‹ Catholicisme, protestantisme et infidélitéChapitre 10 sur 62 · III. EUCHARISTIE · texte numérisé non relu

III. EUCHARISTIE

Un chrétien, véritablement digne de ce nom, aime son Sauveur. Il voudrait, comme St. Augustin, avoir vécu du temps de Jésus- Christ, avoir eu le bonheur de le contempler, de l'accompagner, de vivre près de lui. Jésus- Christ lui-même dit : " Bienheureux les yeux qui ont vu, bienheureuses les oreilles qui ont entendu." Qui ne désirerait s'être trouvé au nombre des disciples qu'il s'était choisis, ou

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d'avoir, comme Marie, vécu pendant trente ans sons le môme toit que le Fils de Dieu fait homme. Quiconque aime Jésus comme son Rédempteur ne peut s'empêcher de souhaiter qu'il fut encore sur la terre. Plut a Dieu qu'il me fut permis, à l'exemple de Madeleine, de me prosterner à ses pieds sacrés, et après avoir obtenu l'assurance de mon pardon, de m'entretenir confidemment avec lui, comme nn enfant parle à son père, un homme racheté de la mort à son libérateur, un criminel à son juge, qui doit décider de sa liberté et de sa vie.

Toutes ces suppositions se réalisent dans l'Eglise Catholique. Elle vous enseigne que, sous les espèces sacramentelles, Jésus-Christ est présent avec le corps, le sang, la divinité qu'il possédait lorsqu'à sa naissance il fut placé dans la crèche, qu'il reposait sur le sein de sa mère, travaillait avec St. Joseph à Nazareth, instruisait le peuple, et faisait son entrée triomphante à Jérusalem ; qu'il est enfin le même Dieu-homme qui maintenant est assis au plus haut des cieux, à la droite de son Père, et reçoit l'adoration des anges et des saints, comme l'Agneau de Dieu. Dans toutes les églises catholiques de la terre où l'on conserve une hostie consacrée, Jésus-Christ est véritablement présent en personne. Quelle ineffable

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consolation pour un cœur qui aime Jésus et met son bonheur à le posséder ! Le dogme de la présence réelle transforme chaque église en un autre ciel.

Lorsque les Juifs, dans leur affliction, pleuraient à la vue du second Temple, le prophète Aggée les consolait en leur prédisant que la présence du Eédempteur en rendrait la gloire beaucoup plus grande que celle du temple de Salomon. Et cependant sa présence ne devait y être que passagère. Sa demeure permanente au milieu de nous communique à nos églises un degré dé majesté et de sainteté incomparablement plus grand, et fait que la plus pauvre chapelle parait à nos yeux aussi vénérable que le dôme élevé par le génie de Michel Ange. Que le Catholique s'agenouille sur un pavé de mosaïque, ou sur la terre nue, que lui importe ? Ses entretiens avec Jésus-Christ dans le Saint Sacrement lui fournissent une source inépuisable de consolation.

Dans le premier temple, il n'y avait rien de plus vénérable que lArche d'Alliance, et cependant le grand prêtre était le seul qui eut le droit d'entrer dans les Saint de Saints, et encore ne pouvait-il le faire qu'une fois par an. Notre Sauveur réside en personne dans nos églises. Tous nous sommes invités à nous ap-

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procher de Lui, et à goûter la douceur de sa conversation.

La nuée qui remplit le premier Temple, au jour de la dédicace, pénétra Salomon et tout le peuple de plus doux sentiments de confiance, de respect et de vénération. Le Catholique qui, dans l'ardeur de sa foi, vivifié par la charité, se prosterne devant les espèces Eucharistiques qui voilent son Sauveur, éprouve les mêmes sentiments envers Celui qui ne dédaigne pas d'habiter avec les enfants des hommes ; mais il les éprouve avec quelque chose de plus fortement senti et un mouvement plus pénétrant de crainte filiale, de confiance et d'amour.

Jésus-Christ dans le Saint Sacrement était figuré par la nuée placée entre le camp d'Israël et celui des Egyptiens, pour éclairer les Israélites pendant la nuit, et les diriger vers la terre promise. C'était avec raison que Moyse pouvait leur dire : " Il n'est point de nation, quelle que soit sa puissance, qui ait des dieux plus rapprochés d'elle que notre Dieu est rapproché de nous, pour écouter favorablement nos prières." Les Israélites ne possédaient que la figure, nous jouissons de la réalité, et pour nous seuls s'accomplit la promesse de notre Seigneur, " Yoici que je suis avec vous jusqu'à la consommation des siècles."

