramment^ Mais ce principe n'est pas l'impérialisme.

L'impérialisme de l'Eglise romaine serait exprimé, d'autre part, dans le canon du concile du Vatican où il est déclaré que lés « définitions du pontife romain sont irréformables par elles-mêmes etfnon^en vertu du consentement|de l'Église ». Gela signifie, dit Bishop Gore, que « l'Église romaine est toute l'Église et l'infaillible Église », et, ajoute-t-il, sans contester la grandeur ou la gloire de l'Église romaine, « je veux montrer . simplement pourquoi nous repoussons sa prétention d'être toute l'Église catholique et par ellemême le siège de l'infaillibilité ». Et cela non plus n'est pas de l'impérialisme. Mais il faut insister.

1. Bishop Gore est de notre avis (p. 45), quand il déplore que l'Église d'Angleterre ait noyé son autorité spirituelle dans celle dé l'État, abandonné sa liberté d'action aux mains de l'État, et donné le spectacle d'une indiscipline qui la discrédite, maintenant que l'État est indifférent ou impartial en matière de religion. Cf. Har- «ACK, Essence du christianisme, p.261 : « (L'Église Romaine) a maintenu en Occident l'idée de l'indépendance de la religion et de l'Église contre les tendances dé l'État à dominer sur le terrain spirituel... C'est un motif de reconnaissance que nous avons à l'égard de l'Église Romaine ».

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Bishop Gore a certes bien raison de dire que l'Église romaine n'est pas toute l'Église catholique. Il est, en effet, de théologie élémentaire que, l'inerrance de l'Église étant posée en principe préalable, le sujet de cette infaillibilité n'est pas le pape seul, mais est constitué aussi bien, soit par les évêques dispersés à travers le monde, soit par les évêques réunis en concile œcuménique. Assurément, en réaction contre les erreurs du concile de Constance et du concile de Baie, en réaction contre les tendances de la déclaration du clergé français de 1682, les théologiens romains ont insisté presque unilatéralement sur l'infaillibilité du pape, et la constitution Pastor aeternus du concile du Vatican ne considère que le Pape et ne définit que ses pouvoirs ; à peine prend-elle soin de noter que la juridiction universelle qui appartient au Pape ne saurait nuire « au pouvoir ordinaire et immédiat de la juridiction épiscopale* ». Mais pour autant la doctrine n'est pas abolie qui reconnaît, soit aux évêques dispersés, soit aux conciles œcuméniques, leur infaillibilité. Par deux fois même, la constitution Pastor aeternus énonce que ses définitions sont promulguées par le pape

1. Sur la coordination des deux juridictions, voyez l'encyclique Satis cognitum (29 juin 1896) de Léon XHI, au paragraphe qui commence ainsi : « Neque vero pdtestati geminse eosdem subesse confusidnem habet administrationis... » Le pape se réfère à saint Thomas, in iv Sent. dist. XVII, a.' 4, ad q. 4,. ad 3. C'est là un point de doctrine qui appellerait des développements étendus.

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« sacro approbante coiicilio », et elle rappelle que les pontifes romains n'ont procédé à des définitions dans le passé qu'en concile œcuménique ou après avoir vérifié le sentiment de TÉglise disséminée dans le monde, « coiivocatis oecumenicis conciliis aut explorata Ecclesiae per orbem dispersae sententla^ ». Ignore-t-on le soin qu'a piis Benoît XV de soumettre le Gode de droit canonique à tous les évêques résidentiels et de solliciter leurs amendements, avant de le publier, et aussi bien le dessein du pape Pie XI de rouvrir le concile œcuménique suspendu du Vatican?

Ces observations sont préliminaires à la thèse propre de Bishop Gore, dont je vais examiner le premier argument.

