CONSÉQUENCES
Le protestantisme conduit au désespoir parcequ'il rejette le libre arbitre. Cette simple remarque prouve mon assertion.
* Pour un très grand nombre de Protestants, le désespoir doit être la conséquence de cette doctrine fondamentale du protestantisme: la Bible est la seule régle de foi, et tout homme doit former la sienne en la consultant. En effet, ni l’Interprétation Privée, ni l’Inspiration Personnelle ne peut donner une certitude réelle en matière de croyance. Pour ceux qui ne savent pas lire, ou qui ne s’imaginent pas être favorisés d’une inspiration particulière, il est bien évident qu’ils doivent tomber dans le désespoir,
Luther même avouait qu’il était assailli par ce genre de tentation. Le Dr, Jones ayant un
jour, dans une conversation qu’il eut avec lui, cité ce texte de St. Paul : “ Du reste il y a une couranne de justice qui m’est réservée,” s’écria : “Comme lapôtre parle admirablement !”?
“Oui,” repliqua Luther, “ mais je ne pense pas qu'il crut ce qu'il disait aussi fermement que son langage semblerait l'indiquer. On s’imagine que la fermeté de ma foi est égale à la force avec laquelle je m’explique dans mes sermons ; mais il n’en est pas ainsi.”* Non seulement il était tenté et fréquemment tenté de désespoir ; mais il croyait que St. Paul était soumis avec lui à la même épreuve, et c’est dans ce sens qu’il expliquait cette parole de l’apôtre : Je meurs tous les jours.”
, Le protestantisme a aussi avancé la doctrine de la Prédestination. (Calvin enseignait explicitement que de toute éternité Dieu avait prédestiné une partie du genre humain à la gloire, et l’autre à la mort éternelle. Voici comment il s'exprime: Nous appelons Prédestination le décrét éternel par lequel Dieu, en suivant le mouvement libre de sa volonté, détermine ce qu’il fera de chaque homme, car tous ne sont pas crées de la même manière, les uns étant destinés à la vie, les autres à la mort éternelle. De là il suit que nous pouvons dire
* Lnther Colloq., p. 188.
que chaque homme, eu égard à la manière dont il a-été crée, est prédestiné pour la gloire ou pour la damnation éternelle.”* Calvin poussa le blasphème plus loin encore et ne rougit pas de dire que “ Dieu permet à ceux qu’il prédestine à la damnation éternelle de faire quelques bonnes œuvres pendant cette vie ; mais que, s’il le permet, c’est uniquement pour les rendre plus coupables, et les punir plus sévèrement pendant l'éternité. Non seulement les Calvinistes, mais tous les vrais Protestants, même ceux qui rejettent les horribles axiomes de Calvin, sont obligés, pour être d’accord avec eux-mêmes, d'admettre la prédestination absolue. (C'est la suite de la doctrine de Luther et de tous ses adhérents, doctrine à :aquelle les Protestants réels souscrivent, que la chute du premier homme a complètement perverti notre nature et par conséquent détruit notre libre arbitre, Le salut ou le damnation ne dépend done en aucune manière de notre volonté, puisque une volonté libre est une chimère; done encore l’un ou l’autre dépend absolument de la Prédestination de Dieu, assertion confirmée par le principe qui tient à l’essence même du protestantisme, que nous ne pouvons coopérer ni à la
* Calv. Instit., 1 ïïi., c. 21, n. 9. Ÿ Inst. L üüi, c. 2. n. 11.
grâce, ni à notre justification. La doctrine du il salut par la foi ramène la même conséquence, du car cette foi qui nous sauve, personne ne peut qu se la donner, ni rien faire pour l'obtenir. re Mélanchthon s'accorde avec Jalvin et comme l'a lui dit sans la moindre hésitation: & Tout ce pa qui arrive, arrive nécessairement et en conséquence de la Prédestination, donc la volonté n’est pas libre.”* Le Concile de Trente a réfuté cette doctrine par le canon suivant : “Si quelqu'un dit que la grâce de la justification n’est donnée ho qu’à ceux qui sont prédestinés À la vie éter- ta nelle, et que les autres qui sont appelés, sont re. appelés véritablement, mais ne reçoivent au- de cune grice, puisque, par un effet de la puis- Üi sance divine, ils sont prédestinés au mal, qu’il co soit anathème.”+ qu Que ceux d’entre vous qui sont &: bonne | vis foi jugent maintenant si j'ai rien exagéré dans vu mon accusation contre le protestantisme, en le qu considérant surtout dans son origine et la çu direction qu’il reçut primitivement, J ’espère he lui avoir arraché le masque dont il se couvre, no et au moyen duquel il veut se frire passer pour ga une religion émanant de Dieu. Si maintenant mu * Melanchth. Loc, Theol, edit. Augsb., 1821. ds
+ Conc. Trid. Sess, vi. can. xvii.
CARACTÈRE DU PKOTESTANTISME, 109
il apparait de ant vous comme un spectre sorti du tombeau, exhalant l’odeur de la corruption qui le ronge depuis trois cents ans; s’il vous regarde avec l'œil morne de la désolation et l’affreux sourire du désespoir, ne vous élevez pas contre moi, je ne suis pas coupable.