USAGE DE LA LANGUE LATINE
Vous désapprouvez l'emploi de la langue Latine, parce qu’elle n’est pas comprise par le peuple. L'Eglise ne regarde pas l'usage de cette langue comme étant absolument nécessaire et de nature à répousser tout changement. Dans plusieurs parties de l'Orient, elle permet celui des langues usuelles. Les Slaves jouissent dù même privilège. Mais de cette tolérance il ne faudrait pas conclure que le Latin ne puisse alléguer de graves raisons en sa faveur.
Une langue morte reste toujours la même;
elle n’est point exposée à ces variations inévi-
tables qui, dans les langues vivantes, tendent
transformer les termes les plus choisis en expressions basses et inconvenantes. Elle assure à notre liturgie et à notre cérémonial une pré: cision, une dignité à l’abri de toute correction. Les rituels et les missels imprimés, il y a cinquante ans ou deux cents ans, nous servent tout aussi bien que s'ils sortaient immédiatement de la presse. Siles langues des différents peuples étaient adoptées, elles nécessiteraient des changements continuels. Dans plusieurs de ces langues, l'Allemand par exemple, il serait impossible d'employer les livres imprimés il y a cent ans ; il faudrait y changer un grand nombre des mots qui, en vieillissant, ont contracté une sorte de vulgarité qui porterait à rire.
L'Eglise Catholique ne vieillit pas, les variations n’ont point de prise sur elle. Quoi de plus propre à représenter s0n immutabilité que limmobilité même de la langue Latine qui devient encore l'emblème de son unité et de son universalité. Par toute la terre, elle garantit à la liturgie l’uniformité, caractère distinctif de la vraie foi. Qu’un prêtre voyage en Asie, en Afrique, en Australie, en Amérique, il trouve le même misel et le même rituel. Marquées au sceau de l'Eglise qui les prescrit, les cérémonies religieuses s'adaptent
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lieux.
La langue Latine convient mieux à. la dignité et à la sainteté des divins offices. Elle n’est point exposée à la censure de la foule, tandis que les langues vivantes se prêtent à la critique de ceux qui font beaucoup moins d'attention au fond qu’à la forme.
Supposé même que l’on se servit de la langue parlée par le peuple, quel en serait pour lui l’avantage? Presque toujours le célébrant ne pourrait liré d’un ton assez élevé pour se faire entendre de tous les assistants. Quand plusieurs messes se disent en même temps, une lecture, faite à haute voix, produirait une confusion pénible et choquante. Elle serait d’ailleurs fort désagréable pour ceux qui ayant déja entendu la messe, voudraient réciter quelques autres prières, ou se livrer à leurs réflexions. Ceux qui désirent suivre le prêtre trouveront toujours, dans les traductions de la liturgie faites dans tous les lan gues de l’Europe,
le moyen de satisfaire leur dévotion.
Comme les rites et les autres usages de l'Eglise, la langue Latine offre aussi aux fidèles son genre de consolation. Je renconstrai un jour un avocat Américain. Quoiqu'il fut Protestant, il me dit avec une franchise 22*
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rare, signe d’un esprit libre de pré) ugés : “ J’ai remarqué trois choses qui me plaisent et que j'admire par dessus tont, la confession, le célibat de votre clergé et : 1e de la langue Latine, trois articles vréci:cueut qui pour un grand nombre d’entre nous, étrangers à tout examen et toute réflexion, deviennent une pierre d’achoppement, et contre vous un motif d’accusation et de ridicule.” Les raisons qu'il me donna de cette préférence montraient une rectitude de jugement dont je fus étonné, ‘“ Ce doit être pour vous” me dit-il, “une source très particulière de consolation que de pouvoir ouvrir votre cœur au représentant de Dieu, de recevoir ses conseils, d’exciter la sympathie d’un ami et d’un père et d’entendre ces paroles si belles de l’absolution : ‘ Vos péchés vous sont remis.” Il sentait que le célibat était le moyen le plus efficace de donner au prêtre la facilité de remplir toute l’étendue de ses devoirs et de s'occuper exclusivement du soin de son trou-
au. Par rapport à l’usage de la langue Latine, il fit cette remarque ple ne de justesse et de force, qu’elle doit produire une impression favorable sur le cœur, et tendre à donner plus de vivacité à la foi. “11 ne peut être que très consolant pour un Catholique,” poursuivit-il, & d’entendre partout où il va, comme dans 507
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DES DOGMES CONTROVER :. 259
propre pays, la même langue employée dans le service divin. De quelque côté qu’il porte ses pas, il se trouve chez lui et parmi les siens.” J’ai entendu dire en Europe à quelques personnes attachées à la suite de la Princesse d'Autriche, lorsqu’elle alla rejoindre Don Pedro, empereur du Brésil, auquel elle était mariée, que quand la pensée de la distance où elles se trouvaient de leur pays affectait leur santé, elles sentaient à l'Eglise un grand soulagement, parce qu’elles y entendaient pendant les offices la langue à laquelle elles étaient accoutumées avant leur voyage. Se considérant alors comme enfants de la même Eglise, il leur semblait être encore au sein de leur famille, malgré l'éloignement qui les en séparait.
L'ancienne langue de Rome nous rappelle
encote la chaire de St, Pierre. Elle nous met
devant les veux le centre de l'Eglise et ce roc
inébran lable sur lequel elle est fondée. Nulle
autre \angue ne peut être, sous aucun rapport
mieux en h. onie avec la dignité du service
divin ; nulle autre ne pourrait nous offrir la
même consolation, ni faire ressortir plus vivement l’unité, la catholicité et l’immortalité de l'Eglise de Dieu.