‹ Catholique ou Protestant? [microform]Chapitre 5 sur 35 · L*UNITÉ CATHOLIQUE · texte numérisé non relu

L*UNITÉ CATHOLIQUE

égard. Au contraire, cela nous surprend de vous eniendre dire ces choses, très vraies du reste. Nous n'aurions pas voulu parler ainsi devant vous, par crainte de vous peiner.

J'eus alors un vif sentiment de honte; n'avais-je pas fait de l'ironie facile pour plaire à des gens qui, malgré leur extrême politesse, devaient être les ennemis du protestantisme ? Jamais, devant moi, ils ne se seraient permis une critique analogue du catholicisme ; j'avais conscience d'avoir dénigré ma famille devant des étrangers.

Quoiqu'il en fût, mes quelques phrases inconsidérées semblaient avoir brisé la glace du côté de mes amis; quant à moi, grâce au soin qu'ils mirent à n'en pas abuser, j'oubliai bien vite ma confusion et l'entretien put se poursuivre sur le ton de la confiance réciproque.

— Vous avez parlé en fort bons termes de l'Eglise, reprit l'avocat, et fait preuve d'un esprit singulièrenaent plus large que celui de maints protestants qui la méconnaissent en plein. Pourtant, je ne crois pas me tromper en pensant que vous êtes encore loin de vous représenter ce qu'est réellement l'Unité catholique.

Certes, il est beau de voir tous les paroissiens groupés autour de leur curé, tous les curés du diocèse soumis à, leur évêque, tandis que tous les évêques de la terre demeurent intimement unis à notre Saint-Père. C'est un spectacle impressionnant que celui de ces chrétiens de nations, de langues, de races diverses qui, par millions et millions, loin de former une foule confuse et amorphe, ne constituent qu'un seul troupeau avec un seul idéal? un seul but, sous la conduite d'un seul berger : le successeur de S*-Pierre, à qui le Seigneur a dit: Pais mes brebis !

Oui, c'est un spectacle impressionnant et je comprends que les protestants réfléchis ne- puissent faire autrement que d'en être extrêmement frappés.

Pourtant, je le répète, cette unité qu'on peut appeler V unité dans V espace, n'est pas tout. Il y a encore l'unité dans le temps, et l'unité surnaturelle, extraordinaire des trois royaumes qui est bien la plus saisissante de toutes.

— Qu'entendez-vous par l'unité dans le temps ? fis-je.

— Excusez-moi de revenir au protestantisme. Par contraste, je pourrai mieux m'expliquer.

On lit parfois, sous la plume de tel auteur protestant, des propos comme celui-ci : « Combien un Calvin se sentirait étranger parmi nous. Et sans remonter aussi loin, nos pasteurs du siècle passé auraient peine à se reconnaître dans leurs descendants ». Il serait impossible de rencontrer des expressions semblables chez aucun écrivain catholique romain. Des apôtres aux premiers chrétiens, aux martyrs, aux Pères, aux grands docteurs du Moyen âge jusqu'à nos théologiens actuels, pas une fissure, pas une solution de continuité. Une seule Eglise, une seule famille à travers les temps comme à travers l'espace...

— Pourtant, hasardai-je, on a promulgué de nouveaux dogmes ; par exemple celui de l' Infaillibilité du pape, en 1869, au Concile du Vatican. ..i).

— Vous partagez l'erreur commune à. tous les protestants. Jamais l'Eglise catholique n'a promulgué de nouveaux dogmes. Elle a, au cours des siècles, et suivant les besoins, défini les dogmes qui existaient déjà comme en germe, dès le temps de Christ et des apôtres. Elle les a définis et non promulgués, ce qui est tout autre chose. Il y a eu développement de l'Eglise, de l'Antiquité au Moyen âge et du Moyen âge à'I'époque contemporaine, mais suivant un plan organique et ferme, auquel elle a été invariablement fidèle, grâce précisément à la papauté,

1) Le Concile du Vatican, 1869-1870.

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Vous parlez du dogme de l'infaillibilité du pape. Le souverain pontife, parlant ex cathedra^ dans les questions de dogmes ou de morale qu'il avait à trancher, a toujours été infaillible. C'est ce que croit tout catholique. Au concile du Vatican, on n'a fait que définir cette infaillibilité.

— Allons» m'écriai-je presqu'en riant, vous n'allez pourtant pas me dire que vous, homme éclairé et instruit, vous croyez à l'infaillibilité du pape ?

