‹ Catholicisme, protestantisme et infidélitéChapitre 11 sur 62 · PÉNITENCE · texte numérisé non relu

PÉNITENCE

L'homme porte en lui-même la conviction de sa faiblesse. Chargé du poids de ses péchés, bourrelé par les remords de sa conscience, épouvanté à la vue des jugements de Dieu, un chrétien, tombé après le baptême dans l'état du péché mortel, se réjouirait certainement si Jésus-Christ lui avait procuré le moyen d'obtenir son pardon. Un homme cherche du soulagement à ses peines intérieures en les révélant à son ami : nn malade fait connaître à son médecin ses infirmités les plus sécrètes ; les hommes s'offrent mutuellement des excuses pour des torts réciproques ;

* Heb. xiii. 10.

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quelquefois les criminels tourmentés par leurs remords se livrent eux-mêmes aux mains de la justice, ou bien cherchent, après avoir été condamnés, à se décharger du poids qui les accable en faisant une confession publique. Ce qu'il y a de salutaire dans l'aveu des fautes fait à un ami capable de conseiller et d'instruire, n'a point échappé à Sénèque ni à d'autres philosophes payons, tant il est vrai que le principe delà confession a jeté des racines jusque dans le fond môme de notre nature. Effectivement il est impossible de rien imaginer qui soit plus en harmonie avec notre fragilité naturelle, et plus désirable pour un chrétien surtout, pourvu que la confession soit accompagnée de sécurités convenables. J'ai offensé mon Dieu. Quel bonheur pour moi si je pouvais rencontrer sur la terre un représentant de Jésus-Christ, un ami, un guide, le père, le médecin de mon âme, duquel il me fut possible d'obtenir un gage assuré de pardon, et qui d'ailleurs incapable, sous quelque prétexte que ce soit, de trahir ma confiance, m'aiderait par la sagesse de ses conseils à persévérer dans la pratique de la vertu.

Dans l'Eglise Catholique ce désir est pleinement satisfait. Tel que l'arc-en-ciel après le déluge, le sacrement de pénitence est un signe,

nn <2:ao^e certain de réconciliation entre Dieu et le pécheur pénitent.

Par le moyen du sacrement de pénitence, les péchés sont réellement pardonnes. La confession accompagnée d'un sentiment de contrition sincère et de ferme propos de changer de vie est la condition à laquelle le pardon s'attache. Le confesseur est le représentant de Jésus-Christ, l'ami, le guide, le père, le médecin de notre âme. Telle est la doctrine de l'Eglise fondée sur les paroles expresse de notre divin Sauveur : " Recevez le Saint Esprit. Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, et ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez."* Elles ne peuvent être ni plus claires ni plus décisives. *' S'il y a quelque chose de divin dans l'Eglise Catholique," dit Leibnitz, malgré la profession qu'il faisait du protestantisme, " c'est sans concontredit la confession ou le sacrement de pénitence."

Les Catholiques sont pleinement assurés que les péchés manifestés au tribunal de la pénitence ne seront jamais révélés. Les lèvres du Prêtre sont marquées d'un sceau, et ce sceau ne peut-être rompu. Dans quelque circon-

* Jean xx. 32, 23.

staiicc que soit placé le ministre de la réconciliation, il ne peut découvrir ce qu'il a entendu en confession. La confession faite, il ne lui est pas môme permis de parler au pénitent des péchés dont celui-ci s'est accusé, à moins qu'il n'en reçoive un autorisation expresse. Vous n'ignorez pas avec quelle fidélité est gardé le secret dont je parle: vos cours de justice vous en ont donné des preuves publiques et incontestables.

Un Protestant qui voyageait en Italie ne pouvait croire que les prêtres fussent capables de garder le secret de la confession. Etant à Rome, il voulut en obtenir une preuve sans réplique. Dans cette pensée il parvint à se procurer un certificat d'ordination qui avait appartenu à un prêtre, et après s'être revêtu de l'habit ecclésiastique, il entra dans une église et demanda: un confesseur. Il s'accuse d'avoir dit la messe sans être ordonné, et déclare qu'il est dans l'intention de la dire encore, parceque c'était la seule ressource qu'il eut pour vivre. On comprend sans peine que le confesseur lui refusa l'absolution. Le Protestant le suit à la sacristie et demande a dire la messe, ce que le prêtre lui accorda sur le champ, après avoir lu son certificat ; il prépara même le calice et les ornements nécessaires,

Frappé d'étonnement cet homme garda pendant quelques instants le silence, puis enfin s'écria : " Je vois maintenant clairement et sans ombre de doute que les prêtres gardent le secret qui leur est imposé. Je veux être Catholique." Il fut effectivement reçu dans le sein de l'Eglise, et ne tarda pas à ressentir la consolation que l'on goûte en faisant une véritable et bonne confession.

