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CHAPITRE III

Si tout ce que vous avez entendu ou lu contre l'Eglise Catholique et sa doctrine, contre les Papes, les Evêques et les Prêtres était l'expression de la vérité, vous auriez eu grandement raison de vous séparer d'elle. Cependant si ce que vous croyez se réduit à d'odieux mensonges, où chercher le coupable ? ITe seraitce pas parmi ceux qui adoptent sans examen ce que l'on débite à notre désavantage ? Des votre plus tendre enfance, les accusations les plus fausses intentées â la foi et aux pratiques de l'Eglise ont ûxê votre attention ; vous les avez apprises et balbutiées sur le sein même de votre mère; les années s'accumulaient, vous étiez déjà sur le bord du tombeau, et des imputations aussi peu fondées qu'elles étaient monstrueuses n'avaient rien perdu pour vous de leur force. Telle est l'histoire d'un nombre

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infini de protestants qui emportent leurs préjugés dans la tombe. La puissance des opinions adoptées sans fondement est quelquefois si grande, qu'elle empêche des hommes, distingués d'ailleurs par l'élévation de leur esprit et la variété de leur connaissances, d'apercevoir les vérités les plus palpables. Avez-vous jamais réfléclii sur l'effet vraiment étonnant produit par les préjugés ? Ils peuvent être insignifiants en eux-mêmes ; mais l'obstacle qu'ils opposent à la perception de la vérité est presque insurmontable. Un grand nombre d'exemples tirés d'objets journaliers prouvent cette assertion.

Un chétif morceau de drap placé devant une fenêtre plonge une chambre, même au milieu du jour, dans les ténèbres; un simple nuage obscurcit le soleil ; une poutre placée en travers d'un chemin de fer suffit pour tout précipiter dans l'abîme ; un grain de poussière aveugle l'aigle. Il en est de même des préjugés. Lorsqu'un homme est soumis à leur influence, raisonnez avec lui, tant que vous voudrez, vos efforts seront inutiles. Pour lui la lumière n'est que ténèbres ; les arguments les plus convaincants de la logique l'enfoncent plus profondément dans l'erreur.

L'effet des préjugés, partout où ils se ren-

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trent, est incontestable. Expliquer l'origine et le persévérance des calomnies qui s'attaquent à l'Eglise est plus difficile, et je ne sais ce qu'il faut admirer davantage, ou l'effronterie qui les a inventées et a présidé à leur propagation, ou la petitesse d'esprit qui les a adoptées sans examen, et s'est chargée de les transmettre de siècle en siècle. Sans mon expérience personelle jamais je n'aurais pu croire à l'admission ou à l'invention des singulières idées qui circulent actuellement contre les Catholiques et l'Eglise dont ils sont les membres.

Je rencontrai un jour une dame protestante fort respectable et qui avait reçu une bonne éducation. Pendant plusieurs années, comme elle me l'avoua elle-même, elle avait entretenu ridée que les Catholiques avaient des pieds de bouc. La première fois qu'elle eut l'occasion d'en voir un, une sorte d'instinct la porta à jeter les yeux sur ses pieds. Elle voulait s'assurer s'ils conservaient quelque chose de la forme humaine.

Si d'un côté vous ne pouvez nier les torts et la malignité dont se rendent coupables certains auteurs ou orateurs protestants, en répandant contre nous les calomnies les plus absurdes et les plus atroces, de l'autre l'impartialité, la parfaite justice et la franchise avec lesquelles les

Catholiques parlent des doctrines protestantes, doivent produire dans votre esprit nne impression favorable à l'Eglise. Yons ne pouvez citer un seul exemple d'un écrivain catholique qui ait jamais placé vos opinions sous un faux jour. On ne cite point ce qui n'existe pas. Cependant presque tous les articles de notre doctrine ont été, ou défigurés, ou représentés sous des couleurs que nous repoussons aussi bien que vous, ou remplacés par des dogmes monstrueux auxquels les Catholiques n'ont jamais songé. En passant en revue les préjugés populaires dont il sont l'objet, j'aurai l'occasion de vou^ donner des preuves frappantes de ce fait. Mais avant d'aller plus loin, je vous citerai quelques parties d'un excellent article, extrait d'rni journal catholique — The Toronto Freeman.

