V. EXTRÊME ONCTION
Un chrétien fidèle à sa vocation ne vit point pour le temps qui s'échappe, mais pour l’éternité qui s’avance avec une rapidité extrême. Ce qui fixe principalement son attention c’est de bien mourir et d’expirer dans l’amitié de Dieu. Il se rappelle ses fins dernières et l’avertissement du Saint Esprit: “Si l’arbre tombe au midi ou au nord, de quelque côté qu’il tombe, il y demeurera.”* Il ne perd point de vue que, suivant le proverbe anglais: “ Tout est bien qui finit bien,” et que son éternité, le ciel ou l’enfer, dépend de ses derniers combats et de sa mort. Personne ne sait bien ce que c’est que de mourir, et tous nous éprouvons naturellement un sentiment d'horreur à la pensée de notre prochaine dissolution. Ce que le chrétien sait de plus, c’est qu’à l'approche de nos derniers moments, Satan redonble ses efforts
* Eccle. xi, 18
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pour nous vaincre et nous entrainer avec lui dans un éternel abime.
À ce moment si terrible, l’âme a besoin d’une assistance particulière. Jésus-Christ l’a-t-il accordée à son Eglise ?
Il l’a fait, suivant la doctrine catholique, en instituant le sacrement de l’Extrôme Onction. Ce sacrement a un double effet—l’un regarde le corps et l’autre l’âme,
Par rapport au corps, il procure du soulagement dans les souffrances, ou même le recouvrement de la santé. Des faits qui se répètent assez fréquemment en attestent l'efficacité sous ce point de vue, et prouvent que les promesses de St. Jacques ne sont pas vaines : “ Quelqu’un est il malade parmi vous, qu'il appelle les prêtres de l'Eglise et qu’ils prient pour lui en l'oignant d'huile au nom du Seigneur ; et la prière de la foi sauvera le malade, et le Seigneur le soulagera, et s’il est coupable de quelques péchés, ils lui seront remis.’* Des médecins protestants et infidèles ont souvent reconnu l'effet physique que ce sacrement
produit. Dans les pays catholiques on a soin
que les malades soient administrés en temps convenable, parce que l’on a remarqué que
# Jac, v. 14, 16
fl
l’état de calme qui résulte de la réception de l'Extrème Onction rend les remèdes plus efficaces.
Les effets spirituels de ce sacrement sont encore plus certains, et s’opèrent plus immédiatement. Suivant l’enseignement de l'Eglise, il détruit les restes du péché, et fortifie l’âme dans ses derniers combats.
Les Protestants ont plusieurs fois l’occasion, en visitant leurs amis catholiques atteints de maladies graves, de se convaincre par euxmêmes du calme admirable et de la force communiquée aux mourants par l’Extrème Onction.
Plusieurs mèmes d’entre eux se convertissent à la foi de l'Eglise, parce qu’ils ont été frappés de ce touchant spectacle ; c’est un fait dont les prêtres catholiques sont souvent témoins dans les hôpitaux. Dans le cours de mes missions il m'est fréquemment arrivé, surtout lorsque je desservais l'hôpital de Cincinnati, que des malades protestants me conjuraient de leur administrer ce sacrement, parce qu'il leur semblait voir descendre du ciel la paix, le courage et la résignation sur ceux qui le recevoient. Le désir de recueillir les mêmes avantages opérait en eux un changement complet, et ils rentraient dans le sein de l'Eglise.
