‹ Catholicisme, protestantisme et infidélitéChapitre 16 sur 62 · COMMUNION DES SAINTS · texte numérisé non relu

COMMUNION DES SAINTS

En notre qualité de chrétiens nous croyons que tous ceux qui, au moment de leur mort ne sont coupables d'aucun péché, entrent au ciel. Naturellement nous devons désirer de rester en communion avec eux, s'il est possible, de leur exposer nos besoins et nos peines, et de recevoir d'eux des secours efficaces, de la même manière que nous communiquons avec nos amis, quoique séparés de nous, par un échange mutuel d'affection et de services.

L'Eglise Catholique affirme qu'il y a une communion entre les saints et nous, qu'ils connaissent nos besoins, qu'ils sympathisent avec nos joies et nos afflictions, et qu'il prient pour nous parcequ'ils nous aiment. lia ont abordé

au port, et dans leur charité ils offrent une main secourable à ceux qui voguent encore sur la mer orageuse du monde. A la vérité Dieu pourrait être l'unique terme de nos prières ; mais dans son infinie miséricorde il a intimement uni tous ses enfants, soit du temps, soit de l'éternité, par les liens d'un amour mutuel, agissant et plein d'efficacité. Tel est l'ordre de sa divine providence. De même que nous prions pour les âmes du purgatoire, de même les saints prient pour nous dans le ciel, et leurs prières, ainsi que les nôtres, obtiennent leur effet. Cette admirable communion nous rappelle leurs vertus et nous excite à faire tout ce qui dépend de nous pour entrer un jour en partage de leur gloire en imitant leurs exemples.

De cette ineffable communauté de biens qui ressère les nœuds d'un saint amour, résulte pour nous la consolation la plus douce. Tous doivent le reconnaître. Partout où la foi existe, on cbercbe à se consoler mutuellement par le moyen de la prière. J^ous demandons les prières les uns des autres, et nous nous sentons encouragés en pensant que ceux qui nous aiment prient pour nous, et que nous prions avec eux. Parents et enfants éprouvent une sentiment de joie intérieure lorsqu'ils savent

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que les uns prient pour les autres, et se témoignent ainsi réciproquement leur affection. Souvent un Catholique, auquel le prêtre promet de se souvenir de lui au saint autel donnerera des signes non équivoques de satisfaction et de reconnaissance. L'Apôtre lui-même se recommandait aux prières des nouveaux convertis, et les premiers chrétiens qu'une charité mutuelle unissait si étroitement, étaient unis encore par la réciprocité de leurs prières. La mort même n'enlève point cette consolacion à un père, à une mère, lorsqu'on fermant les yeux de leurs enfants ils ont l'assurance que ces enfants prieront pour eux, et les enfants eux-mêmes s'estimeront heureux de recuellir, sur les lèvres mourantes de leurs parents, la promesse de leur intercession dans le ciel. La perte d'un frère, d'un ami fidèle, est assm'ément bien amère, mais que la pensée d'avoir au séjour de la gloire un intercesseur aussi puissant que charitable est douce !

Etre uni avec les Saints qui sont dans le ciel, n'avoir avec eux qu'un cœur et qu'une âme, produit un degré de consolation proportionné à la sainteté, au pouvoir et à la gloire de ceux que nous invoquons. Il semblerait qu'une émanation de pureté et d'innocence descend do la hauteur des cieux et pénètre jusque dans les

profondeurs de notre âme. De glorieux témoins ont l'œil attentif à nos combats, de puissants protecteurs nous couvrent de leur armure, et des héros invincibles nous stimulent par leur exemple à cueillir comme eux les palmes de la victoire.

Les Saints, c'est à dire, dans la stricte signification de ce mot, ceux dont Dieu môme a confirmé les vertus héroïques par des miracles, nous offrent une source de joie spirituelle à laquelle le Catholique seul a le droit de puiser. Les Protestants ont souvent été forcés de reconnaître et d'admirer l'éminence de leurs vertus. Tous ils nous appartiennent ; le protestantisme ne peut rien nous montrer qui leur soit comparable. Comme je l'ai déjà fait observer plus haut, nous sommes en possession d'une innombrable multitude de saints, de vierges, de confesseurs, de prêtres, d'évèques, de martyrs. Etre avec ces illustres héros de la croix, membres de l'Eglise qui les a portés dans son sein, s'unir à eux par la communion la plus intime, la plus active, la plus efîicace, est un privilège assurément bien propre à réjouir tout cœur fidèle, et à le faire tressaillir de bonheur.

