ACTE II, TABLEAU III
Oui.
CHRYSIPPE
Un autre se fût tué sur le coup.
Tandis que moi je ne mourrai que dans... voyons dans combien de jours, Chrysippe?
CHRYSIPPE
Oh! dieux merci...
Dans combien de mois?
CHRYSIPPE
J'espère mieux encore.
Un an alors... Et de quoi te plains-tu, et quel est l'homme qui est sûr d'avoir un an devant soi... un an... tu dis un an, n'est-ce pas?
CHRYSIPPE
Je crois que vous pouvez compter sur un an."
OATILIW.
Merci. Un an î... le temps d^ me marier, d'avoir un fils , de laisser sur cette terre, où peut-être on parlera de moi, un héi itier de mon nom, glorieux ou sinistré CHRYSIPPE.
Vous êtes bien fatigué, bien vieilli depuis quelques années.
J'ai trente-sept ans a peine.
CHRYSIPPE
Oreste était vieux à vingt-cinq. Pourquoi vous marier?
N'as-tu pas entendu ce que je viens dire? je veux un enfant.
CHRYSIPPE
Ne vous mariez pas, car vous n'aun/ pas d'enfant, car vous ne laisserez pas d'héritier de votre nom. Vous avez tari en vous les sources de la vie. Agissez désormais comme si vous étiez seul au monde. Pensez à vous.
Ainsi voilà ton arrêt. Tu me condamnes, toi le juge infaillible.
CHRYSIPPE
Je prononce la sentence, mais vous L'avez exécutée vous-même.
Tas d'enfant!
CHRYSll'l'K.
C'est cela» Cette sentence va devenir votre tourment, i.
CO CÀT1LINA.
pas? C'est assez qu'une chose soit déclarée impossible pour que vous la désiriez. Soyez donc ambitieux pour vous-même, c'est déjà bien assez. Un fils !... à quoi vous servira un fils?
A avoir quelqu'un à aimer et qui m'aime en ce monde. A quoi me servira un fils?... demande à l'ombre du vieux Cornélius Sylla, qui posséda le monde , s'il n'eût pas donné la moitié du monde, le monde tout entier pour racheter cette larme qu'il versa sur le tombeau de son fils Cornélius. Eh bien , les dieux eurent pitié de lui. Il eut d'un troisième mariage Faustus. Pourquoi les dieux seraient-ils donc plus sévères pour moi que pour Sylla. Un fils continue notre vie , et quand le feu qui anime certains hommes s'est éteint sous l'aile de la mort, une étincelle se réfugie au sein de leur enfant. Une étincelle recommence un incendie.
CHRYSIPPE
Adoptez quelqu'un que vous aimerez et qui vous aimera.
Me prends-tu pour un sot, Chrysippe ? crois-tu que l'adoption remplace la naissance ? Je veux aimer selon la nature et non de par la loi. Va, mon savant médecin , je serai sage et le temps me guérira.
CHRYSIPPE
Je me retire.
Surveille-moi pendant le souper. J'ai besoin de toute ma vigueur et de toute ma gaieté ce soir. Au reste, (riant) je ne me suis jamais senti en meilleure disposition.
CHRYSIPPE
Et vous ne voulez pas qu'on en doute ?
Non, certes.
CHRYSIPPE
Alors mettez du rouge de Péluse sur vos joues , car vous êtes pâle comme la mort.
J'en mettrai. Adieu, Chrysippe.
CHRYSIPPE
Au revoir, seigneur.