Ceci me rappelle un autre fait plus remarqua-
able encore, et qui par lui-même prouve assez clairement que l’Eglise Catholique est la véri. table Eglise, et que ceux qui cherchent la vérité dans un esprit de sincérité et de zèle, la reconnaissent pour telle, lorsqu'ils sont parvenus à secouer les préjugés inspirés par l’éducation, l'habitude, et l’opinion publique. Des centaines, je pourrais dire, des millions de Protestants deviennent Catholiques à cette heure suprème où les illusions s’évanouissent et les choses paraissent ce qu’elles sont. Le plupart des prêtres engagés dans le saint ministère pouvent ajouter à ce que j’avance leur témoignage et leur expérience. Maintenant je vous le demande, et je le demanderais volontiers à tous les Protestants du monde, avez-vous Jamais su ou entendu dire qu’un Catholique se soit fait Protestant sur son lit de mort? Jamais je n’ai entendu parler d’un tel chanr=ment, et jainais ni vous ni vos descenda. s, jusqu’à la fin des temps, ne pourrez alléguer un seul exemple qui en atteste la possibilité. L'Eglise Catholique impose à ses ministres, de la manière la plus positive, l’obligation de visiter les mourants, et de remplir ce devoir avec tout ce qu’ils peuvent y apporter d’affection dans les soins, d’attention dans la sollicitude, et de tendresse dans le zèle. Vous con- |
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naissez le courage héroïque de nos prêtres ; tout le pays en a été témoin pendant les ravages du choléra et de la fièvre jaune.
Aussitôt qu’un Catholique est dangereusement malade, le prètre se hâte de voler à son secours, et reste avec lui jusqu’à ses derniers moments, si la chose est possible. Il se tient à ses côtés comme un ange consolateur sur le seuil de l'éternité, lui suggérant des sentiments de confiance en la miséricorde de Dieu, jusqu’à ce que l’âme prenne son essor; il la suit alors de ses prières et des bénédictions de l'Eglise, et au nom de cette tendre mère, il invite les anges et les saints à descendre pour accompagner cette âme et l’introduire au ciel.
Le protestantisme vous dépouille :.4 tout ces biens, il rejette l’Extrème Onction et tout ce que l'Eglise vous offre pour adoucir votre dernier passage. C’est précisément au momeut où vous avez plus besoin de secours que vous êtes abandonnés. Tout ce que pouvent faire pour vous vos ministres c’est de vous exhorter à vous aider vous mêmes, de votre mieux. Voila ce qu'un grand nombre de vous ont éprouvé, ce que tous vous avez vu de vos propres yeux, et nul parmi vous ne peut espérer un sort plus favorable. Quand une maladie épidémique se déclare, quels sont les premiers à cher-
cher leur salut dans la fuite? ne sont-ce pas très ordinairement vos ministres ? Quels sont ceux au contraire qui s’empressent de se transporter aux endroits infectés par la contagion, et même pour cela d'entreprendre d’assez longs voyages?—Le prêtre et la sœur de charité.
Interrogez Norfolk, la Nouvelle Orléans et d’autres villes—elles vous répondront.
» VI. CRDRE.
Un chrétien qui croit d’une foi vive 4 l’origine divine de l'Eglise, à la dignité de ses sanctuaires, à la sainteté de ses sacrements, à la divinité de son sacrifice, sent la convenance et mème la nécessité de confier les choses saintes à des mains sanctifiées. Obéissant à l'instinct de la nature commune à tous les hommes, les anciens payens avaient un sacerdoce pour leurs temples, et ce sacerdoce était séparé du reste du peuple. Dans la loi mosaïique dont les cérémonies et les sacrifices n’étaient que la figure de ce qui devait se réaliser un jour, Dieu, parmi les douze tribus en avait choisi une pour le service du temple, et dans cette tribu une famille qui seule avait le pouvoir d'offrir les sacrifices. Dans l’Eglise
Catholique, la sainteté du ministère à remplir demande plus impérativement qu’une classe d’hommes soient consacrés pour servir à l’autel et administrer les sacrements. La haute responsahilité attachée aux fonctions du prêtre exige aussi qu’il reçoive des grâces spéciales pour s'acquitter de ses devoirs avec fidélité. Jésus-Christ a-t-il pourvu à toutes ces exigencies? L'Eglise répond affirmativement. Il la fait en instituant le sacrement de l'Ordre. Les augustes et sublimes cérémonies d’une ordination catholique sont en parfaite harmonie avec les augustes et sublimes fonctions du prètre. Je désirerais que tous rous puissiez contempler un spectacle si majestueux. Il laisserait dans votre esprit une si vive impression de grandeur et de sainteté que la suite des années ne serait pas capable de l’effacer. Chaque prière, chaque cérémonie renferme une signification profonde. Tout y respire un majesté surhumaine, un parfum céleste ; tout y est embaumé de l’onction du Saint Esprit. Souvent le prêtre nouvellement ordonné s'aperçoit sensiblement de l’abondance de grâce qui pénètre tout son être, et lui fait comprendre qu’il est revêtu d’un nouveau pouvoir. Assuré de recevoir les grûces actuelles nécessaires pour persévérer dans sa
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vocation, il sent comme Aaron, mais d’une manière qu’il n’aurait pu soupçonner, qu'il a été choisi du milieu du peuple, qu’il est le représentant de Jésus-Christ sur la terre, établi pour être médiateur entre Lui et les hommes ; il sent enfin qu’il est prêtre, et qu’en cette qualité il doit être le maitre, le pasteur, l’ami, et le père du peuple confié à ses soins.