Extrêmement calme, mais particulièrement sérieux, son regard fixé sur le mien, d'une voix basse et contenue, l'avocat répondit : i

— Certainement, j'y crois.

Je me levai d'un bond. Mon premier mouvement fut de m'écriér : Allons, brisons-là !... Puis une réflexion s'imposa : Cet homme est sincère et courageux. Il mérite le respect. Tout en reprenant ma place sur le rebord de sable fin, je m'excusai de ma stupéfaction.

— C'est que, dis-je, j'avais toujours cru qu'aucun prêtre intelligent, ni aucun homme instruit, dans le catholicisme, ne prenait vraiment au sérieux ces choses-là. Pardonnez-moi !

Il y eut un moment de silence. M. de S'-Lambert s'était parfaitement rendu compte de mes pensées. Lui-même paraissait suivre les siennes. A la fin, il reprit non sans amertume :

-— Vous voilà bien, messieurs les protestants. Nous ne pensons pas comme vous ; par conséquent nous ne sommes tous que des hypocrites... ou des imbéciles. Sachez donc que tous, nous les catholiques pratiquants, nous croyons de toute notre âme à toutes les doctrines de la sainte Eglise, et que, de plus, nous avons de fort bonnes raisons d'y croire.

Il y eut encore un silence.

— Je vous réitère mes excuses, fis-je un peu embarrassé. Et je ne demande pas mieux que de m'instruire.

pour revenir de mes préjugés qui sont le fait de mon ignorance plus que de ma mauvaise volonté.

Je vous serais en particulier reconiiaissant de me dire quelles bonnes raisons vous avez de croire à l'infaillibilité papale ?

M™e de S*-Lambert lança à son mari un regard qui signifiait clairement : « Prends garde ; l'entreprise est grosse de difficultés ».

— Volontiers, dit-il, mais une autre fois. La question que vous me posez touche à l'un des points essentiels de notre sainte religion et j'avoue éprouver le besoin d'un moment de réflexion avant de vous donner une réponse qui en vaille la peine.

Pour ce soir, permettez-moi d'en revenir à notre propos de tout à l'heure.

^Nous parlions de l'unité de l'Eglise catholique, dans l'espace et dans le temps. Je tiendrais encore à vous faire entrevoir la grandiose .unité des trois royaumes. C'est un point de nos croyances sur lequel les protestants me semblent peu renseignés.

— Volontiers. Et d'abord qu'entendez-vous par ces trois royaumes ?

— Nous, catholiques, croyons comme vous à l'Eglise militante, celle qui lutte avec les difficultés et les tentations de la terre.

Comme vous également, nous croyons à V Eglise triomphante, celle qui entoure le trône de Dieu dans la gloire du ciel.

Mais, de plus, nous croyons à l'Eglise souffrante. Ce sont les âmes dans le purgatoire.

— J'ose à peine dire, m'écriai-je, ce qu'on m'a toujours enseigné sur le purgatoire.

— Ce qu'on vous a enseigné ? Je le sais bien, dit en souriant mon interlocuteur. On vous a enseigné que le purgatoire était l'invention des prêtres, pour gagner de l'argent en faisant dire des messes pour les morts..

— Il est vrai.

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— Et pourtant, quoi de plus beau, de plus philosophiquement et de plus religieusement vrai que la doctrine catholique du purgatoire 1 Un homme est mort ; ce n'était pas un individu haïssable, dont on pût dire : il n'est digne que des éternels tourments de l'enfer. C'était moins encore un saint dont on pût admettre que le paradis de Dieu fût la demeure qu'il méritât dès son trépas.

Quoi de plus plausible que de penser : il est en purgatoire, c'est-à-dire, il est purifié par diverses épreuves, selon la volonté de Dieu, jusqu'au moment où Dieu le trouvera digne d'entrer dans le lieu de la félicité.

— Oui, mais pourquoi les messes pour les âmes du purgatoire ?

— C'est justement ce qu'il y a de plus admirable dans cette doctrine. Dieu veut qu'il existe les liens du plus vif amour, non seulement entre les hommes qui vivent à ce jour sur la terre, mais entre tous les humains, morts ou vivants. C'est ainsi qu'il nous invite lui-même à prier et à dire des messes pour le repos des âmes souffrantes. Que pouvez-vous trouver de si monstrueux à cela ?

