‹ Catholicisme, protestantisme et infidélité [microforme]Chapitre 59 sur 80 · RÉPUBLICANISME · texte numérisé non relu

RÉPUBLICANISME

Je ne m'oceuperai plus que d’une seule objection, Plusieurs parmi vous prétendent que l'Eglise Catholigne n’est en harmonie, ni avec les institutions, ni avec le caractère des Américains. Ils la croient opposée à toute institution fondée sur les principes d’une politique libérale.

La vérité est tout le contraire de cette objection. Quoique le gouvernement de l'Eglise ne soit pas proprement républicain, cependant elle revendique tous les avantages qui vous rendent le vôtre si cher, comme appartenant à celui qu’elle a adopté ; et si la religion que nos professons était celle des Etats-Unis, vatre caractère national vous rendrait, avec la grâce de Dieu, aussi bons et aussi zélés Catholiques qu'aucun autre peuple du monde. Je prouve cette double assertion en peu de mots.

La liberté est l’âme de vos institutions politiques ; la liberté est aussi ce que l’Eglise réclâme pour elle-même. Elle ne sollicite aucune autre j:rotection, elle n’en a pas besoin. Accordez-lui en entier celle qui lui est garantie par la constitution, et dont jouissent toutes les autres sectes chrétiennes, elle se montrera pleinement satisfaite. Le soleil ne: s’adresse

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pas à la terre pour en recevoir la Inmière ; ses rayons sont assez puissants pour dissiper le brouillard du matin et percer les nuages. Liberté d’action, telle est l’unique demande de l'Eglise ; elle lui suffira pour triompher de vos préjugés et assurer le succès de ses entreprises et le développement de sa doctrine.

Grégoire XVI. avait coutume de dire:

Hors des Etats de l’Eglise, je ne suis pape dans aucun pays, excepté dans les Etats-Unis.

Dans les Etats catholiques, comme de nombreux concordats l’attestent, l'autorité de l'Eglise est plus ou moins limitée. Ici elle est libre de toute entrave politique. Votre constitution est le seul concordat qu’elle réclâme. Effectivement tout ce qu’elle désire dans tout pays c’est la liberté ; qu’a-t-elle besoin de concordats quand elle est libre ?

En vous conformant à l'esprit de votre constitution, vous choisissez pour les charges publiques les hommes les plus habiles, sans égard à leur naissance, ni à la distinction de leur famille, Tel est aussi l’usage de l'Eglise. Parcourez la liste des papes, des cardinaux, des évêques, et vous trouverez que la plupart d’entre enx sont sortis des rangs du peuple.

Ceux qui descendent de la noblesse ne forment guères qu’une exception. Jamais ni roi, ni

prince ne s’est assis sur la chaire de St. Pierre. D’après les lois de l'Eglise, le talent, la vertu, le mérite fixent le choix, et désignent ceux qui doivent être nommés aux charges publiques, et ces qualités exercent à Rome une influence plus uniforme et plus prononcée, que même ici dans la république des Etats-Unis’ Grégoire VIL, qui suivant vous, concentrait dans sa personne, comme dans un foyer, tout le pouvoir que possédèrent jamais les papes, en est une preuve convaincante : il était fils d’un simple charpentier. Le chemin qui mène à la papauté est ouvert à tous, un laïque même peut y prétendre. dJ’ai appris du Cardinal Spinola que la pratique suivie actuellement, dans l'élection d’un nouveau pape, est de mettre un sénateur laïque sur la liste des candidates.

Les historiens, qui dans l’aveuglement de leurs préjugés ou les vues étroites de leur partialité, donnent aux faits une forme adaptée à leurs idées particulières on à l’objet de leur prédilection, sont dans l'habitude de calomnier la hiérarchie ecclésiastique et surtout le pouvoir politique du Pape. Ils peuvent en imposer à la multitude qui ignore; mais ils ne réuississent pas à tromper ceux qui savent. Les pâpes attaqués avec plus d’acharnement ont trouvé des défenseurs dans les rangs mêmes du protes-

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tantisme, Le protestant Voigt a vengé la mémoire de Grégoire VII. dans l’admirable histoire qu’il a donnée de son règne, et Hurter celle d’Innocent IIL, dans le grand ouvrage qu’il a publié, lorsqu'il était encore Protestant, Toutes les accusations propagées contre eux par la presse ont été réfutées ; et ils ont pu enfin paraître aux yeux du monde, comme le plus bel ornement de leur siècle. “ Vous chercherez en vain,” dit l'historien protestant Herder, “une suite d'hommes aussi distingués par leurs talents et leurs vertus, que la magnifique succession des papes. Parmi les pontifes Romains qui 8e sont succédé pendant dix-huit cents ans, à peine en nomme-t-on cinq ou six auxquels la haine implacable des ennemis de l'Eglise a pu reprocher quelques taches ; encore vivaient-ils presque tous dans le onzième siècle, époque de désordre où la liberté des élections au siège pontifical était entravée par des influences étrangères. Après tout, que reproche-ton à ce petit nombre de Souverains Pontifes ? “ Des fautes” répond Herder, “que l’on a remarquées uniquement parce qu’elles étaient les faiblesses des papes, et qui seraient restées inaperçues dans les autres princes.”

Un fait incontestable, s’il y a quelque chose de certain dans l’histoire, c’est que jamais per-

sonne n’a travaillé plus efficacement que les papes à la liberté des peuples. Les luttes continuelles qu’ils ont soutenues contre les princes de l'Orient et de l'Occident en sont une preuve sans réplique. Ce fait si glorieux à leur mémoire a été admis par des historiens protestants, et mème par des hommes dont on ne peut soupçonnef la partialité pour le Saint Siège, Montesquieu et Voltaire. Leon, Wolfgang, Menzel, et plusieurs autres historiens, distingués parmi vous, n’ont pu s’empècher, dans ces derniers temps, d'admirer la grandeur et la persévérance de leurs efforts en ce genre. De nos jours, presque seuls en Europe, en face d’une oppression arrogante, au milieu des professions de foi hypocrites pour l'émancipation des peuples, la papauté a déployé, aux yeux des nations, son antique et vénérable bannière, de la franche et véritable liberté. Vous connaïssez les tentatives de Pie IX., et vous savez aussi pourquoi il a échoué dans sa noble entreprise.

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