‹ Catholique ou Protestant? [microform]Chapitre 4 sur 35 · X.-sur-Mer, le 23 juillet · texte numérisé non relu

X.-sur-Mer, le 23 juillet

Aujourd'hui j'ai eu une conversation qui n'a pas laissé de m'impressionner vivement.

Dès le début de mon séjour ici, M. de S*-Lambert m'attirait par un extérieur intelligent et distingué. Je le savais avocat, et catholique pratiquant. Plus d'une fois, soit à table d'hôte, soit sur la plage, les propos que nous avions échangés m'avaient donné le désir de poursuivre l'entretien. J'aurais aimé surtout engager la conversation sur la question religieuse. Il me paraissait intéressant de voir jusqu'à quel point un homme comme lui pouvait adhérer de cœur et d'esprit au catholicisme romain. Mais toujours, sous un prétexte ou sous un autre, mon interlocuteur s'était dérobé.

Aujourd'hui, j'ai mieux réussi.

Sur la plage, un vaste trou creusé dans le sable, avec, à mi-profondeur, une sorte de divan circulaire, nous servait de salon.

Nous parlions de la nécessité d'une religion pour le peuple. M. de S*-Lambert avait sur ce point des idées très nettes, ir affirmait que le catholicisme, plus que toute autre forme du christianisme, s'adapte merveilleusement à la mentalité populaire.

^- Ce qui nuit au protestantisme, m'écriai-je, ce

sont ses divisions. Vous, catholiques, réalisez la devise des Belges : l'Union fait la force. Et, croyez-le, nous sommes pas mal de protestants qui vous envions cette force, fruit de votre unité.

M«ie (Je S*-Lambert semblait absente, absorbée dans la contemplation du lointain horizon. Dirigeant vers moi un regard sérieux, qui contrastait avec son ton badin : Grand merci, me dit-elle. Vos coreligionnaires ne nous ont pas habitués à de pareilles amabilités.

Ce mot me donna de l'élan. Je voulus être plus galant encore.

— Chez vous, repris-je, les fidèles de la paroisse sont tous, sans exception, unis à leur curé. Il n'en est pas ainsi en pays protestant. Un homme, une famille, veulent-ils être plus religieux que d'autres, vite ils se séparent de l'Eglise. Et dans la même ville on bâtit église contre église, chapelle contre chapelle, les assemblées se subdivisent presque à l'infini. Le pauvre pasteur ne sait plus qui est, ou qui n'est pas de ses ouailles. Quelqu'un se rapproche-t-il de la foi ? de trois ou quatre côtés différents on l'invite; et souvent on ne fait que le repousser dans l'indifférence. Je pourrais citer maintes villes, et même beaucoup de modestes villages, où les choses ne vont pas autrement.

Tandis que vous, catholiques, vous êtes unis. Et non seulement dans la paroisse, niais dans le diocèse, dans toute la catholicité, quiconque veut vivre et mourir en chrétien reste attaché à son Église. Je ne suis pas catholique, remarquez-le ; et je ne me propose nullement de le devenir ; mais en cela je suis obligé de le reconnaître, vous valez mieux que nous.

Depuis un moment, mes interlocuteurs se regardaient en souriant d'un air tout à fait amusé.

— Soyez sans crainte, reprit M™e de S*-Lambert, nous n'avons aucun projet de prosélytisme à votre

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