Mais cette admirable solidarité ne s'arrête pas à la terre et au royaume inférieur. Elle s'étend jusqu'au royaume supérieur, où vivent, en présence de la Très sainte Trinité, la sainte Vierge, tous les saints, les bienheureux, les archanges et les anges.

— r Alors c'est là, je vous l'avoue, une des choses que nous avons le plus de peine à admettre : ce culte rendu aux saints, à la Vierge, à leurs images. Voyezvous, je suis très triste de vous faire de la peine. Mais quand nous pénétrons dans une église catholique, si riche, si belle soit-elle, cela nous scandalise de voir toutes ces personnes agenouillées devant différents autels, presque toujours devant celui

de la Vierge, souvent aussi devant celui de S*-Àntoine de Padoue et adorant leurs statues. Une dame, d'un jugement fort modéré, me disait un jour avoir eu, dans l'abbaye d'Einsiedeln, en Suisse, devant ces foules de pèlerins qui adoraient la Madone noire, l'impression d'un beau paganisme. Et la vérité m'oblige à dire, au risque de vous peiner, encore une fois, que je la comprends.

— Oh ! Monsieur, s'écria alors M°^e de S*-Lambert, est-il possible que vous puissiez dire une chose pareille ? En vérité, si nous voulions être méchants, il nous serait facile de parler de tous les protestants qui sont à peu près incrédules ; qui ne croient plus au mystère de la naissance, ni à celui de la résurrection du Christ, et qui bientôt ne croiront plus même en Dieu. Vous pourriez peut-être voir plus clairement de quel côté sont les païens !

— S'il te plaît, ma chérie, calme-toi, reprit son mari. Monsieur ne fait que répéter ce que l'on dit entre protestants de génération en génération depuis tantôt quatre siècles, malgré les dénégations et les explications du concile de Trente, de tous nos théologiens et de tous nos catéchismes.

Comme l'a dit l'éloquent Bossuet^), « une grande ' partie de nos controverses s'évanouirait par la seule intelligence des termes, si on traitait ces matières avec charité, et si nos adversaires considéraient paisiblement les explications données ».

Mais que je suis donc naïf ! Parmi les protestants de langue française, il n'est personne qui n'exalte Bossuet comme l'auteur le plus éloquent qui, jamais, ait pris la plume en France... Mais qui donc l'a lu ?...

— Je vous serais reconnaissant. Monsieur, de me donner ces explications.

^) Exposition de la doctrine de l'Eglise catholique sur les matières de controverse. Œuvres choisies, t, IV, p. 8.

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— D'abord, aucun catholique n'adore les images des saints.

— Mais en voyant les fidèles agenouillés devant S*-Joseph et lui faisant leur prière, qui donc penserait qu'ils ne l'adorent pas ?

— En réalité, seuls des non-catholiques peuvent penser le contraire. Le concile de Trente défend expressément « de croire dans les images aucune divinité ou vertu pour lesquelles on les doive révérer, de leur demander aucune grâce et d'y attacher sa confiance » ; il veut que tout l'honneur se rapporte aux originaux qu'elles représentent^). i

— Ce n'est donc pas à la statue elle-même que vous vous adressez ?

— Nullement.

— A merveille. Mais encore, il n'est pas bien d'adorer les saints ni la Vierge, même considérés comme vivant au ciel. L'adoration n'appartient qu'à Dieu.

— D'accord. Aussi n'adorons-nous pas plus les saints que leurs images. D'après l'enseignement très clair de l'Église, nous devons à Dieu seul l'adoration, à la Vierge la vénération, et aux saints l'honneur.

— Si vous ne les adorez pas, c'est donc moi qui m'exprime mal ; mais tout au moins leur rendez-vous un culte. Et c'est cela qui nous paraît mauvais.

— Encore faudrait-il savoir en. quoi ce culte consiste. Nous honorons Dieu à cause de ses perfections infinies; tandis que les saints, nous les honorons à cause des grâces qu'ils ont reçues de Dieu^). Nous prions Dieu de nous accorder ses grâces; tandis qu'en priant les saints nous leur demandons d'intercéder pour nous auprès de Dieu. Dans les litanies on dit

^) Bossuet, op. cit., p. 7.

*) Mgr Léonard Haas, évêque de Bâle et Lugano, Grand Catéchisme du diocèse de Bâle, quest, 246.

en s'adressant à Dieu : «Ayez pitié de nous » et eu s'adressant aux saints : « Priez pour nous »^).