En soutenant que Jésus-Christ n'est plus sur la terre, le Protestantisme a fait évanouir cette consolation toute céleste. Ouvrez vos temples et montrez-nous oii est votre Sauveur. Il n'est plus chez vous. H vous a quittés sans retour, puisque vous ne reconnaisez point de sacerdoce, et que personne parmi vous n'a le pouvoir de consacrer. Bâtissez des Eglises aussi vastes que celle de St. Pierre, des tours aussi hautes que les tours de Fribourg, de Strasbourg, ou de Yienne, que seront-elles après tout ? des maisons vides, de vains simulacres de grandeur, des édifices frappés de froideur et de tristesse, et condamnés à la plus complète désolation. Celui qui fait la beauté, la vie, l'âme d'une église catholique, Jésus-Christ, n'est plus avec vous. A genoux, sur une simple planche, le chrétien fidèle est plus heureux d'adorer notre Seigneur où il est présent, que d'être assis mollement et avec tous les recherches du luxe, dans vos somptueuses maisons de prière.

Mais outre la Présence Réelle, la doctrine de la Transubstantiation renferme d'autres motifs de consolation également ineffables. Jésus- Christ, sous les espèces du pain et du vin, est aussi le sacrifice de la nouvelle loi et la nourriture des nos âmes.

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Un chrétien, qui a pour son Sauveur un véritable amour, se croirait souverainement heureux si, comme Marie, Mère de Dieu, et St. Jean l'Evangéliste, il avait eu l'indicible avantage de se tenir sur le calvaire au pied de la croix, ou, comme Marie Madeleine, d'embrasser en pleurant les pieds de Jésus, tandis qu'il donnait sa vie pour racheter les pécheurs. Le sacrifice de la croix est à l'évangile ce que le soleil est au monde, la source et le centre de notre religion. Les générations qui l'ont précédé l'attendaient comme le gage assuré de leur délivrance. C'est dans ce sacrifice (|ue l'église chrétienne a pris naissance ; c'est de ce sacrifice que jaillirent avec Teau et le sang toutes les grâces qui lui furent accordées ; il est le principe de notre foi, de notre espérance, c'est par lui qu'elles se conservent.

Est-il un voyageur chrétien, quelque faible d'ailleurs que pidsse être sa foi, qui, eu visitant Jérusalem et le Saint Sépulchre, et se tenant sur le lieu où fut plantée la croix, n'ait pas éprouvé un accroissement d'amour pour Jésus- Christ, et un soulagement à ses peines ? Un assez grand nombre parmi vous ont fait ce pieux voyage ; ils peuvent rendre témoignage que leurs impressions étaient telles que je le suppose, et plusieurs même n'ont pas hésité à

les faire connaître publiquement. " Jamais," a dit, il j a quelque temps, un voyageur Américain, "je n'avais plié le genou pour prier; jamais une larme de dévotion n'avait mouillé ma paupière ; mais lorsque je foulai la terre sanctifiée, où mon Sauveur, attaché a la croix, répandit son sang, mon émotion l'emporta— je tombai à genoux et je pleurai."

Les Catholiques n'ont nullement besoin d'entreprendre de longs voyages pour éprouver des consolations plus vives encore. Partout où. il y a un autel, où s'offre le sacrifice de la meese, là se trouve la croix, la montagne sur laquelle s'opère notre rédemption, l'oblation du Calvaire. Celui qui comprend la doctrine catholique concevra aisément qu'une âme fervente doit puiser dans l'assistance à la messe une source intarissable des plus douces consolations.

L'Eglise enseigne que la messe est le même sacrifice que celui du Calvaire. A la vérité, Jésus-Christ ne meurt plus, mais il continue d'oflFrir, d'une manière non sanglante, le même sacrifice de la croix, complément des sacrifices de l'ancienne loi. Ainsi fut accompli ce que le prophète Malachie avait annoncé : " Depuis le lever jusqu'au coucher du soleil, mon nom est grand parmi les nations, et dans tous

les lieux de la terre s'offre un sacrifice et une oblation pure à la gloire de mon nom."*

Le culte rendu a Dieu par les bienheureux dans le séjour de la gloire, les sentiments d'amour, d'adoration, de louange, d'actions de grâces produits par les séraphins et toute l'armée céleste depuis le commencement du monde, et perpétués même pendant l'éternité, ne sont rien si on les compare à cet auguste sacrifice dont la valeur est infinie, et aux sentiments d'adoration, d'actions de grâces, de satisfaction, de louange, d'intercession, d'amour que le Yerbe de Dieu fait homme présenlîfe à son Père céleste sur nos autels. A ce culte divin, le seul digne de la majesté du Très- Haut, s'unissent nos adorations et nos prières. Par leur union à celles de Jésus-Christ elles deviennent agréables à Dieu, qui les accepte.

