SCENE X
MARCIA, sur le canapé, CLINIAS.
marcia, à Clinias.
Pourquoi prenez-vous cette peine de porter vous-même les bagages dans le souterrain, Clinias?
clinias, s'approchant de Marcia.
Parce que je me défie de tout le monde et même de Syrus; puis il y a près d'une année que la porte extérieure n'a été ouverte. J'avais peur que la serrure ne fût rouillée et que nous n'éprouvassions quelque difficulté au moment du départ. Heureusement tout va bien.
MARCIA
Voyons, Clinias, pour me séparer encore une fois de mon enfant, le danger est-il aussi grand que vous le croyez?
CLINIAS
Le danger est immense, Marcia.
MARCIA
Ainsi, vous ne vous êtes pas trompé... vous êtes sûr d'avoir reconnu cet homme?
Marcia, trois figures vivent incessamment dans mon souvenir; l'une y éveille l'amour, la seconde la pitié, la troisième la haine. Vous que le ciel nous a donnée, Niphé que la mort nous a prise, cet homme que l'enfer nous renvoie.
MARCIA
C'est bien, Clinias; prenez cette bourse. J'ai mis quatre talents d'or au fond du coffre. Rien ne s'oppose plus maintenant à ce que je sois séparée de mon fils. Rien, pas même ma volonté.
CLINIAS
Marcia, vous avez encore une heure.
MARCIA
Elle passera bien vite.
CLIMAS.
Elle passera trop lentement. Marcia. Je l'avoue, je ne respirerai à Taise qu'une fois hors desmu-s de Rome, quand nos mules nous entraîneront au galop vers Naples.
MARCIA
Alors, partez tout desuiie.
CLIMAS.
Il m'a fallu le temps de faire prévenir nos esclaves. Je leur ai douné rendez-vous à la fin de la seconde veille seulement.
MARCIA
Où doivent-ils nous attendre?
CLIMAS.
Au premier mille de la voie Appia. Us seront vingt, conduits par Senon le Gaulois, bien armes, bien montés/
MARCIA
Et quand pourrai-je vous rejoindre ?
CLIMAS.
Aussitôt que nous vous aurons annoncé notre arrivée à Alexandrie. Pardon, si je dispose ainsi de vous, Marcia, si je vous pousse ainsi dans l'exil : mais c'est pour suivre votre iils. Vous y perdez la patrie, mais vous y gagnez le bonheur.
MARCIA
Merci, Clinias.
CLIMAS.
Ah ! voici Charinus qui vient. D'ici à l'heure du départ, Marcia, pas un mot à votre fils... qu'il n'apprenne qu'il vous quitte que lorsque le moment de vous quitter sera venu.