— Mais pourquoi ne pas se contenter de prier Dieu ? Cela ne fait-il pas tort à la gloire de Dieu de^| prier d'autres personnes que lui ?

— Et pourquoi cela nuirait-il à la gloire de Dieu ? Quand nous demandons aide et secours aux saints du paradis, nous le faisons exactement dans le même esprit que si nous nous adressions à nos frères vivants sur la terre^). Il va sans dire pourtant, qu'en deman. dant l'aide de notre prochain, nous ne désobéissons pas à Dieu. Quant à la Vierge, nous lui rendons un culte supérieur à celui des saints, parce qu'elle est la mère de Dieu, qu'elle a surpassé tous les saints en vertu et que son intercession est plus puissante que 1 la leur. |

— C'est pourtant un certain manque de confiance de s'adresser à ces intermédiaires plutôt qu'au Père céleste ?

— Bien loin de là. C'est par humilité que le catholique éprouve le besoin de confier sa requête à des personnes plus dignes que lui des grâces divines.

— J'avoue n'avoir jamais considéré la question sous cet angle-là.

— Cela ne me surprend pas. Et pourtant chaque enfant catholique un peu intelligent ayant appris son catéchisme, est parfaitement au courant de ces choses-

— Mais je ne suis pas au bout de mes questions.

— Dites.

— Il faut croire que les saints, dans le ciel, sont doués de la toute science comme Dieu pour pouvoir entendre et connaître toute la multitude des prières qui montent à leur adresse de tant de lieux. Il faut admettre également que les saints sont doués de la

Ibid., quest. 247.

2) Bossuet, op. cit., p. 4.

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toute puissance pour pouvoir exaucer tant dé demandes de secours, de protection, de guérison, dont beaucoup nécessitent un pouvoir vraiment miraculeux. Or, Dieu seul est omniscient et omnipotent.

— Ici encore vous n'y êtes pas. Jamais l'Église n'a enseigné que les saints connussent toutes choses ou eussent tout pouvoir. Ils ne connaissent que ce que Dieu leur révèle et n'ont d'autre pouvoir que celui que Dieu leur accorde^).

' — Mais, encore une fois, comment sont-ils au courant de la situation et des prières de tous ceux qui les invoquent ? .

— Je l'ignore. Peut-être Dieu le leur fait-il savoir par une révélation particulière ?2).

— D'où vient qu'ils ont leur spécialité, la fontaine de S*-Laurent étant bonne pour certaines plaies, celle de S*-Maclou~pour d'autres, et S*-Antoine de Padoue étant le spécialiste qui fait retrouver les objets perdus ?

— C'est Dieu qui l'a voulu ainsi. Il en use avec les bienheureux comme avec les vivants et confie à chacun sa tâche suivant ses aptitudes et ses sympathies particulières.

— Alors ces saints et ces bienheureux, qui sontils ? Un homme pourra-t-il adresser ses requêtes à son père défunt ou à son épouse morte en odeur de sainteté ?

— Mais que pensez-vous donc ! Je vous en prie, cher Monsieur, l'homme dont vous parlez ignore absolument quelle place occupe son parent, dans le paradis, ou s'il n'est pas" en purgatoire, à moins encore qu'il n'ait été précipité dans l'enfer.

— Et vous, qui donc vous renseigne ?

^) Bossuet, op. cit., p. 6.

-) Bossuet, op. cit., p. 6.

— C'est notre sainte Église. Les relations avec le royaume de Dieu ne sont nullement laissées au caprice des particuliers (ce qui serait une façon d'agir éminemment protestante). L'Église elle-même dit aux fidèles quels sont les vrais et les plus chers amis de Dieu. Elle sait ceux qu'on doit honorer d'un culte public — les saints — et ceux qu'on peut invoquer — les bienheureux^).

C'est le pape qui canonise et qui béatifie.

— Alors le pape a le pouvoir d'envoyer en paradis ou en enfer ?

— Jamais. C'est Dieu seul qui place les défunts dans le ciel. A Rome on ne fait que proclamer l'opinion de l'Église sur l'état de grâce de ceux qui ont i quitté la terre^). Et ainsi les fidèles sont éclairés d'une | manière très précise. Vous voyez bien, Monsieur, ■ qu'il suffit de causer. C'est en parlant qu'on s'entend et bien des difficultés, comme le dit Bossuet, s'aplanissent.

Il y eut un silence. J'étais, non pas convaincu, mais à bout d'arguments.

