‹ Catholicisme, protestantisme et infidélitéChapitre 13 sur 62 · VI. ORDRE · texte numérisé non relu

VI. ORDRE

Un chrétien qui croit d'une foi vive a l'origine divine de l'Eglise, à la dignité de ses sanctuaires, à la sainteté de ses sacrements, à la divinité de son sacrifice, sent la convenance et même la nécessité de confier les choses saintes à des mains sanctifiées. Obéissant à l'instinct de la nature commune à tous les hommes, les anciens pajens avaient un sacerdoce pour leurs temples, et ce sacerdoce était séparé du reste du peuple. Dans la loi mosaïque dont les cérémonies et les sacrifices n'étaient que la figure de ce qui devait se réaliser un jour. Dieu, parmi les douze tribus en avait choisi une pour le service du temple, et dans cette tribu une famille qui spule avait le pouvoir d'oârir les sacrifices. Dans l'Eglise

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Catholique, la sainteté du ministère à remplir demande plus impérativement qu'une classe d'hommes soient consacrés pour servir à l'autel et administrer les sacrements. La haute responsahilité attachée aux fonctions du prêtre exige aussi qu'il reçoive des grâces spéciales pour s'acquitter de ses devoirs avec fidélité.

Jésus-Christ a-t-il pourvu à toutes ces exigences ? L'Eglise répond affirmativement. 11 l'a fait en instituant le sacrement de l'Ordre.

Les augustes et sublimes cérémonies d'une ordination catholique sont en parfaite harmonie avec les augustes et sublimes fonctions du prêtre. Je désirerais que tous vous puissiez contempler un spectacle si majestueux. Il laisserait dans votre esprit une si vive impression de grandeur et de sainteté que la suite des années ne serait pas capable de l'efîacer. Chaque prière, chaque cérémonie renferme une signification profonde. Tout y respire un majesté surhumaine, un parfum céleste ; tout y est embaumé de l'onction du Saint Esprit. Souvent le prêtre nouvellement ordonné s'aperçoit sensiblement de l'abondance de grâce qui pénètre tout son être, et lui fait comprendre qu'il est revêtu d'un nouveau pouvoir. Assuré de recevoir les grâces actuelles nécessaires pour persévérer dans sa

vocation, il sent comme Aaron, mais d'ime manière qu'il n'aurait pu soupçonner, qu'il a été choisi du milieu du peuple, qu'il est le représen1;p,nt de Jésus-Christ sur la terre, établi pour être médiateur entre Lui et les hommes ; il sent enfin qu'il est prêtre, et qu'en cette qualité il doit être le maître^ le pasteur, l'ami, et le père du peuple confié à ses soins.

C'est en conséquence de cette haute dignité que l'Eglise lui impose l'obligation de garder la continence. Cette obligation perfectionne en lui l'image de Jésus-Christ qui. comme le dit St. Paul dans son épître aux Hébreux,* est Grand Prêtre, selon l'ordre de Melchisedech, sans père, sans mère, sans généalogie. Délivré par ce genre de vie, et par ce genre de vie seul, de tous les soins domestiques qui s'opposent à une entière liberté d'action, le prêtre peut se faire tout à tous, devenir en Jésus- Christ le père de tous ceux qu'il dirige, et leur inspirer la plus parfaite confiance.

Cet avantage si précieux d'avoir des min- • istres consacrés et choisis uniquement pour les fonctions du saint ministère, s'évanouit devant le protestantisme ; il n'admet pas le sacrement de l'Ordre. Les ministres qu'il emploie ne

* Heb. V. 10 ; vii. 8.

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possèdent qu'un pouvoir tout humain, suite d'un ordination toute humaine. Leur mission, telle que celle des officiers civils, émane des hommes et non de Dieu. Un ministre protestant est tout simplement l'agent de sa congrégation. Elle lui accorde un salaire déterminé pour les services qu'il rend, et le renvoie quand elle veut. S'il renonce à l'exercice du ministère, que devient-il ? un homme comme un autre, un simple laïque. Comparée avec la haute position du prêtre catholique, sa situation présente je ne sais quoi de profane, de vulgaire, fort rapproché de la bassesse.

