CIVILISATION
Dans votre opposition à l'Eglise vous objectez que, suivant vous, les nations protestantes sont supérieures aux nations catholiques dans tout ce qui a trait au commerce, à l'industrie et en général à la civilisation. J'hésite à répondre à une objection si peu en rapport avec la discussion présente ; mais comme elle est mise en avant et soutenue par un grand nombre de Protestants, je me permettrai quelques remarques. Supposons, puisque vous le voulez, que les choses sont telles que vous les représentez, qu'en pourrez-vous conclure contre la juste prétention de l'Eglise d'être la seule établie par Jésus-Christ, et par conséquent la seule où l'on puisse se sauver ? Je m'étonne qu'on ait pu faire une pareille objection. La remarque de Mr. Baine est parfaitement juste : " Il n'y a," dit-il, " nulle relation de cause et d'effet entre une magnifique fonderie de fer et une révélation divine. Quelle conséquence peut-ou tirer d'un métier à liler du coton ?
Quels faits est-il possible d'en extraire ? Comment se liera-t-il avec les vérités morales et divines ? Voila un problème dont une intelligence catholique est incapable d'apercevoir la solution."*
Jésus-Christ est-il venu pour instruire les hommes dans les arts du commerce, pour nous rendre habiles à faire de l'argent, nous former à la construction des chemins de fer, des bateaux à vapeur et des manufactures de coton ? Il a dit : " Mon Royaume n'est pas de ce monde." "Yous serez exposés à la souffrance." " Que sert à l'homme de gagner tout le monde, s'il vient à perdre son âme ?" Ceux pour qui la prospérité matérielle, les richesses, le pouvoir forment constamment la pierre de touche de la vérité, en matière de religion, sont semblables aux Juifs charnels qui attendaient un Messie environné d'un éclat tout terrestre. La bénédiction d'Esaii, "la graisse de la terre," est la dernière de toutes aux yeux d'un Chrétien. Il craindrait d'avoir sa r^écompense ici bas, et de n'avoir aucune part au bonheur du ciel. Si les richesses et la puissance matérielle sont des signes de vérité divine, l'empire Romaine n'aurait jamais dû
* Baine, Sec. xi.
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abandonner l'idolâtrie ponr embrasser le Christianisme.
Toute cette objection est dénuée de fondement. Dieu, parce qu'il est Dieu, peut répandre des bénédictions temporelles sur les bons et sur les méchants ; c'est la remarque de St. Augustin. La France, la Belgique, pays catholiques, ne sont pas devancés par les états protestants en matière de civilisation. Celle dont vous jouissez est d'origine catholique, c'est ce qu'il ne faut pas oublier. La plupart de vos institutions viennent de la Grande Bretagne, et tout ce qui est vraiment bon, grand et noble dans la constitution Britannique a pris sa source dans le temps où l'Angleterre faisait partie de l'Eglise. La civilisation moderne n'est pas sortie du protestantisme, comme Minerve du cerveau de Jupiter. Les nations catholiques ne le cèdent pas aux pays protestants sous le rapport du talent, des arts, des sciences et de l'invention. Un fait certain, attesté par l'histoire, c'est que les plus importantes découvertes, dans toutes les branches de l'industrie humaine, artistiques ou scientifiques, ont été pour la plupart faites par des Catholiques. Toutes les bibliothèques du monde contiennent d'immortels monuments de leur génie ; l'Europe est couverte des chefb-
d'œuvre des architectes, des peintres et des sculpteurs appartenant au catholicisme.
Que serait l'Europe sans l'influence civilisatrice de l'Eglise Catholique? une espèce de désert ravagé par les farouches descendants des barbares du IN'ord. L'Eglise Catholique a civilisé les Huns, les Goths, les Lombards, les Francs, les Saxons, ancêtres de toutes les nations Européennes. A côté de cet immense résultat, obtenu par le catholicisme, vous ne pouvez nommer un seul peuple retiré de la barbarie ou de l'état sauvage par le protestantisme. Dans l'Amérique du ITord, il n'a pas civilisé une seule tribu Indienne. Ce qu'il a fait, c'est d'exterminer les anciens habitants du sol qui forme les Etats-Unis, ou de les refouler dans les prairies de l'Ouest. Dans toute l'Amérique du Sud, dans l'Amérique Centrale, ainsi que dans celle du Nord, toutes les tribus Indiennes civilisées, l'ont été par des missionnaires catholiques, et sans les intrigues des protestants, leurs travaux auraient été couronnés d'un plus éclatant succès. Jetez les yeux sur le Mexique ; ce pays, qui fait l'objet de votre mépris, exciterait votre admiration, si vous considériez d'un côté le progrès qu'il a fait dans la civilisation, et de l'autre l'état où il était réduit, il y a trois cents ans, lorsqu'il
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était encore habité par les sauvages. Ceux qui désirent Yoir ce sujet traité plus à fond, feront bien de lire la Revue du Dr. Brownson.