Il consiste à dire que, « si nous lisons le Nouveau Testament comme un tout, nous voyons que

1. Cf. même encyclique, même paragraphe : « Romani autem pontifices, officii sui memores, maxime omnium consei'varî volunt quidquid est in Ecclesia divinitus constitutum : propterea quemadmodum potestatem suam ea qua par est cura vigilantiaque tuentur, ita dedere et dabunt operam ut sua episcopis auctoritas salva sit... » Rapproctier le paragraphe qui commence ainsi : « Si Pétri eiusque successorum plena et summa potestas est, eatamen esse ne putetur sola... Episcopi, quod succedunt apostolis, horum potestatem ordinariam Jiereditate capiunt, ita ut intimam Ecclesiae constitutionem ordo episcoporum necessario attingat. Quamquam vero neque plenam neque universalem ii, neque summam obtinent auctoritatem, non tamen vicarii romanorum pontiïicum putandi, quia potestatem gerunt sibi propriam, verissimeque populorum quos regunt antistites ordinarii dicuntur. »

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l'idée de quelque autorité officielle donnée à Pierre au-dessus de ce qui était donné à tous les apôtres, n'est supportée par rien ».

Bishop Gore se montre ici d'un radicalisme qui contraste avec son caractère et la modération ordinaire de sa pensée. Je comprendrais qu'il exploitât la difficulté particulière que nous avons à démontrer que la fonction exercée par Pierre dans le collège apostolique est une fonction qui pouvait et devait être héritée par l'évêque de Rome dans l'Eglise. Mais cette fonction même, entant qu'exercée par Pierre, es.t indéniable pour tout historien qui se défend contre les préventions protestantes. Je citerai à l'appui, simplement, ces lignes de M. Harnack: (c Les exégètes et les historiens protestants sont enclins à sous-estimer la place de Pierre parmi les apôtres et dans la communauté primitive. (En réalité), déjà du vivant de Jésus il est, à titre de porte-parole et de primus^klB. tête (des apôtres), et comme la perspective messianique n'admettrait pas de primus entre les douze, il faut que cette prééminence s'explique par les qualités personnelles de Pierre et le fait que Jésus les a reconnues ». Remarquons que c'est bien là le moins que l'on puisse dire, et je préférerais que M. Harnack nous parle d'une désignation formelle par Jésus, non d'une acceptation {Anerkennung)^ mais passons.

M. Harnack poursuit en disant que cette position de Pierre dût être sauvegardée et fortifiée par le

fait que Pierre fut le premier à qui se montra le Christ ressuscité. Sans doute, ensuite, la place occupée par Jacques menaça celle.de Pierre, mais « pour les chrétiens de la gentilité rien ne fut changé ». Dans « les cercles palestiniens d'où l'évangile de Mathieu est sorti, on racontait que Jésus avait déclaré formellement bâtir son Eglise sur Pierre; dans le cercle johannique, on racontait que le Christ ressuscité lui avait confié la conduite de son troupeau » ; et personne ne con-^ testait que « ceux qui propageaient ces récits pensassent à une réelle primauté de Pierre dans la charge des âmes ». M. Harnack ajoute que Pierre n'était plus vivant quand ces déclarations le concernant se répandirent (cette assertion du critique berlinois appellerait plus d'une réserve), il ajoute aussi, et ceci répond droit à Bishop Gore : « Si les épitres paulines et les autres sources ne connaissent rien de ce Seelsorgeprimat (primauté de charge d'âmes), elles n'en relèvent pas moins le prestige de Pierre et son action ^ » . Un des nôtres, le P. Prat, amis en lumière ce fait que « toutes les fondations de Paul relevaient directement de lui », et que « sur lui seul pesait vraiment la sollicitude de toutes les Eglises » (II Cor. xi, 28) par lui établies 2. Nia

1. A. Harnack, Entstehung undEntwickelung der Kirchenverfassimg (1910), p. 6. Dans le même sens, G. Weizsaeckeh, Bas apostoUsche Zeitalter (1900), pp. 465 et 467. Ed. Meyer, Ursprung und Anfaenge des Christentums, t. III (1923), p. 151 et 229.

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