Tout se flétrit sous la main du protestantisme, il ne vous permet pas une joie si pure.

Il nie la commimion des saints, il soutient qu'ils ne peuvent ni connaître nos besoins, ni entendre nos prières ; il va jusqu'à prétendre que s'ils priaient pour nous, ils feraient injure à Jésus- Christ. Il a oublié sans doute, ou ne ' veut pas se rappeler ce que la foi nous enseigne si explicitement, que tout ce que sont les saints, et tout ce qu'ils peuvent, en notre faveur, ils ne le sont et ne le peuvent qu'en Jésus-Christ et par Jésus-Christ. Tous les disciples de ce divin Sauveur, soit vivants, soit morts, sur la terre et dans le ciel, sont unis en lui, ne formant avec lui qu'un seul corps, et cette union intime, fruit de l'amour divin, nous est manifestée et rendue propre par la communion de saints. Le protestantisme s'attache à rompre cette union si consolante, il relègue les saints dans une région inabordable et en même temps efface la trace de toute communion réelle et active entre l'Eglise de la terre et l'Eglise du ciel. La mort, si nous le croyons sur parole, brise tous les liens qui subsistent entre des frères. " Ce qui n'est plus n'est plus," tel est le point culminant de la Théologie protestante, théologie aussi froide que la glace et implacable comme la mort.

Ici se termine la comparaison que je voulais établir. Ceux qui ont lu attentivement ce qui précède avoueront que j'ai justifié complètement l'accusation portée contre le protestantisme, lorsque je lui reprochais d'être une religion d'angoisses, et d'avoir rejeté les doctrines consolantes de l'Eglise pour les remplacer par les principes les plus capables de faire naître la désolation et le désespoir. Je puis donc vous demander encore dans un sentitiment profond d'étonnement et de compassion : Comment vos ancêtres ont-ils pu renoncer à la doctrine catholique pour embrasser un si déplorable système? Comment est-il possible que pendant trois cents ans leurs descendants b'j soient attachés avec tant d'aveuglement ? Yous serez de plus obligés d'admettre la supposition que j'ai déjà faite : En ne considérant le catholicisme et le protestantisme que comme des inventions purement humaines, il y aurait de fortes raisons fondées sur des besoins réels de devenir Catholique, tandis qu'il n'existe aucun motif légitime de devenir Protestant.

Un savant Protestant, Lessing, a dit : '^Lorsque je réfléchis sur la foi du prêtre catholique, je ne puis imaginer d'homme plus heureux que lui." Heureux effectivement au delà de la mesure de bonheur accordée aux hommes, heu*

reiTx celui qui a été ordonné, pour être dans la nouvelle alliance, le dispensateur des mystères de la grâce, le représentant de Jésus-Christ, et le canal de ses miséricordes envers les hommes. ITe considérez que Tauguste privilège d'oflrir réellement à Dieu en sacrifice le corps et le sang de son Fils bien aimé, et alors concevez, s'il vous est possible, ce que c'est qu'un prêtre, quel torrent de consolations doit inonder le cœur d'un homme racheté au prix du sang de Jésus-Christ, lorsqu'il lui est permis de contracter avec Lui une union si intime, et d'offrir une si auguste victime pour son salut et pour celui du monde. Le prêtre est placé sur le Calvaire, il se tient au pied de la Croix, mais d'une manière si ineffable que tout autre que lui ne peut y prétendre.

Je ne dirai rien de tout ce qu'il éprouve de consolant dans l'administration des autres moyens de grâce dont la source est placée, pour ainsi dire, dans ses mains. Je remarquerai seulement que Lessing aurait pu dire avec autant de justesse : " Lorsque je considère la foi d'un catholique je ne puis imaginer d'homme plus heureux, s'il pratique sa religion." Lavater, autre célèbre Protestant, tient un semblable langage dans sa BihlioihÀque Portative : " Je regarde un Catholique

qui pratique comme le plus honorable et le plus favorisé des hommes." Oui, il est vraiment favorisé, car il trouve le bonheur dans la certitude de sa foi, l'infaillibilité de ses promesses, les consolations qu'elle procure, " dans cette paix du cœur qui vient de Dieu et surpasse tout sentiment," dans cette paix que le monde ne peut donner, après laquelle les Protestants soupirent, mais qui échappe constamment à toutes leurs recherches.

