BONNES ŒUVRES
Soutenu par la grâce des sacrements et par les grâces actuelles du Saint Esprit, le Catholique se croit assez fort pour vaincre toutes les tentations, surmonter tous les obstacles, s'avancer chaque jour dans la pratique de la vertu, devenir de plus en plus conforme à Jésus- Christ, et par l'accomplissement des bonnes œuvres augmenter à chaque instant ses mérites et la gloire qui lui est réservée dans le ciel. Ces pensées sont bien consolantes pour un homme qui aime Dieu et qui désire sa propre sanctification. " Je puis tout en Celui qui me fortifie."'^ Je puis tout si j'ai la volonté de suivre Jésus-Christ avec la ferveur des saints. Pourvu que je le veuille, les tribulations présentes, qui ne sont que légères et passagères, opéreront en moi un poids immense de gloire.
Le protestantisme détruit toutes ces espérances et ce puissant motif d'action, en en-
* Philipp. iv. 13.
seignant que les bonnes œuvres sont impossibles, môme avec le secours de la grâce, et que ce qui nous parait bon est en réalité péché devant Dieu.
Un grand nombre d'hommes parmi vous qui ne connaissent point les doctrines enseignées dès l'origine du protestantisme, et qui ne sont protestants que de nom, peuvent être disposés à m'accuser de calomnie. Quelques passages extraits des ouvrages des premiers réformateurs me justifieront, et prouveront ce que j'avance. Luther dit : " Toute bonne œuvre, quoique faite aussi parfaitement que possible, est cependant un péché véniel.''* " Oui, en vérité, toute action faite par un homme juste est condamnable, et implique un péché mortel."f Mélanchthon est aussi explicite. " Toutes vos actions," dit-il, " tous vos efforts ne sont que péché."J " Manger, boire, travailler, enseigner, tout est péché. "§ Calvin adopte la même doctrine : " Jamais une personne pieuse n'a fait une bonne action qui ne soit condamnable aux jeux de Dieu."*
* Assert, omn. Art. opp., tom. ii., p. 325.
f Cp. Antilatom, (Confut, Luther. Rat. latom.) fol. 406,
X Melanclitli. Loc. Theol. p. 108. § Ibid. p. 93.
Il Calv, Instit. 1. ii. c. viii. § 59 ; 1. iii. c. iv, § 28, and
c. xiv. § 11.
Comment avec de tels principes, est-il possible de travailler à sa sanctification, et d'avoir aucun zèle pour la pratique de la vertu ? La certitude d'offenser Dieu, même par nos meilleures actions, doit nécessairement détruire en nous tout désir du bien, et en arracher les racines de notre cœur. Prendre une pareille doctrine pour la règle de notre conduite, c'est bannir de la terre toute espèce de vertu, c'est attrister, abattre, et dégrader à ses propres yeux tout homme sincère qui croît en Dieu et n'a d'autre objet en vue que de lui plaire.
Si vous demandez aux premiers réformateurs : comment un homme peut-il espérer d'opérer le salut de son âme, s'il ne peut rien faire pour l'assurer ? Vous lui promettez qu'il sera sauvé, vous lui commandez d'en avoir Tespérance; mais cette espérance sur quel fondement reste-t-elle ? Ils vous répondront, ainsi que les Protestants de nos jours qui sont conséquents avec eux-mêmes : comme l'homme est profondément mauvais, il ne peut se sauver que par la foi. S'il possède la foi, le péché ne peut lui être nuisible, il n'a nul besoin do bonnes œuvres. Mais je m'aperçois que considérant cette assertion comme une horrible calomnie, vous me demandez où. et quand ils ont émis une si abominable doctrine.
CARAC'filRE DU PROTESTANTISME. 89
Ouvrez les ouvrages de Luther, par exemple, celui qui est intitulé " De Captivitate Babylonica^'^ et vous trouverez quelle y est enseignée et inculquée.* Dans une lettre adressée à Mélanclithon il parle de la sorte : " Péchez autant que vous le pourrez, mais en même temps croyez d'autant plus fermement. Tant que nous vivrons nous serons obligés de pécher. Il suffit de croire en Jésus-Christ, l'Agneau de Dieu, qui ôte les péchés du monde. Le péché ne nous séparera pas de Lui, lors même que mille fois par jour nous nous rendrions coupables de meurtre et d'adultère."f
Quelques partisans de Luther s'avancèrent même jusqu'à affirmer que les bonnes œuvi'es étaient dangereuses et mettaient obstacle à notre salut, parce qu'elles affablissaient la confiance de la foi, notre unique ressource. Nicolas Amsdorf, ancien ami de Luther, donnait en 1559 cette opinion comme étant la pure doctrine Luthérienne.:}: Les Calvinistes de notre temps partagent ce sentiment. Un ministre Calviniste avec lequel j'ai eu dernière-
* De Captiv. Babyl. 1. ii., p. 26.
f Epist. D. Mart. Luth, a Joan. Aurifabro collectae, tom. I. Jena, 1556.
tCfr. Calv. Instit. 1. iii. c. 12. 86. Item Lutlier. De Capt. Babyl. 1. ii., p. 281, et (Edit. Leips.) 1. xiv., p. 128!
ment l'occasion d'aller à St. Louis ne craignait pas de le soutenir. J'ose espérer que les Américains ne considèrent pas la religion sous cet exécrable point de vue. Cependant il est toujours vrai que les premiers réformateurs ont inculqué les principes que je viens d'exposer comme la pure doctrine de Jésus-Christ. Avec de pareils guides, il faut en convenir, le protestantisme ne peut qu'exciter de graves soupçons, pour ne rien dire de i)lns.
ETAT DE L'HOMME APEES LA MOET.