Ainsi la plus pauvre Eglise Catholique se change en une autre Jérusalem céleste, oii l'Agneau paraît être mis à mort, comme il parut aux yeux de St. Jean. Les fidèles sur la terre réunissent leurs voix pour chanter le nouveau cantique du ciel : '* L'Agneau qui a été mis a mort est digne de recevoir puissance, divinité, sagesse, honneur, gloire, et bénédic-

* Malacii. i. 10, 11.

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tion. Parceque vous avez été mis à mort, et que vous nous avez rachetés pour Dieu, dang votre sang, de toute tribu, de toute langue, de tout peuple, et de toute nation."*

Ce sacrifice répand sur notre culte une lumière, une vie, une majesté, une solennité, à laquelle nulle autre religion ne peut prétendre Les Protestants eux-mêmes Pont senti, et ceux surtout qui ne sont pas étrangers à la signification de nos imposantes cérémonies, et qui comprennent avec quelle vérité chacune d'elles se rapporte à la grande victime offerte sur l'autel, n'ont pas fait difficulté d'en convenir.

Ce grand sacrifice d'adoration, de satisfaction, d'actions de grâces et d'impétration, Jésus- Christ l'offre pour le salut de tous les hommes, et pour chaque homme en particulier, absolument comme s'il était seul sur la terre. Aussi souvent qu'il assiste à la messe, un fervent Catholique puise de nouvelles grâces dans les plaies de son Sauveur, admirable accomplissement de cette prophétie : *' Yous puiserez avec joie des eaux pures, des fontaines du Sauveur."f

Le protestantisme ne peut consentir à vous laisser cette consolation. Il nie la perpétuité

* Apoc. V. 13, 9. f Isa. xii. 2.

du sacrifice de Jésus-Christ, renverse l'autel, dépouille le culte de sa majesté, et enlève à la prière publique le mérite infini que nous retirons de ce divin sacrifice. Au lieu d'autel il vous donne une simple chaire, le chant et la prédication remplacent l'oblation de l'auguste victime, et le ministère des hommes succède à la présence réelle. Il ne faut donc pas s'étonner que vos temples soient moins remplis, que nos églises, que jamais, hors les jours et les heures déterminées, ils ne soient visités sous l'influence d'un sentiment de dévotion, et que même pendant l'été, ils soient assez souvent fermés. Si l'on en excepte l'acte par lequel vous reconnaissez l'obligation où nous sommes de rendre à Dieu un culte j)ublic, il n'y a rien dans vos assemblées religieuses, qui ne puisse se faire tout aussi bien, et peut être mieux, dans vos maisons. Yous vous réunissez pour entendre un sermon, mais vous pourriez en lire un chez vous qui serait meilleur et plus édifiant que les discours déclamatoires et politiques auxquels vous êtes quelquefois forcés d'assister, qui ne contiennent aucune allusion à la religion, et qui finissent assez ordinairement par vous dégoûter, ou exciter en vous des mouvements de colère. Vous- priez et vous chantez en commun ; mais ne pouriiez-vous

pas dans vos familles prier peut-être avec moins de distractions, et chanter les louanges de Dieu avec un sentiment plus vif de dévo- «iion ? Yos temples ont perdu ce que nul acte de piété ne peut suppléer, ce qui constitue une église et la distingue d'un édifice ordinaire, l'autel et le sacrifice. •

Intimement liées à la présence réelle les fêtes religieuses que nous célébrons présentent au Catholique une autre source de consolation. Un chrétien fidèle voudrait avoir été présent aux grands événements accomplis pour notre salut. Dans l'Eglise Catholique ce désir est satisfait, autant du moins qu'il peut l'être. L'Eglise célèbre ces glorieux événements, comme s'ils se passaient sous nos yeux ; vous pouvez vous en convaincre en lisant les prières de l'ofîîce, et surtout celles de la messe, si bien appropriées à l'objet de chaque solennité. En ceci l'église se conforme à l'eeprit de Dieu pour qui tout est un présent perpétuel, sans hier et sans lendemain.

Pour nous l'année ecclésiastique est semblable à l'arbre du paradis terrestre ; il est constamment chargé des plus beaux fruits de chaque saison, et ne cesse de ranimer notre foi et la fraîcheur de notre vie spirituelle.