Ici je me rappelle un fait qui se passa àMilwaukie pendant le temps d'une mission. Un médecin qui avait reçu une éducation soignée me suivit dans ma chambre après le sermon et se jeta dans un fauteuil avec tous les signes du désespoir. Je lui demandai ce qu'il désirait de moi ; " du soulagement," me répondit-il, " du soulagement ; j'ai besoin de consolation et de paix, et je n'en trouve pas dans ma religion." " Quelle est votre religion ?" " Je suis Protestant." " Yous sentez-vous le courage d'examiner ?" " Certainement." " Alors vous serez bientôt Catholique et vous obtiendrez ce que vous désirez." La suite prouva la vérité de ma promesse.

Des Protestants instruits, tels que Leibnitz, Claude, Haman, Jacobi, Schiller, Goethe, 'Novalis, Wolfgang, Menzel, semblent avoir près

senti les consolations qu'ils auraient puisées dans la religion catholique. Ils en avaient un vif désir, mais le courage leur manqua ; ils n'eurent pas la force de braver l'opinion publique et de se procurer ce repos de l'âme qui aurait assuré leur bonheur dans cette vie et dans l'autre. Lorsque j'étais à Tienne, il arriva qu'un célèbre ministre protestant monta en chaire, le Vendredi saint, pour prêcher un sermon sur la passion de notre Seigneur. " Ah ! mes frères," s'ecria-t-il d'un ton de voix lugubre, "quelle mort ! Je devrais vous encourager, mais hélas ! je n'ai moi-même aucune consolation. Amen." Il descendit de la chaire, sans ajouter un seul mot de plus. Ce langage si extraordinaire n'était en réalité que trop vrai. La mort de Jésus-Christ n'a aucun pouvoir pour nous consoler, si nous refusons de nous approcher des torrents de consolations qui en découlent. Le ministre protestant parlait comme s'il eut été sur le Calvaire ; il prononçait sa condamnation et celle du protestantisme. Luther luimême déclarait que " sa nouvelle religion était dépourvue pour lui de toute consolation, et qu'en conséquence de son défaut de foi, la mort et la résurrection de notre Sauveur ne pouvait lui en procurer aucune."*

* Colloq. 155G, p. 104 et p. 135. AbendmaMslelire. Zweybruken, p. 404.

Le protestantisme est et sera toujours une religion privée de ce qui agit sur l'àme et la touche, une religion de désolation et d'angoisses. Cette vérité paraît dans tout son jour, si on compare les doctrines qu'il enseigne avec celles de FEglise.

La seule consolation que le protestantisme, comme tel, puisse nous offrir est radicalement mauvaise. Péchez^ mais croyez. En attribuant ce caractère au protestantisme, et dans tout ce que j'ajouterai pour terminer cette partie de mon sujet, je ne prétends point parler des protestants en général, et moins encore de ceux de nos jours qui, pour la plu]3art ne le sont que de nom, parcequ'ils n'ont jamais examiné le fond du système auquel ils s'attachent, tel qu'il sortit des mains des premiers réformateurs. Quiconque en approfondit l'origine, la direction primitive, et les conséquences logiques qu'il entraîne, doit nécessairement conclure que les cœurs dépravés sont les seuls auxquels il puisse offrir quelques consolations. Je crois, donc je puis pécher tout à mon aise; le péché ne peut m'ôtre nuisible; avec tous les crimes du monde sur ma conscience, si j'ai la foi, je suis sur d'aller au ciel. Tel est le point de départ, l'origine et la véritable racine du protestantisme ; tel est

le principe qui donna naissance aux doctrines qui lui sont propres, et fait comprendre pour quoi il a rejeté la plupart des dogmes admis par l'Eglise. Dès qu'il est reçu qu'un homme peut se sauver en faisant ce qui lui plait, pourvu qu'il ait la foi, quel besoin a-t-il de la confession, des indulgences, de l'extrême onction, de l'invocation des saints et des autres dogmes de l'Eglise catholique ? Les lois de Dieu même ne peuvent résister à une pareille supposition, elles sont abolies dans la pratique.

Si d'un côté le principe générateur du protestantisme conduit à une présomption criminelle de la miséricorde de Dieu et à une espérance imaginaire de salut avec laquelle il se console, de l'autre il engendre le désespoir. Les extrêmes se touchent. J'ai soutenu que le protestantisme était non seulement une religion de désolation et d'angoisses, mais aussi que le le désespoir est le terme où il doit aboutir. Les observations précédentes ont pu déjà le faire comprendre. Je me propose maintenant de le prouver plus amplement.

SECTIOIT II.

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