Les ministres protestants ne recevant point dans leur ordination un caractère essentiellement nouveau ; tout homme peut être admis à l'exercice du ministère. Il arrive souvent, surtout ici dans la secte relativement nombreuse des Méthodistes, que des marchands, des fermiers, des charpentiers, des forgerons, des artisans de toute espèce s'arrogent le pouvoir de prêcher les jours de Dimanche, et reprennent ensuite leurs travaux ordinaires pendant le reste de la semaine. Cette remarque s'applique non seulement aux plus petites villes de campagne, mais aux plus grandes villes de l'Union.

Faut-il s'étonner après cela que le protes-^

tantisme n'impose point à ses ministres un genre de vie plus relevé que celui des simples laïques? Or quelle est la conséquence de cet ordre de choses? Elle est visible. Charo^és de femmes et d'enfants, les ministres protestants deviennent un fardeau pour leur congrégation, et prennent plus de soin de leur famille, comme ils y sont effectivement obligés, que du troupeau qu'ils doivent conduire. J'ai lu dans un journal les plaintes d'un évêque Episcopalien ; il se voyait forcé, ou d'avoir recours au divorce, ou de renoncer à faire ses visites épiscopales, parce que la jalousie de sa femme ne lui permettait pas de s'absenter.

MAEIAGE.

Si le prêtre en sa qualité de père spirituel de ses ouailles a besoin de grâces particulières pour remplir ses devoirs et surmonter les difficultés qui s'y rencontrent, de même le père et la mère dans les familles ont besoin de grâces spéciales pour s'acquitter de leurs obligations et vaincre les obstacles qui s'attachent à leur position.

Le chrétien appelé à l'état du mariage sent la nécessité et le désir d'obtenir la grâce de ce sacrement, car de sa conduite dans cet état

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dépend H>n bonheur ou son malheur dans le temps et dans l'éternité.

L'Eg^'^'^e Catholique nous enseigne que poui satisfaii > à ce nouveau besoin, Jésus-Christ a élevé le Mariage à la dignité de sacrement et lui en a donné toute l'efficacité. Ce genre de vie qui, au premier coup d'œil, semble n'avoir rien que de profane, est sanctifié et spiritualisé ; la hauteur même où il est placé par la grâce est si grande, qu'il est le symbole de l'union de Jésus-Christ avec son Eglise.

Ainsi les fruits de la Rédemption, telle qu'elle est comprise par l'Eglise Catholique, s'appliquent à toutes les conditions de la vie, et les exaltent en les sanctifiant.

Un autre article de la doctrine catholique contribue fortement à rendre le mariage saint, et tend à inspirer au mari et à la femme un sentiment profond de respect mutuel, — je parle de l'indissolubilité du lien qui les unit l'un à l'autre. Leur union ne doit avoir d'autre terme que celui de leur vie, comme l'union de Jésus-Christ avec son Eglise n'a d'autres limites que celles de l'éternité. Par ce moyen la sainteté du sacrement se réfléchit abondamment sur toute la famille.

Le protestantisme en rejetant le sacrement de Mariage prive les chefs de famille et la

famille elle-même d'an privilège si consolant. Au point de vue où il se place, le contrat de mariage est simplement un acte civil, et le mariage môme, l'union d'un homme et d'une femme dans l'ordre purement naturel. Comme conséquence de son système, il permet le divorce et sanctionne une nouvelle alliance, tandis que la première subsiste, ou bien en d'autres mots, il ouvre la porte à une licence sans retenue et sans frein, et fournit à l'homme passionné le moyen de satisfaire ses caprices et de s'^fccorder tout ce que lui suggèrent l'impétuosité et le dérèglement de ses désirs. Dépouillé de la sainteté qui lui est si nécessaire, le mariao;e devient une source de scandale. On a vu des exemples de femmes qui, après avoir eu cinq ou six maris, résultat d'autant de divorces publics, étaient retournées par un nouveau divorce à celui qu'elles avaient épousé dans le principe. Une pareille inconstance dans le mariage ne lui donne-t-elle pas le caractère d'un rapprochement brutal plutôt que celui d'une union chrétienne ?

La vérité est que le protestantisme semble fort incliné à sanctionner la polygamie, comme le faisaient les Baptistes sous les yeux mêmes du premier réformateur. En cela il agit d'après l'exemple de Luther, Mélanchthon et Bucer,

qui permirent à Philippe, landgrave de Hesse, d'avoir deux femmes à la fois. La secte des Mormons est encore une de ces nobles plantes écloses dans la serre chaude du protestantisme.

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