‹ CatilinaChapitre 4 sur 138 · PROLOGUE, TABLEAU I. o · texte numérisé non relu

PROLOGUE, TABLEAU I. o

AITÉN'US.

Prenez garde, prenez garde, Marcius, le vieux Sylla n'a pas été détrôné, il a déposé le pouvoir de sa propre volonté, c'est-àdire qu'il s'est coupé les ongles lui-même ; croyez-moi donc, il ne se les sera pas coupés trop courts,

marcius NÉros.

Oh ! ma foi tant pis; au risque du coup de griffe, je me soulagerai le cœur. Ces soldats, voyez-vous, Aufénus, ça n'a plus de parents, ça n'a plus de patrie. Ils ont un drapeau et un général, voilà tout". Mon frère n'est-il pas rentré dans Home comme les autres une torche a la main? Il est vrai qu'il s'est retiré lors des proscriptions, il est vrai qu'il a cessé de voir Sylla pendant sa dictature. Je les croyais brouillés. Mais mon neveu Marcius meurt. Sylla calcule que c'est le moment. 11 tombe chez le père, au plus fort de sa douleur : « Mon vieux tribun ! — Mon vieux général ! — Te souviens-tu d'Orchomène? — Te souviens-tu de Chéronée ? — Je t'ai sauvé. — Tu m'as sauvé. — Embrassonsnous. » Pouah! je n'aime pas les soldats, moi !... S'il avait laissé sa fortune à cette pauvre Marcia, sa fille, au lieu de la faire entrer au collège des vestales, je ne dirais rien, je ne suis que son frère... mais me déshériter pour enrichir de deux cents talents, c'est-à-dire d'une obole, cet illustre voleur, ce glorieux assassin, ce goinfre héroïque, qui avait déjà mangé la première partie du monde, et qui allait dévorer la seconde, si les dents, grâce à Jupiter, ne lui eussent manqué à moitié du repas !... (Un homme entre et va, au milieu d'un cortège de clients, prendre place à la gauche du spectateur ; ilsetratne, appuyé sur son bâton et sur l'épaule d'un esclave; on lui approche un fauteuil; cependant il reste debout et écoute Marcius Néposqui, emporté par la passion, ne Vaperçoit pas. )

AUFÉNUS.

C'est désolant, je l'avoue.

marcius xépos.

Dites que c'est stupide... oui, stupide , en vérité. Voir les bois de mon frère se joindre aux vastes forêts de cet homme, ses cinquante esclaves s'ajouter aux dix mille esclaves du vieux dictateur, ses deux cents talents prendre le chemin d'un coffre-fort qui en contient peut-être deux cent mille. Ah ! vieil hypocrite, vieil avare, tu n'en jouiras pas longtemps, voilà ce qui me console. Ah! tu dois venir aux funérailles de mon frère. Eh bien, moi aussi j'irai aux tiennes et, par Pluton, je me charge de l'oraison funèbre.

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