‹ CatilinaChapitre 59 sur 138 · ACTE II, TABLEAU III. C · texte numérisé non relu

ACTE II, TABLEAU III. C

Vingt millions de sesterces.

ORESTILLA.

Vous pouvez les faire prendre chez moi cette nuit.

C ATI LIN A.

De mon côté, vous savez que je ne vous apporte rien. Mes terres et mes prairies sont grevées d'hypothèques, mes esclaves sont engagés, le séquestre est mis sur mes maisons... vous épousez Lucius Sergius Catilina... ou plutôt son nom... et rien de plus.

ORESTILLA.

Soit. C'est à un homme tel que vous qu'il me convient de lier ma destinée. Maintenant vous savez toute ma vie. Je ne cherche point à me farder. J'abjure mon passé. J'oublie ce que je fus... Votre avenir politique, c'est le mien. Pour la réussite de vos désirs, pour le triomphe de votre ambition, pas de trêve, pas d'obstacles. Je n'ai plus de famille, je n'ai plus d'amis, je n'ai plus de sentiments... Je suis votre associée, votre instrument, s'il est besoin, votre complice, s'il le faut... Je suis à vous, tout à vous.

J'accepte.

ORESTILLA.

Les serments que les époux se font entre eux... dérision! Ce n'est point un mariage, c'est un pacte que nous concluons au pied des autels. Le jour où vous me direz : Aurélia, pour que je sois plus riche, pour que je sois plus grand, pour que je sois le premier de Rome, ce n'est pas assez qu'il y ait entre nous un pacte, il faut qu'il y ait un crime!... Ce jour-là je vous dirai : Associée, je partage le mal et He bien, complice, je me mets à l'œuvre, instrument, je frappe !...

Bien.

ORESTILLA.

Est-ce là-dessus que vous comptiez?

Tout à fait.

ORESTILLA.

A votre tour... Que faites-vous pour moi?

Je croyais cette question résolue entre nous... Où je vais, je vous mène. Seulement, tant que je monte, vous pouvez me suivre... si je tombe, vous avez le droit de m'abandonner... Je ne vous dois que ma bonne fortune.

ORESTILLA.

Je n'aime point Catilina comme ou aimo un homme... je l'aime comme on aime sa propriété. Je vous veux exclusivement, entièrement... C'est vous dire que je ue permettrai pas que rien... entendez-vous? que rien surgisse entre nous... J'ai accepté la seconde place dans votre fortune et dans votre vie... mais réfléchissez-y... je refuserais la troisième. Vous d'abord... moi ensuite.

C'est convenu.

ORESTILLA.

Ainsi, vous n'avez rien dans le cœur, Catilina ?

Rien.

ORESTILLA.

Vous n'aimez aucune femme ?

Aucune.

ORESTILLA.

Pas un regard que vous cherchiez avec plaisir ?

CATLLINA.

Pas un.

ORESTILLA.

Pas une main que vous pressiez avec affection?

Pas une.

ORESTILLA.

Pas d'enfant d'un premier mariage ?

Non.

ORESTILLA.

Pas d'enfant d'adoption?

Non.

ORESTILLA.

Pas d'enfant naturel?

Non.

ORESTILLA-

Réfléchissez-y bien. En me disant que vous n'aimez rien au monde... que tout vous est indiffèrent... en me disant que je dois passer avant tout et avant tous, vous vous ôtez le droit de défendre qui que ce soit contre moi... vous me donnez le droit de disposer souverainement de tout et de tous.

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