MORALE
Un grand nombre parmi vous prétendent que les nations protestantes sont plus morales que les nations Catholiques. Cette objection, complètement réfutée par le Dr. Brownson et plusieurs autres écrivains, n'a pu prendre naissance que dans le plus aveugle fanatisme. Elle est si odieuse que j'hésite à la signaler, môme rapidement ; cependant elle a été si souvent alléguée, qu'il m'est impossible de la passer entièrement sous silence.
Qui vous a fait juges des vivants et des morts ? Qui vous a révélé le secret des cœurs? 'Ne jugez- vous que sur les apparences ? En admettant que les nations catholiques donnent plus fréquemment des signes d'immoralité, parce qu'elles sont moins adonnées à l'hypocrisie, quelle conséquence en tirerez-vous par rapport à leur état moral, comparé avec celui des pays protestants ? Les Pharisiens ne paraissaient-ils pas plus saints que les Publicains ? et cependant notre Sauveur lea
appelle " des sépulcbres blaDchis." Le publicain s'en retourna justifié, tandis que le pharisien, si porté à la prière, au jeune, si plein de lui-même, est représenté comme un franc hypocrite. " Malheur à vous. Scribes et Pharisiens," disait notre Sauveur, " parce que sous le prétexte de longues prières, vous dévorez les maisons des veuves."^ Que prouvent les crimes des individus? Faut-il condamner l'Eglise parce qu'ils sont coupables ? S'il en est ainsi, vous devez condamner Jésus-Christ, car il fut trahi par l'un de ses apôtres, renié par St. Pierre, et au premier signe de danger, abandonnés par tous. Le péché qu'ils ont commis a-t-il privé les Apôtres de l'autorité qu'ils possédaient comme Apôtres et fondateurs de la véritable Eglise, et rendu celle-ci la synagogue de Satan, dès le moment même où. elle prit naissance ? Les Juifs ne crucifiêrent-ils pas le Messie ? et cependant ne formaient-ils pas le corps de la véritable Eglise, avant la venue de Jésus-Christ ? Mais votre objection n'est nullement fondée. Des statistiques exactes prouvent que les crimes commis en Angleterre, en Prusse et dans les Etats- Unis sont beaucoup plus nombreux que les
* UQXiÀx. xxUL IL
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crimes commis dans les contrées catholiques. A Tappui de ce fait, lisez le rapport du Dr. Forbes au gouvernement Britannique, en r852. Il y montre que les crimes, qui se commettent dans la seule ville de Londres, l'emportent de beaucoup sur ceux de toute l'Irlande.
Un autre reproche, adressé à l'Eglise, est d'une nature assez singulière : il y a, dit-on, plus de gaieté, d'entrain, de cordialité parmi les Catholiques que parmi les Protestants. Ceux-ci se distinguent par une gravité de caractère mêlée à une teinte de mélancholie et de tristesse. C'est, il faut l'avouer, une étrange objection. Tout excès est blâmable ; mais la joie serait-elle par hazard un crime ? E'e pourrait- on pas la regarder plutôt comme le signe d'une bonne santé morale ? Il est vrai que les nations catholiques ne se composent pas de faux dévots mélancoliques ; mais cette disposition d'esprit dépose en leur faveur. Les Protestants ont d'assez bonnes raisons d'être tristes ; mais nous en avons aussi d'assez bonnes d'être joyeux. " Réjouissez-vous sans cesse, dans le Seigneur," dit l'Apôtre; "je vous le dis encore, réjouissez- vous."* J'admets volontiers ce genre d'accusation.
* Philip, iv. 4.