‹ Catholicisme, protestantisme et infidélité [microforme]Chapitre 13 sur 80 · III. EUCHARISTIE · texte numérisé non relu

III. EUCHARISTIE

Un chrétien, veritablement digne de ce nom, aime son Sauveur. Il voudrait, comme St. Augustin, avoir vécu du temps de Jésus- Christ, avoir eu le bonheur de le contempler, de l'accompagner, de vivre près de lui. Jésus- Christ lui-même dit: “ Bienheureux les yeux qui ont vu, bienheureuses les oreilles. qui ont entendu.” Qui ne désirerait s'être trouvé au

nombre des disciples qu’il s'était choisis, ou

d’avoir, comme Marie, vécu pendant trente ans sous le même toit que le Fils de Dieu fait homme. Quiconque aime Jésus comme son Rédempteur ne peut s’empêcher de souhaiter qu’il fut encore sur la terre. Plut a Dieu qu'il me fut permis, à l'exemple de Madeleine, de me prosterner à ses pieds sacrés, et après avoir obtenu l’assurance de mon pardon, de m’entretenir confidemment avec lui, comme un enfant parle à son père, un homme racheté de la mort à son libérateur, un criminel à son juge, qui doit décider de sa liberté et de sa vie.

Toutes ces suppositions se réalisent dans l'Eglise Catholique. Elle vous enseigne que, sous les espèces sacramentales, Jésus-Christ est présent avec le corps, le sang, la divinité qu'il possédait lorsqu’à sa naissance il fut placé dans la crèche, qu’il reposait sur le sein de sa mère, travaillait avec St. Joseph à Nazareth, instruisait le peuple, et faisait son entrée triomphante à Jérusalem; qu’il est enfin le Dieu-homme qui maintenant est assis au plus haut des cieux, à la droite de son Père, et reçoit l’adoration des anges et des saints, comme l’Agneau de Dieu. Dans toutes les églises catholiques de la terre où l’on conserve une hostie sacrée, Jésus-Christ est véritablement présent en personne. Quelle ineffable

consolation pour un cœur qui aime Jésus et met son bonheur à le posséder! Le dogme de la présence réelle transforme chaque église en un autre ciel.

. Lorsque les Juifs, dans leur affliction, pleuraient à la vue du second Temple, le prophète Aggée les consolait en leur prédisant que la présence du Rédempteur en rendrait la gloire beaucoup plus grande que celle du temple de Salomon. Et cependant sa présence ne devait y être que passagère. Sa demeure permanente au milieu de nous communique à nos églises un dégré de majesté et de sainteté incomparablement plus grand, et fait que la plus pauvre chapelle parait à nos yeux aussi vénérable que le dôme élevé par le génie de Michel Ange.

Que le Catholique s’agenouille sur un pavé de mosaïque, ou sur la terre nue, que lui importe ? Ses entretiens avec Jésus-Christ dans le Saint Sacrement lui fournissent une source inépuisable de consolation.

Dans le premier temple, il n’y avait rien de plus vénérable que l’Arche d’Alliance, et cependant le grand prêtre était le seul qui eut le droit d'entrer dans les Saint de Saints, et encore ne pouvait-il le faire qu’une fois par an. Notre Sauveur réside en personne dans nos églises. Tous nous sommes invités à nous ap-

” procher de Lui, et à gouter la douceur de sa

conversation.

La née qui remplit le premier Temple, au jour de la dédicace, pénétra Salomon et tout le peuple de plus doux sentiments de confiance, de respect et de vénération. Le Catholique qui, dans l’ardeur de sa foi, vivifié par la charité, se prosterne devant les espèces Eucharistiques qui voilent son Sauveur, épreuve les mêmes sentiments envers Celui qui ne dédaigne pas d’habiter avec les enfants d'hommes ; mais il les prouve avec quelque chose de plus fortement senti et un mouvement plus pénétrant de crainte filiale, de confiance et d'amour. Jésus-Christ dans le Saint Sacrement était figuré par la nuée placée entre le camp d’Israel et celui des Egyptiens, pour éclairer les Israélites pendant la nuit, et les diriger vers la terre romise. C'était avec raison que Moyse pouvait leur dire : “ I1 n’est point de nation, quelle que soit sa puissance, qui ait des dieux plus rapprochés d’elle que notre Dieu est rapproché de nous, pour écouter favorablement nos prières.” Les Israélites ne possédaient que la figure, nous jouissons de la réalité, et pour nous seul s’accomplit la promesse de notre Seigneur, “Voici que je suis avec vous jusqu’à la consommation des siècles”

aus

En soutenant que Jésus-Christ n’est plus sur la terre, le Protestantisme a fait évanouir cette consolation toute céleste. Ouvrez vos temples et montrez-nous où est votre Sauveur. Il n’est plus chez vous. Il vous a quittés sans retour, puisque vous ne reconnaisez point de sacerdoce, et que personne parmi vous n’æ le pouvoir de consacrer. Bâtissez des Eglises aussi vastes que celle a St. Pierre, des tours aussi hautes que les tours de Fribourg, de Strasbourg, ou de Vienne, que seront-elles après tout ? des maisons vides, de vaine simulacres de grandeur, des édifices frappés de froideur et de tristesse, et condamnés à la plus complète désolation. Celui qui fait la beauté, la vie, l'âme d’une église catholique, Jésus-Christ, n’est plus avec vous. À genoux, sur une simple planche, le chrétien fidèle est plus heureux d’adorer notre Seigneur où il est présent, que d’être assis mollement et avec tous les recherches du luxe, dans vos somptueuses maisong de prière. L

Mais outre la Présence Réelle, la doctrine de la Transubstantiation renferme d’autres motifs de consolation également ineffables. Jésus- Christ, sous les espèces du pain et du vin, est . aussi le sacrifice de la nouvelle loi et la nour-

riture des nos âmes.

