SCÈNE V
càtiuna, marcia.
MARCIA
Lucius Sergius Catilina, asseyez-vous dans ma maison.
catilinv, se laissant tomber sur un fauteuil. 0 dieux bons...
marcia, Rapprochant lentement de lui.
Vous avez dit tout a l'heure que vous veniez chercher ici votre fils Charinus, votre lils qui n'avait pas de mère; maintenant vous voyez que Charinus a une mère, que demandez-vou-?
,:li ! c'est donc vous, Marcia?
MARCIA
Non ce n'est pas Marcia, la Marcia que. yotts avez connue autrefois et que vous essayez de reconnaître aujourd'hui : i une mère à qui vous avez dit : Je vais te prendre ton enfant !
Je ne sais ce que j'ai dit, Marcia.
MARCIA
Oui , je comprends , mon apparition vous a troublé ; co n'est point une chose ordinaire que la résurrection des morts, n'est-ce pas? et vous deviez croire ensevelie à jamais cette Marcia que vous avez perdue. Voyons, est-ce au nom de Marcia deshonorée par votre crime , est-ce au nom de Marcia assassinée par votre abandon que vous venez redemander Charinus?
Ah!... Isolons les deux crimes que- vous me reprochez, laissez-moi porter le poids du premier, si lourd qu'il courbe mon front devant vous lorsque vous me regardez; mais ue m'accusez pas du second, c'est une lâcheté que je n'ai pas commise. Lorsque le juget! ent de Cassius Longinus vous frappa, je combattais en Espagne, la nouvelle de votre mort m'urriva deux mois après l'exécution do la sentence; je nu pus ni vous défendre ui vous sauver. Charinus ne saurait donc reprocher à son père autre chose que le crime auquel il doit la vie. [Il se lève.)
MARCIA
Charinus n'a pas de père, seigneur; il n'a qu'une mère, près de laquelle il a vécu depuis sa naissance cl qui, le jour où il sera
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devenu un homme , lui révélera le malheur qui pèse sur sa vie.
Pour qu'à partir de ce jour il me haïsse, n'est-ce pas?
MARCIA
Je ne veux lui inspirer pour vous ni bons ni mauvais sentiments, }ene sais de vous que tout ce que le monde en dit; vous ne m'avez été révélé que par votre crime; vous êtes entré la nuit dans la maison de mon père , je dormais lorsque vous avez franchi le seuil de ma chambre; vous avec abusé d'un sommeil préparé par vous, quand je nie suis réveillée vous n'étiez plus là et j'étais mère. (Elle s'est éloignée de Catilina.)
Marcia , pas un mot de plus, je vous en conjure (s' approchant de Marcia)', je ne suis pas homme à moduler des soupirs et à nourrir des remords , et cependant bien des fois le souvenir de cette nuit terrible est venu me faire tressaillir et trembler. Mais à quoi bon tout cela? Quand on a ruiné la fortune , l'honneur, la vie d'une femme, quand on a fait tomber sur sa tête les plus épouvantables malheurs, on ne vient pas lui dire : Pardonnez-moi, je me repens; mais on vient lui dire : Ecoutezmoi, pauvre victime de ma folie, de mon amour, de ma brutalité, écoutez-moi; si j'ai été méchant, c'est que j'étais seul, c'est que je voyais le vide autour de moi , c'est que le néant qui précède l'existence et qui suit la mort, vivant je Pavais déjà dans le cœur. Oh ! il est facile d'être bon, croyez-moi, quand on aime et quand on est aimé. Pourquoi toutes ces orgies ardentes qui usent mes nuits, tous ces rêves fiévreux qui brûlent mes jours? Parce qu'au lieu d'un sentiment réel qui fait aimer la vie, j'ai été obligé de vouer un culte aux passions factices qui la font oublier. Pourquoi mon patrimoine perdu , pourquoi ma fortune jetée aux vents , pourquoi mes jours dépensés au hasard? Parce que je ne répondais à personne de mon patrimoine, de ma fortune, de mes jours. Donnez-moi un hériter de tout cela, Marcia, et je conserverai tout cela pour mon héritier. Donnez-moi un enfant, et je grouperai le passé, le présent et l'avenir autour de cet enfant. Eh bien , Marcia, comprenez-vous? A l'heure où il est temps encore pour moi de m'arrêter , quand peut-être je puis écarter la fatalité qui me poursuit en épouvantant cette fatalité avec le présent que les dieux viennent de me faire; je retrouve Charinus, je retrouve votre enfant,j" retrouve mon fil? ; mon cœur, que je croyais mort, ressuscite, l'espoir que je croyais éteint renaît. Marcia, Marcia ! il y a là pour moi , devant moi, je le sens, un monde nouveau, inouï, inconnu, pareilà ces jardins enchantes que gardait le serpent de Jason ou le dragon d'Hespérus. Ce monde, c'est vous, Marcia qui en tenez l'entrée. Marcia, au nom de tous les dieux,