" Tandis que les Protestants rejettent la parole de Dieu non écrite, comme n'étant d'aucune autorité — Tandis qu'ils se vantent de bâtir leur, foi sur la seule parole écrite, et de ne condamner que ce qu'elle condamne, — ils sont victimes d'une tradition haineuse fort peu d'accord avec les premiers principes du Christianisme. Cette grande tradition protestante consiste à dénaturer la doctrine catholique, en attribuant à l'Eglise des actes et un enseignement dont elle a horreui\ Pour la grande mac

jorité des non-Catholiques, cette tradition est d'une autorité égale à celle de la Bible, et contribue plus que toute autre chose à fortifier leurs illusions et à les retenir dans les liens de l'erreur. L'existence du protestantisme en dépend. " Le pouvoir de la vérité," dit Milton, "vient immédiatement après celui du Tout- Puissant," et l'erreur est destituée de force en ea présence. La vérité charme l'esprit de l'homme, — elle en est la vie, la nourriture, elle attire l'âme à sa suite, comme le nord attire l'aiguille aimantée. L'erreur doit donc, si elle veut conserver quelque principe de vie, n'avoir rien à démêler avec la vérité, comme telle. L'instinct même de sa propre conservation doit la porter à obscurcir, à cacher l'éclatante lumière qu'elle répand, sous le manteau ténébreux de la calomnie. Il faut la dénaturer, il faut la défigurer, la rendre méconnaissable, il faut en couvrir la face sous un masque hideux, afin d'effrayer les hommes et les empêcher de la contempler. Le protestantisme a été fidèle à cet instinct de sa propre conservation. Depuis le jour où, semblable à un ruisseau bourbeux, il déborda du cœur corrompu des prétendus reformateurs, il a vécu de calomnies et de fausses interprétations. La vérité ne pouvait favoriser sea desseins, parce que la vorito

en aurait été la condamnation ; calomnier fut donc le plan qu'il adopta dans tous ses différents avec l'Eglise. " Le Pape," s'écria-t-il, ^*est l'AntécIirist." Les Papistes adorent les images et rendent les honneurs divins aux saints et aux anges ; ils sont aveuglés par leurs prêtres et menés comme des enfants. Les prêtres leur donnent la permission de pécher tout à leur aise, ils vont même jusqu'à les autoriser à massacrer les ennemis de l'Eglise. L'Eglise de Rome est l'ennemie de la parole de Dieu, elle enchaîne l'intelligence et réduit l'âme en esclavage ! Tout ceci n'est que le commencement de cette longue série d'acctlsations mensongères formées par le protestantisme contre l'Eglise. Elles forment le refrain de plus d'un interminable discours prononcé dans les réunions religieuses et politiques, où plus d'une fois un œil larmoyant s'est tourné vers le ciel, au récit des abominations du Papisme. . Mais cette déception pratiquée sur l'esprit humain commence à vieillir. On ose enfin ne plus ajouter foi à cette grande tradition protestante. De nobles esprits s'élèvent au dessus des préjugés vulgaires, s'attachent chaque jour à l'Eglise après en avoir examiné les titres. Deux ouvrages ont été composés par des Protestants récemment convertis, liom-

mes remarquables par la force de leur esprit, par le rang qu'ils occupent dans la société et pour lesquels des intérêts purement humains ne pouvaient être un motif de conversion. L'auteur de l'ouvrage intitulé, ' Le Sentier qui conduisit à l'Eglise un Avocat Protestant""^" — Pierre H. Burnett — en approfondissant la véritable doctrine de l'Eglise, ne put s'empêcher de frémir, en pensant qu'il avait été, pendant un long espace de temps, victime des plus fausses et des plus perfides représentations. Yoici les paroles de ce savant auteur à ce sujet : ' Le système,' dit-il, à la page 700 de son ouvrage, ^ de présenter BOUS un faux jour les doctrines, les pratiques et les intentions des Catholiques fit naître dans mon esprit les réflexions les plus sérieuses. Pourquoi le succès de la cause demandait-il une pareille suite de raisonnements ? Pourquoi la vérité avait-elle besoin d'un tel secours ? Pourquoi préférer cette ligne de conduite pour soutenir un système que l'on disait être d'accord avec la vérité? et pourquoi est elle encore maintenant nécessaire ? Les mauvais arguments sontils plus efficaces que les bons? Les fausses allégations sout-elles plus favorables à une