Un chrétien, qui a pour son Sauveur un véritable amour, se croirait souverainement heureux si, comme Marie, Mère de Dieu, et St. Jean l’Evangéliste, il avait eu l’indicible avantage de se tenir sur le calvaire au pied de la croix, ou, comme Marie Madeleine, d’embrasser en pleurant les pieds de Jésus, tandis qu’il donnait sa vie pour racheter les pécheurs. Le sacrifice de la croix est à l’évangile ce que le soleil est au monde, la source et le centre de notre religion. Les générations qui l’ent précédé l’attendaient comme le gage assuré de leur délivrance. (C’est dans ce sacrifice que l’église chrétienne a pris naissance ; c’est de ce sacrifice que jaillirent avec l’eau et le sang toutes les grâces qui lui furent accordées ; il est le principe de notre foi, de notre espérance, c’est par lui qu’elles se conservent.

Est-il un voyageur chrétien, quelque faible d’ailleurs que puisse être sa foi, qui, en visitant Jérusalem et le Saint Sépulchre, et se tenant sur le lieu où fut plantée la croix, n'ait pas éprouvé un accroissement d'amour pour Jésus- Christ, et un soulagement à ses peines? Un assez grand nombre parmi vous ont fait ce pieux voyage ; ils peuvent rendre témoignage que leurs impressions étaient telles que je le suppose, et plusieurs même n’ont pas hésité à

les fai a dit, Amér prier ; mouil terre !

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laquel du Ca cathol vente une 8C lation:

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les faire connaître publiquement. ‘ Jamais,” a dit, il y a quelque temps, un voyageur Américain, ‘je n’avais plié le genou pour prier; jamais une larme de dévotion n’avait mouillé ma paupière ; mais lorsque je foulai la terre sanctifiée, où mon Sauveur, attaché a la croix, répandit son sang, mon émotion l’emporta—je tombai à genoux et je pleurai.”

Les Catholiques n’ont nullement besoin d'entreprendre de longs voyages pour éprouver des consolations plus vives encore. Partout où il y a un autel, où s'offre le sacrifice de la messe, là se trouve la croix, la montagne sur laquelle s’opère notre rédemption, l’oblation du Calvaire. Celui qui comprend la doctrine catholique concevra aisement qu’une âme fervente doit puiser dans l'assistance à la messe une source intarissable des plus douces consolations.

L'Eglise enseigne que la messe est le même sacrifice que celui du Calvaire. A la vérité, Jésus-Christ ne meurt plus, mais il continue d'offrir, d’une manière non sanglante, le même sacrifice de la croix, complément des sacrifices de l’ancienne loi. Ainsi fut accompli ce que le prophète Malachie avait annoncé: “ Depuis le lever jusqu’au coucher du soleil, mon nom est grand parmi les nations, et dans tous

les lieux de la terre s’offre un sacrifice et une oblation pure à la gloire de mon nom.”’*

Le culte rendu a Dieu par les bienheureux dans le séjour de la gloire, les sentiments d'amour, d’adoration, de louange, d’actions de grâces produits par les séraphins et toute l'armée céleste depuis le commencement du monde, et perpétués même pendant l’éternité, ne sont rien si on les compare à cet auguste sacrifice dont la valeur est infinie, et aux sentiments d’adoration, d'actions de grâces, de satisfaction, de louange, d’intercession, d'amour que le Verbe de Dieu fait homme présente à son Père céleste sur nos autels. À ce culte divin, le seul digne de la majesté du Très- Haut, s'unissent nos adorations et nos prières. Par leur union à celles de Jésus-Christ elles deviennent agréables à Dieu, qui les accepte.

Ainsi la plus pauvre Eglise Catholique se change en une autre J érusalem céleste, où l'Agneau paraît être mis à mort, comme il parut aux yeux de St. Jean. Les fidèles sur la terre réunissent leurs voix pour chanter le nouveau cantique du ciel: “ L’Agneau qui a été mis a mort est digne de recevoir puissance, divinité, sagesse, honneur, gloire, et bénédic-

* Malach. i. 10, 11.

tion.

que v votre tout E Ce mière laque Les P surtot catior comp se ra l’aute Ce tion, € Chris et po ment gouve Cathc plaies ment avec Sauve Le

laisse

SR

CARACTÈRE DU PROTISTANTISME. 57

tion. Parceque vous avez été mis à mort, et que vous nous avez rachetés pour Dieu, dans votre sang, de tonte tribu, de toute langue, de tout peuple, et de toute nation.”*

Ce sacrifice répand sur notre culte une lumière, une vie, une majesté, une solennité, À laquelle nulle autre religion ne peut prétendre Les Protestants eux-mêmes l’ont senti, et ceux surtout qui ne sont pas étrangers à la signification de nos imposantes cérémonies, et qui

comprennent avec quelle vérité chacune d’elles

se rapporte à la grande victime offerte sur l'autel, n’ont pas fait difficulté d’en convenir.

Ce grand sacrifice d’adoration, de satisfaction, d’actions de grâces et d’impétration, Jésus- Christ l'offre pour le salut de tous les hommes, et pour chaque homme en particulier, absolument comme s’il était seul sur la terre. Aussi souvent qu'il assiste à la messe, un fervent Catholique puise de nouvelles grâces dans les plaies de son Sauveur, admirable accomplissement de cette prophétie: “Vous puiserez avec joie des eaux pures, des fontaines du Sauveur.”

Le protestantisme ne peut consentir à vous laisser cette consolation. Il nie la perpetuité

* Apoc. v. 12, 9. + Isa, xii. 2.

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