C’est en conséquence de cette haute dignité que l'Eglise lui impose l’obligation de garder la continence. Cette obligation perfectionne en lui l’image de Jésus-Christ qui, comme le dit St. Paul dans son épître anx Hébreux,* est Grand Prêtre, selon l’ordre de Melchisedech, sans père, sans mère, sans généalogie. Délivré par ce genre de vie, et par ce genre de vie seul, de tous les soins domestiques qui s'opposent à une entièr: liberté d’action, le prêtre peut se faire tout à fous, devenir en Jésus-Christ le père de tous ceux qu’il dirige, et leur inspirer la plus parfaite confiance.
Cet avantage si précieux d’avoir € ministres consacrés et choisis uniquement por les fonctions du saint ministère, s’évanouit devant le protestantisme ; il n’admet pas le sacrement de l’Ordre. Les ministres qu’il emploie ne
* Heb. v. 10 ; vii. 8.
possèdent qu’un pouvoir tout humain, suite d’un ordination toute humaine. Leur mission, telle que celle des officiers civils, émane des hommes et non de Dieu. Un ministre protestant est tout simplement l’agent de sa congrégation. Elle lui accorde un salaire déter-
miné pour les services qu’il rend, et le renvoie
quand elle veut. S'il renonce à l’exercice du ministère, que devient-il? un homme comme un autre, un simple laïque. Comparée avec la haute position du prêtre catholique, sa situation présente je ne sais quoi de profane, de vulgaire, fort rapproché de la bassesse.
Les ministres protestants ne recevant point dans leur ordination un caractère essentiellement nouveau ; tout homme peut être admis à l'exercice du ministère. Il arrive souvent, surtout ici dans la secte relativement nombreuse des Méthodistes, que des marchands, des fermiers, des charpentiers, des forgerons, des artisans de toute espèce s’arrogent le pouvoir de précher les jours de Dimanche, et reprennent ensuite leurs travaux ordinaires pendant Île reste de la semaine, Cette remarque s'applique non seulement aux plus petites villes de campagne, mais aux plus grandes villes de l’Union.
Faut-il s’étonner après cela que le protes-
LD
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tantisme n’impose point à ses ministres un genre de vie plus relevé que celui des simples laïques? Or quelle est la conséquence de Cet ordre de choses? Elle est visi'ile. (Chargés de femmes et d’enfants, les miuistres protestants deviennent un fardeau pour leur congrégation, et prennent plus de soin de leur famille, comme ils y sont effectivement obligés, que du troupeau qu’ils doivent conduire. J’ai Ju dans un journal les plaintes d’un évèque Episcopalien ; il se voyait forcé, ou d’avoir recours au divorce, ou de renoncer à faire ses visites épiscopales, parce que la jalousie de sa femme ne lui permettait pas de s’absenter.