* The Patli wMch led a Pxotestant Lawyer to tlie

bonne cause que la droiture et la vérité? Si les doctrines réellement admises par les Catholiques sont à un si haut degré fausses, erronées et absurdes, est-il besoin de les exagérer pour les frapper de réprobation ? Une erreur grossière, ou l'erreur de quelque nature qu'elle soit doit-elle être noircie plus qu'elle ne le mérite pour la rendre odieuse et digne de mépris? Est-il donc nécessaire pour préparer l'esprit humain à la réception de la vérité de le remplir d'abord de mensonges ? Semezvous de mauvaises herbes avant de semer le bon grain ? Est-il nécessaire, pour inculquer la charité, de prouver qu'elle est étrangère au parti qui l'inculque? Et si vous prétendez extirper le mensonge, est il indispensable que vos actions en prouvent V utilité et la nécessité ? Il est vrai qu'un très grand nombre d'hommes admettent comme règle pratique de leur conduite qu'il faut opposer le mensduge au mensonge, d'après cette maxime générale que le diable doit être combattu avec le feu. Mais est-ce là le véritable esprit du Christianisme ? Est-ce là de la vraie philosophie ? N'est-ce pas au contraire la maxime favorite de la vengeance ? la pratique des sauvages ? un axiome de morale admis parmi les loups et les tigres ? Et si votre intention est de vaincre l'esprit du

mal et de détruire la mauvaise cause qu'il sou^ tient, ne serait-il pas mieux de l'attaquer par quelque chose qui fut directement oppposé a ses œuvres ? 'Ne feriez-vous pas mieux de combattre le mal par le bien ? Mais la nécessité ne procède-t-elle pas d'une source toute différente ? Est-ce parce que le système catholique présente une unité, une force, une beauté qui le rend logiquement inattaquable ? Est-ce parce qu'il est conforme à la vérité du christianisme, tel qu'il est en lui-même, et non tel que les passions, les intérêts et l'orgueil des hommes voudraient le faire, que la théorie catholique est exposée sous de si fausses couleurs et livrée au mépris ? Comment se fait-il que l'orgueilleux innovateur, l'extravagant fanatique, le démagogue en fait de religion, toutes les sectes, et les fragments dispersés de chaque secte, depuis Simon le magicien jusqu'à nos jours, se soient constamment rués sur l'Eglise ?"

Dans la préface de son essai sur les Rapports Harmonieux de la Foi divine et de la Religion Naturelle, ouvrage consciencieux et fort bien raisonné, le Juge Bayne, protestant converti, de Stockton, en Californie, parle ainsi de ce système injuste de fausses interprétations que nous examinons. "D'après un principe de

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jurisprudence généralement adopté, personne, pas même le plus humble accusé, ne doit être condamné sans être entendu, n'importe l'ardeur de ceux qui le poursuivent et l'horreur du crime qu'on lui impute. Le juge qui condamnerait un homme sur une simple rumeur, sans examiner la conduite de la personne accusée, serait considéré comme coupable tout à la fois de cruauté et d'injustice. L'Eglise sent vivement, et ne craint pas de déclarer hautement que quiconque accuse sa doctrine, sans avoir appris des ouvrages qui contiennent l'expression fidèle de sa foi, la natui-e des dogmes qu'elle enseigne, est injuste à son égard, et de plus compromet la droiture de son esprit et le salut de son âme." Faisant allusion à la calomnie si souvent répétée que l'Eglise rétrécit l'intelligence et asservit le corps, U dit : " On a de siècle en siècle accusé l'Eglise d'usurper le domaine de la raison, du sens commun et de l'expérience, en enseignant à ses membres la foi divine. Des millions d'hommes ont accepté cette accusation comme véritable, sans avoir lu un seul de ses catéchismes ou aucun autre ouvrage traitant explicitement de sa foi, et composé par un de ses docteurs accrédités. Rien de plus certain ; ses accusateurs la vouent à la haine, sans prendi'e la peine de consulter

ses théologiens et ses historiens, de manière qu'ils ignorent absolument sa foi et sa théologie. Or je demande respectueusement à quiconque l'accuse actuellement, si son accusation est fondée sur la connaissance et l'intelligence de l'enseignement de ses docteurs accrédités, ou si elle n'est point appuyée plutôt sur les assertions de ses ennemis puisées dans l'histoire, et sur les reproches qu'ils adressent à sa foi ?"

Je vais maintenant jeter un coup d'œil rapide sur les préjugés qui circulent en Amérique contre les Catholiques. Ils sont ou religieux ou politiques. Les premiers naissent du protestantisme, les seconds de la qualité de citoyens. En les réfutant j'aurai occasion de revenir sur les remarques faites dans le premier chapitre, lorsque comparant la doctrine des Catholiques avec celle des Protestants, je fis sentir les consolations de l'une et la nature désolante de l'autre. Je serai obligé de répéter quelques-unes de ces observations pour corriger ce qu'il y a d'erroné dans la manière dont vous considérez la croyance et la pratique de l'Eglise.

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SECTION I

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