Mon interlocuteur reprit :

— Sentez-vous combien est injuste l'accusation que vous portez si légèrement contre nous, d'être des idolâtres, à cause du culte de la Vierge et des saints ? Bien plus, sentez-vous à quel point est belle et profonde la doctrine de la Communion des saints que vous méconnaissez complètement, vous, protestants, quoique plusieurs d'entre vous aiment encore à réciter le symbole apostolique : Je crois la communion des saints !

— Alors, pour vous, la communion des saints s'entend des relations existant entre les vivants et les morts ?

Von Ruville, Retour à la sainte Église, p. 151. Von Ruville, op. cit., p. 152.

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— Parfaitement I Les fidèles de la terre, les âmes du purgatoire et lés saints du paradis ne forment qu'un même corps, dont Jésus-Christ est le chef^).

Quoi de plus digne de Dieu que cette charité qui unit tous ses enfants profondément, l'Église militante priant pour l'Église souffrante et l'Église triomphante intercédant pour l'Église militante.

Le Dieu du catholicisme n'est pas un Dieu solitaire trônant dans un ciel vide. Les chœurs des archanges et des anges l'environnent; tel un roi puissant au milieu de sa cour, il a ses dignitaires de tous rangs, auxquels il confie les responsabilités et la gloire qu'il veut. C'est d'abord la sainte Vierge, reine du ciel; ce sont ensuite les saints, les bienheureux, les martyrs; tous débordant d'amour, non seulement pour l'adorable Trinité, mais pour nous qui combattons sur la terre, ainsi que pour ceux qui souffrent encore dans le purgatoire, en attendant de les rejoindre dans le merveilleux palais du ciel...

Le soleil, boule ardente. Venait de sombrer dans la mer ; deux nuages foncés, frangés de pourpre, allongeaient leurs lignes parallèles au-dessus de l'horizon. Entre eux, un intervalle d'or clair et très pur.

— Ne dirait-on pas la porte du ciel ? dit W^^ de S*-Lambert.

— Oui, reprit son mari, certainement c'est la porte du ciel 1 Que la nature est belle, aux regards du croyant !

^) Haas, Grand Catéchisme, quest. 176.

NOTE DE LA SECONDE ÉDITION A propos de la Canonisation de Sainte Jeanne d'Arc le 16 mai 1920.

Si l'auteur de ce journal avait su ce qui devait arriver 7 ans plus tard, il aurait posé sans doute quelques intéressantes questions à M. de St-Lambert.

En effet, Jeanne d'Arc, comme on sait, fut brûlée vive à Rouen en 1431, après avoir été condamnée comme hérétique et relapse par un tribunal ecclésiastique, que présidait Pierre Cauchon, évêque de Beau vais. Evidemment ce tribunal commit une monstrueuse méprise : Jeanne n'était ni hérétique, ni relapse. Et même les Anglais, ses ennemis, disaient avec horreur' : « Nous avons brûlé une sainte 1 »

L'a-t-on su à Rome ?

Si oui, d'où vient que l'on n'en ait rien dit ?

D'où vient que l'on ait attendu 489 ans pour le dire ?

Les Français, au cours de leur histoire, n'auraiént-îls pas souvent aimé recourir à l'intercession de leur grande héroïne' ? En nous plaçant au point de vue catholique, ne pouvons-nous pas dire qu'ils en auraient eu bon besoin en 1870, et plus tard en 1914 ?

N'est-ce pas étrange qu'il ait fallu la grande victoire de la France, en 1918, pour faire sortir Rome de son silence séculaire ? Alors, certes, ce fut grandiose : 20.000 pèlerins français, harangués sous le dôme de S* Pierre, parle pape Benoît XV. Mais, encore une fois, pourquoi fallut-il attendre le moment où la papauté, après avoir appuyé les empires centraux, sentait le besoin de se refaire une popularité en France ? Serait-ce que ce retard de cinq siècles ait dépendu de raisons politiques, dont le St-Siège est seul juge ? Ou bien n'est-il pas plus équitable de penser qu'à Rome on ne sut rien de précis concernant l'entrée de Sainte Jeanne au Paradis dès 1431, pas plus qu'à Rouen, à Paris ou à Londres ?

Et c'est bien la réalité.

Le Paradis existe.

Le Christ y règne. Mais nul n'est officiellement nanti de ce qui s'y passe.

'Personne ne sait rien de certain sur l'Au-delà, sinon ce que laisse entrevoir la Bible. Tout le reste n'est qu'imagination.

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