SCENE I
NIPHÉ, (Les amis du mort entrent lentement et se rangent aux deux côtés du lit. Ils se saluent.)
NIPKÉ.
Entrez, seigneurs ; quoique ce soit aujourd'hui la mort qui veille a la porte, la porte vous est ouverte. Soyez les bienvenus.
AUFÉNUS.
Bonjour, cher Marcius Népos. Quelle douleur pour moiqui viens justement de Marseille pour assister au deuil de votre famille !
MARCIUS NÉPOS
Vous arrivez?..?
AUFÉNUS.
Ce matin, et j'accours comme vous voyez. (Le prenant à part et lui montrant J\tphé.) Quelle est cette femme qui fait les honneurs de la maison ?
MARCIUS NÉPOS
C'est Niphé, une esclave thessalienne, que mon frère a affranchie voilà déjà quinze ans. Mon frère l'aima beaucoup quand elle était jeune, elle aima beaucoup mon frère quand il devint vieux. C'est une assez bonne créature pour une sorcière.
AUFÉNUS.
Elle est sorcière?
MARCIUS NÉPOS
Oui, puisqu'elle est Thessalienne. Ce sont môme ses philtres et ses breuvages qui ont soutenu mon frère pendant ses trois
ATIL1NA.
dernières années. Le pauvre Marcius, vous le savez, était un corps usé par les blessures et par la fatigue.
AUFÉNUS.
Alors elle a rendu de grands services à votre frère, et par conséquent a vous.
MARCIUS NÉPOS
Oui, et je saurai ce que ses services me coûteront lorsqu'on ouvrira le testament de Marcius. [A différents personnages nouveaux.) Salut, seigneurs, salut. Rangez-vous au chevet de mon frère.
AUFÉNUS.
Ne savez-vous point à quoi vous en tenir d'avance? Sans être un des sept banquiers que Ton appelle les sept tyrans de Rome, Marcius était riche, riche de son patrimoine, riche du butin fait dans ses campagnes avec Sylla.
MARCIUS NÉPOS
Oui, vous avez raison, Marcius était riche, riche à deux cents talents cinq à six millions de sesterces, j'en répondrais.
AUFÉNUS.
Eh bien ! tout cela vous reviendra puisque son fils est mort et que sa fille est vestale.
MARCIUS NÉPOS
Cela devrait me revenir en effet; mais h la mort de mon neveu, Sylla son vieux général est venu voir mon frère, pleurer avec lui. Cela lui a touché le cœur, et l'on m'assure qu'il a fait Sylla son héritier.
AUFÉNUS.
Sylla a pleuré? Croyez-vous aux larmes de Sylla?
MARCIUS NÉPOS
J'ai un esclave nubien qui m'a dit avoir vu pleurer une fuis un crocodile.
AUFÉNUS.
Chut!..
MARCIUS NÉPOS
Bah ! il n'est plus dictateur.
AUFÉNUS.
Non, mais il est toujours Sylla... puis n'aura-t-il pas l'idée d'assister aux funérailles de son ancien tribun ?
MARCIUS NÉPOS
Sylla le moribond, Sylla le goutteux, Sylla qui se traîne ou plutôt qui rampe vers sa tombe... Sylla qui n'est pas venu voir le mourant, viendrait aux funérailles du mort... Soit, qu'il vienne!.. Je serai heureux de le revoir, et de mesurer de mes yeux à quelle distance il est du sépulcre.