De toutes nos fêtes, si saintes et si belles,

qu'avez vous retenu ? — l'unique souvenir qu'elles existaient autrefois chez vos ancêtres catholiques. Yous célébrez la fête de Noël, et peut-être celle de Pâques, beaucoup plus dans vos maisons et à votre table que dans vos temples. Cette manière d'en faire la mémoire n'est point exclusivement particulière aux chrétiens. Il n'est pas rare de voir les Juifs préparer pour leurs enfants un arbre de I^oël. D'ailleurs, quelle froideur dans vos fêtes religieuses si on les compare à la sainte joie avec laquelle l'Eglise célèbre l'Avent, Noël, Pâques, la Pentecôte, la fête du Saint Sacrement, celle de Tous les Saints, la Commémoration des fidèles Trépassés, et les jours consacrés à notre Seigneur et à sa Bienheureuse Mère. Tous ces jours ne sont pour vous que comme d'autres destinés au travail. Tandis que les Catholiques se rappellent les miséricordes de Dieu à leur égard et les mystères de la vie de Jésus-Christ, vous travaillez péniblement pour amasser ce que vous ne pouvez retenir, et vous rejetez des consolations qui porteraient des fruits pour l'éternité.

Je viens maintenant au bonheur le plus grand que Jésus-Christ nous accorde dans le sacrement de l'Eucharistie. Un cœur pénétré d'un ardent amour pour ce divin Sauveur dé-

sire être étroitement uni à Lui, et mémo, comme St. Paul, il soupire après la dissolution de son corps pour être avec Jésus- Christ. Il est vrai que l'union dont parle le grand apôtre n'appartient qu'au ciel. Cependant il en est une sur la terre tellement intime que, sans une révélation spéciale, l'esprit humain n'aurait jamais été capable de la concevoir.

D'après l'enseignement constant de l'Eglise, Jésus-Christ par la communion habite en nous réellement et substantiellement, avec son corps et son âme, comme Dieu et comme homme. Aussi chacun peut dire avec l'apôtre : " Je vis; mais non ce n'est pas moi, c'est Jésus - Christ qui vit en moi," et ceci s'opère non seulement par la foi, mais par la présence réelle de ce Dieu Sauveur dans notre âme. Je ne m'arrête pas à faire remarquer toute la douceur et l'abondance des consolations que cette doctrine suppose.

L'Eglise enseigne que par la communion Jésus-Christ s'unit à nous d'une manière si étroite que le langage humain ne saurait l'expliquer parfaitement. Les Saints Pères comparent cette union à celle de la lumière avec l'air, ou de la chaleur avec la cire. Ils remarquent que la communion dépose en nous un germe d'immortalité, et que la gloire dont

nous serons revêtus dans la ciel sera de plus en plus éclatante à proportion que nous communierons plus souvent, et que nous le ferons avec des dispositions plus parfaites. Celui qui reçoit Jésus-Christ dignement peut dire avec l'Epouse des Cantiques : " Mon bien aimé est à moi, et je suis à Lui."

Cette pensée si consolante ne peut subsister avec le protestantisme. Tout ce qu'il vous laisse, c'est une ombre, un simulacre de communion. Yoici quelques uns des articles de la doctrine qu'il professe à ce sujet. Le mot communion ne signifie que le corps de Jésus- Christ ; nous ne le recevons que par la foi ; son corps n'est présent qu'au moment de la communion. Remarquez que les Protestants en formant cette opinion se mettent en contradiction avec eux-mêmes, car n'admettant point de sacerdoce, ils ne peuvent prétendre que leurs ministres aient le pouvoir de consacrer le corps et le sang de Jésus-Christ. Toutes les fois que vous participez à ce que vous appelez la Cène, vous recevez du pain et du vin, rien autre chose. Est-il donc étonnant que la communion vous offre si peu de consolation, et que le plus grand nombre parmi vous s'inquiète fort peu de la recevoir ? Yous ne gagnez rien en la faisant, vous ne perdez rien en vous en

abstenant. Ce que vous devriez déplorer comme le plus grand de vos malheurs, c'est que par votre séparation de l'Eglise Catholique, vous avez encouru la perte de la présence réelle et de la véritable communion, souverain bien de l'homme sur la terre. En voua dépouillant de ce qui fait le bonheur du Catholique, le protestantisme vous laisse sous ce rapport au niveau des infidèles et des Juifs. ''• Kous avons une victime dont ceux qui servent au tabernacle n'ont pas pouvoir de manger."

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