IJn sentiment si plein de douceur ne peut subsister avec le protestantisme. Il rejette la confession et prétend qu'il suffit de se confesser à Dieu. Mais où est-il écrit que cette espèce de confession est suffisante? Pourquoi Jésus- Christ a t-il dif: "Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, et ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez ?" " N'avait-il aucun objet en vue, lorsqu'il prononça ces paroles," demande St. Augustin ? " Faut-il croire qu'il donna les clefs du royaume des cieux à son Eglise, sans y attacher aucun pouvoir, et qu'il soit permis de dire : je ne me confesse qu'à Dieu ?" N'aurait-il pas été indigne de Jésus-Christ de souffler avec tant de solennité sur ses apôtres, et de leur donner le Saint Esprit avec le pouvoir de remettre ou de retenir les péchés, si après tout il ne se proposait pas de leur communiquer un

pareil pouvoir ? I^'aurait-il pas été également indigne de la souveraine Sagesse de laisser à leur discrétion de remettre ou de retenir les pécliéSj et de ne pas obliger en même temps les chrétiens à la confession, seul moyen de déterminer si les péchés doivent être remis eu retenus ? Daus cette supposition les paroles qu'il prononça n'auraient eu d'autre signification que celle-ci : Kecevez le Saint Espi'it, mais sans objet et sans but : recevez le pouvoir de pardonner les péchés ou de les retenir, mais sans aucun résultat, personne ne sera obligé de s'adresser à vous pour en obtenir le pardon, il suffira de se confesser à Dieu. Qui pourra jamais croire que là se borne tout ce qu'il accorde? Comment la confession jouirait-elle des avantages indiqués plus haut, si nous ne sommes pas obliges de manifester l'état de notre conscience à notre confesseur, comme à notre médecin, notre guide, notre ami, et notre père ?

Que l'on me permette "de rapporter un fait qui eut lieu, il y a quelques années, à Paris. Uhe dame protestante qui avait épousé un comte catholique remarquait en lui un état constant de paix et de calme auquel elle était parfaitement étrangère. Elle lui en demanda la cause et reçut cette réponse : " Je suis Ca-

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tliolique, et tout Catholique peut ouvrir son cœur au prêtre, qui est pour lui le représentant de Jésus-Christ. La confession est la cause de la paix que je goûte." Quelque temps après la comtesse dont l'esprit était plus troublé qu'a l'ordinaire, envoya chercher un prêtre et manifesta le désir de lui faire sa confession. Le prêtre ayant découvert qu'elle était Protestante lui représenta qu'il ne pouvait pas lui accorder sa demande, parcequ' étant Protestante elle était incapable de recevoir l'absolution. Elle se fit Catholique, et trouva, dans l'humble aveu de ses fjiutes, cette paix de la conscience qui l'avait frappée dans son mari, et dont elle ne pouvait se rendre compte.

Je suis prêtre et missionnaire depuis plusieurs années, et j'ai entendu un nombre presque infini de confessions. C'est surtout au tribunal de la pénitence que j'ai observé les signes les plus frappants de consolation. Souvent, au moment de recevoir l'absolution, le pénitent sentait si vivement le bonheur d'être réconcilié avec Dieu, ses soupirs et s'es larmes étaient tels que l'excès de sa joie semblait devoir lui briser le cœur. La pensée que vos préjugés seuls vous empêchent de faire un épreuve si consolante m'afilige profondément.

Un homme se présenta un jour à moi avec

tous les signes de l'emportement, et me demanda s'il était vrai que j'eusse excité sa fille à faire un confession générale. " Monsieur, les prêtres ne répondent pas à une semblable question. Tout ce que je pense, c'est que vous auriez grandement besoin d'en faise une." Cette réponse ne fit que redoubler sa colère. " De grâce, calmez-vous. Savez- vous en quoi consiste une confession générale ? En avez-vous jamais fait une ? — Non Monsieur. — Alors je vais vous le dire. Une confession générale est l'accusation de tous les péchés commis depuis votre enfance jusqu'au moment présent. Je n'ai point l'avantage de vous connaître, mais je présume que plusieurs choses doivent vous peser sur le cœur. Quel âge avez-vous ? — Quarante-huit ans. — Pourquoi ne profiteriezvous pas de l'occasion qui vous est offerte de vous décharger d'un fardeau que vous traînez avec vous depuis longtemps, et de l'ensevelir dans le sein de Dieu par une bonne confession ?" Cet homme resta quelques instants silencieux et pensif, et dit ensuite : Yous avez raison. Quand pourrai-je faire ma confession ? Je le fis entrer immédiatement dans l'église. Il retourna chez lui changé en un autre homme ; la reconnaissance et la joie étaient peintes sur tous les traits de sa figure.

