PURGATOIRE
ITotre vie sur la terre sera bientôt passée ; encore un peu de temps et l'éternité commencera pour nous. Un chrétien peut croire qu'il n'a pas le conscience chargée de péché mortel, ou que, s'il en a commis, il en a fait pénitence. Cependant il n'ignore pas que l'œil de Dieu découvre des imperfections môme dans ses saints ; il sent qu'il n'est pas digne de Jésus- Christ, que son v;nique ressource consiste dans son infinie miséricorde ; mais il espère que s'il
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n'a pas atteint nn degré de perfection qui exclut toute tache, Dieu purifiera son âme dans une antre vie.
L'Eglise Catholique affirme que cette espérance n'est point vaine, et voici ce qu'elle enseigne : " Il y a un lieu d'expiation appelé Purgatoire où les âmes sont purifiées des moindres souillures ; les âmes du purgatoire restent unies aux vivants par les nœuds d'un saint amour ; cette union loin d'être infructueuse, est réelle et efficace ; ces âmes soufîrantes sont soulagées et même délivrées en vue de notre intercession et de nos bonnes œuvres, elles le sont principalement par Toblation du saint sacrifice de la messe ; enfi.n reconnaissantes de notre secours, elles intercèdent pour nous, surtout lorsqu'elles sont admises au bonheur du ciel."
Combien n'est il pas consolant pour nous de pouvoir donner une marque si effective de notre amour à ceux que nous avons perdus ! Cette pensée adoucit le chagrin occasionné par leur perte, fortifie notre espérance, et nous permet d'en goûter toute la douceur. Un avantage inestimable qu'elle nous procure encore, c'est de nous obliger à fixer les yeux sur nos fins dernières et sur l'éternité qui s'avance. L'Esprit Saint a dit : " C'est une sainte et salutaire
pensée que de prier pour les morts, afin qu'ils soient délivrés de leur péchés."^ L'expérience prouve qu'elle est tout à la fois sainte et consolante.
Je ne sais si jamais on a versé des larmes plus douces que celles qui tombent avec nos prières sur le tombeau de nos amis défunts. Interrogez un bon fils, une fille bien née, lorsqu'ils épanchent leur cœur sur la tombe de leurs parents. Addressez la môme question à une veuve, à une mère qui mêlent les pleurs et les prières sur celle d'un mari ou d'un fils, et ils vous répondront que si la séparation est pénible, il est aussi pour eux une sainte joie dans les larmes. La simple vue de ceux qui prient sur le tombeau de leurs parents sufiit pour exciter en nous une sympathie toute chrétienne, et nous faire partager la consolation qu'ils goûtent.
Le protestantisme vous en prive. Il nie l'existence du purgatoire, frappe de stérilité les prières faites pour les morts, et les stigmatisent comme superstitieuses. Tout ce qu'il vous laisse, c'est Tamertume d'une douleur qui brise sans aucun motif de consolation. Ajoutons qu'il détruit les idées que nous nous formons
* 2 Macli. xii. 46.
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de mérite et de châtiment, et qu'il s'embarrasse lui-même dans un labyrinthe d'inconséquences dont il ne peut sortir. Un homme meurt sans péché mortel, mais avec quelques fautes légères sur la conscience. Il ne peut aller au ciel, car rien de souillé n'entre dans le royaume des cieux ; il ne peut aller en enfer, car Dieu serait injuste s'il condamnait à des supplices éternels un homme qui n'est point coupable de péchés graves. S'il n'y a pas de purgatoire, où ira cet homme ?
Un infidèle pourrait ici convaincre le Protestant d'erreur, car il serait en droit de lui dire : puisque vous admettez le ciel et l'enfer, vous êtes obligé, ou d'admettre le purgatoire, ou de soutenir qu'une faute légère, qui n'est pas péché mortel, mérite l'enfer. Les réformateurs, comme nous l'avons vu, adoptent la dernière supposition. Je doute fort cependant que vous soyez disposés à partager leur opinion, et à dire qu'une faute minime, telle qu'une parole oiseuse, ou un léger mouvement d'impatience soit un péché grief et par là même digne d'une éternité de tourments. Tout homme sensé doit nécessairement conclure qu'il existe un état mitoyen. Les infidèles nieraient plutôt l'enfer que le purgatoire, et c'est ce que font les Uuiversalistes avec un
grand nombre de Protestants de nos jours, car leur enfer, n'étant pas éternel, n'est autre chose que notre purgatoire. En nier l'existence, c'est se mettre en guerre avec la raison et embrasser une doctrine désolante. L'esprit et le cœur repoussent également la pensée que quelques taches légères ont causé la perte éternelle des amis qui nous ont été enlevés, et que nos prières ne sauraient ni les atteindre ni leur procurer du soulagement.