Si les Méthodistes prétendent qu'un sentiment intérieur leur donne aussi l'assurance de leur pardon, ce n'est en eux qu'une illusion passagère. Le sentiment qu'ils éprouvent est purement personnel, et ne s'appuie sur aucun signe ou aucun sacrement institué par Jésus- Christ. Qu'ils parlent sincèrement et ils l'avoueront eux-mêmes : ils ne peuvent faire fond sur ce qu'ils ressentent intérieurement, puisque le remords revient invariablement avec plus d*e vivacité que jamais. En supposant même qu'ils puissent être certains, de la réalité de leur pardon, il leur est impossible d'admettre que leur âme soit réellement purifiée ; tout ce qu'ils pourraient croire, d'après leurs principes, c'est que leurs péchés sont couverts et qu'ils n'ont rien à craindre sous le rapport du châtiment. Or quelle consolation peut leur apporter une réconciliation qui n'est ni véritable ni entière ? Tant que le péché demeure, il est pour l'âme un fardeau qui l'écrase.

Indulgences. — Conformément à l'enseignement de l'Eglise nous croyons que souvent, quoique nous ayons obtenu le pardon de nos fautes et la rémission de la peine éternelle, il nous reste cependant à souffrir une peine

temporelle par voie de satisfaction. Cet obstacle opposé à la rechute est digne de la Sagesse de Dieu, et concilie les droits de sa justice avec ceux de sa miséricorde, l^athan après avoir dit à David : " Le Seigneur a transféré votre péché, vous ne mourrez pas," ajouta néanmoins : " Mais parce que vous avez été cause que les ennemis du Seigneur ont blasphémé son nom, soyez assuré que l'enfant qui vous est né mourra.''* Comme David nous devrions désirer d'ôtre délivrés de la peine temporelle, ou du moins y suppléer par le mérite de nos œuvres.

L'Eglise enseigne que cette peine temporelle peut être remplacée par des actes méritoires ou remise par les Indulgences. Tout Catholique sait que pour gagner une indulgence plénière, il faut avoir une vraie contrition de ses fautes, être résolu de changer de vie et ne conserver aucun attachement pour le péché. De là il résulte que les Indulgences deviennent un puissant moyen de sanctification.

Le protestantisme vous enlève tout à la fois cette consolation et le secours que vous y puiseriez pour la pratique de la vertu. Il re-

* 3 Rois xii. 13, 14.

jette les Indulgences, et refuse à l'Eglise le pouvoir de les accorder, comme si Jesus-Christ n'avait pas dit : " Tout ce que vous délierez sur la terre, sera délié dans le ciel ;" et comme si le pouvoir de pardonner les péchés : " Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez," n'impliquait pas le pouvoir moins relevé de remettre la peine temporelle qui leur est due.

Une chose vraiment déplorable, c'est la persévérance avec laquelle un grand nombre de ministres protestants s'appliquent, surtout sur ce sujet, à défigurer la doctrine catholique et à la rendre odieuse. Ils ne cessent de répéter que d'accorder des indulgences c'est ouvrir la porte au péché, et donner au pécheur toute facilité de se satisfaire, et cependant un enfant catholique pourrait leur apprendre que gagner une indulgence et pécher sont deux choses aussi incompatibles que la vérité et le mensonge, le ciel et l'enfer. Hors de l'état de grâce, il ii'j a point d'indulgence possible, et pour obtenir la rémission pleine et entière de la peine due à la justice divine, la condition la plus indispensable est une parfaite pureté de cœur ; telle est la doctrine de l'Eglise. Qu'un Protestant rejette les indulgences, nous le cone-evons lUcilement; il doit le faire pour ctre

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d'accord avec lui-même. N'admettant pas qu'une conversion réelle soit possible, il ne croit pas au purgatoire ; sa seule crainte est celle de l'enfer.

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